«Saga des Lehman Brothers»: la chute d’un empire américain

L’histoire est fascinante, car elle montre les mutations successives de l’économie, mais également des personnages qui, pour entreprenants qu’ils soient, n’en demeurent pas moins à la remorque des événements.
Photo: Emmanuel Burriel L’histoire est fascinante, car elle montre les mutations successives de l’économie, mais également des personnages qui, pour entreprenants qu’ils soient, n’en demeurent pas moins à la remorque des événements.

Chapitres de la chute – Saga des Lehman Brothers présente le destin de la famille Lehman, en même temps qu’une vaste histoire du capitalisme américain. Le hasard a voulu que la première ait lieu un 11 septembre.

De hasards, la pièce est par ailleurs truffée, elle qui raconte l’ascension des Lehman dans la finance mondiale, de Henry débarqué aux États-Unis en 1840 et établi en Alabama comme vendeur de tissus, en passant par ses frères Emanuel et Mayer, par leur descendance ensuite, et jusqu’à la faillite que l’on sait en 2008.

L’histoire est fascinante, car elle montre les mutations successives de l’économie, mais également des personnages qui, pour entreprenants qu’ils soient, n’en demeurent pas moins à la remorque des événements et pour ainsi dire « forcés » vers l’avant : des occasions sont à saisir, le gain est là qui attend, une logique s’impose, qui demande seulement à l’humain son approbation.

Le texte de l’Italien Stefano Massini, côté forme, est d’emblée déstabilisant. À la fois narrateurs et acteurs, les comédiens parleront de leurs personnages à la troisième personne… puis à la première, alternant constamment les chapeaux. Le spectateur vogue entre ces deux niveaux, la mise en scène d’Olivier Lépine — qui en 2014 montait déjà Femme non rééducable/Anna P. du même Massini — hésitant parfois elle-même entre ces deux pôles : une narration plus romanesque et l’espace théâtral à créer.

Finit par s’imposer néanmoins un espace dynamique, où se développe un récit riche d’ambiances. Passant du chaud au froid, les éclairages accompagnent la transition des activités économiques vers le centre new-yorkais en même temps que l’abstraction croissante du travail ; le décor, lui, se morcelle et se réorganise, laissant subsister des traces des scènes antérieures. Malgré quelques hésitations, les sept comédiens tiennent bien rythmée cette partition exigeante qui, sur 4 h 30, aligne une cinquantaine de personnages.

La chute

Chapitres, initialement, collait aux frères Lehman et à quelques péripéties bien cernées ; la fin, elle, multiplie toutefois les personnages et les approches, rendant le fil plus ténu. Et le style de Massini, souvent littéraire, offre de nombreuses images pour soutenir sa proposition ; marotte d’auteur, il multiplie cependant les analogies (Noé, Goliath, Jonas, King Kong…), dans une surcharge allégorique qui concourt à embrouiller le propos.

On a, alors, le sentiment d’un auteur qui lance toutes les lignes à l’eau, ce qui se confirme dans la multiplication des références historiques — l’ordinateur, la bombe nucléaire, l’aviation, le cinéma. Dans ce souci de ratisser large survient une perte du côté du fil à suivre et, inévitablement, du sens à donner à l’incontournable chute.

Un autre hasard, et signe de l’époque sans doute, le texte de Massini sera également monté au Quat’Sous en octobre par Marc Beaupré et Catherine Vidal.

Chapitres de la chute – Saga des Lehman Brothers

Texte : Stefano Massini. Traduction : Pietro Pizzuti. Mise en scène : Olivier Lépine. Avec Mustapha Aramis, Vincent Champoux, Carolanne Foucher, Annabelle Pelletier Legros, Maxime Perron, Jean-René Moisan et Nicola-Frank Vachon. Une production Portrait-Robot, au Périscope jusqu’au 29 septembre.