«Je cherche une maison qui vous ressemble»: d’amour et de politique

Les comédiens Catherine Allard et Gabriel Robichaud
Photo: Marie-Andrée Lemire Les comédiens Catherine Allard et Gabriel Robichaud

Est-ce la date anniversaire qui porte à la commémoration, ou le climat politique du Québec qui appelle au bilan ? Toujours est-il que deux décennies après la mort de Pauline Julien naissent, dans divers médias artistiques, un déluge d’oeuvres en hommage à la chanteuse, avec ou sans son indissociable compagnon, Gérald Godin.

Au théâtre, pas moins de trois spectacles seront créés d’ici janvier 2019 autour du couple mythique. On est tentés d’y voir le symptôme d’une nostalgie envers une époque, magnifiée par la distance, où tout semblait plus grand, où les rêves collectifs avaient encore cours et où un poète pouvait devenir ministre…

Comment un spectacle sur ces artistes engagés pourrait-il ne pas être politique ? demande-t-on justement dans Je cherche une maison qui vous ressemble, une création dirigée par Benoît Vermeulen qui amorce à la salle Fred-Barry une tournée québécoise et acadienne. Raconter l’amour de ceux qui « sont une métaphore tragique de notre histoire », c’est aussi revisiter le parcours foisonnant du Québec des années 1960-1970.

Le texte de Marie-Christine Lê-Huu intègre aussi la biographie de celle qui porte ce projet depuis plusieurs années, la comédienne Catherine Allard, évoquant combien la fière Pauline Julien a eu un impact sur le parcours de son père franco-manitobain (d’ailleurs entendu dans un extrait audio qui s’insère plutôt mal dans l’ensemble). Dans ce qui se veut un « dialogue à quatre », les acteurs sortent occasionnellement de leurs personnages pour jouer leur propre rôle, et exprimer doutes et questionnements sur la pièce qu’ils créent.

Si bien que la forme du spectacle, qui emprunte à plusieurs genres, récital, performance, docuthéâtre historique avec images et vidéos d’archives, rend d’abord un peu perplexe. Mais on finit par succomber au ludisme et au charme de la proposition.

Cet aller-retour narratif rend le récit vivant, offrant l’impression qu’il se tricote devant nous. Lê-Huu joue avec intelligence et un brin d’impertinence sur le décalage entre les interprètes et les icônes qu’ils incarnent, et met en lumière le fossé entre le passé et le présent, quant au climat politique. Et à l’idéal collectif.

Difficile de se mesurer à une artiste plus grande que nature. Mais Catherine Allard ne tente pas d’imiter son idole. La comédienne à la voix agréable communique son irrésistible passion et offre une interprétation sentie, plutôt théâtralisée, de son magnifique répertoire. Le choix des chansons, soutenues par un pianiste (Gaël Lane Lépine) et un contrebassiste (Gabriel Lapointe et Cédric Dind-Lavoie en alternance), s’accorde généralement avec la trame.

Le spectacle exhume aussi quelques poèmes de Gérald Godin. Gabriel Robichaud s’acquitte avec une ironie tranquille de ce rôle un peu en retrait de la flamboyante Pauline. Un couple irremplaçable, autant en art qu’en politique, dont on n’a pas fini d’explorer la richesse sur nos scènes…

Je cherche une maison qui vous ressemble

Texte de Marie-Christine Lê-Huu. Mise en scène de Benoît Vermeulen. Une production du Collectif de La Renarde et du Théâtre les gens d’en bas. À la salle Fred-Barry, jusqu’au 29 septembre.