«Oslo»: jazzer le conflit israélo-palestinien

La pièce décrit, dans un récit manifestement dramatisé, les jeux de coulisses qui ont mené aux accords de paix, en 1993, entre l’État d’Israël et l’Organisation de libération de la Palestine.
Photo: Caroline Laberge La pièce décrit, dans un récit manifestement dramatisé, les jeux de coulisses qui ont mené aux accords de paix, en 1993, entre l’État d’Israël et l’Organisation de libération de la Palestine.

Pour la pièce d’ouverture de sa saison inaugurale, le nouveau duo de directeurs du Théâtre Jean-Duceppe semble avoir parié sur une sorte de changement dans la continuité. La maison du théâtre états-unien accueille ainsi, dans une production s’éloignant des conventions naturalistes, un texte aux enjeux de politique internationale étoffés. Mais une oeuvre qui se révèle ficelée avec une efficacité, un dynamisme, un caractère divertissant bien américains.

Ironiquement, Oslo décrit un processus dont le pays de l’Oncle Sam, jugé partial, a été délibérément écarté. La pièce primée de J.T. Rogers décrit, dans un récit manifestement dramatisé, les jeux de coulisses qui ont mené aux accords de paix, en 1993, entre l’État d’Israël et l’Organisation de libération de la Palestine. Un « canal de communication » secret, et risqué, entre ennemis jurés, initié par des Norvégiens : Terje Rød-Larsen (dont Emmanuel Bilodeau sert bien l’idéalisme naïf) et Mona Juul (juste Isabelle Blais), la part raisonnable du couple et d’ailleurs occasionnelle narratrice.

Ce processus tout en détours mettait en avant une doctrine développée par Rød-Larsen s’appuyant sur les rapports personnels entre négociateurs. Et c’est à ça que s’intéresse surtout cette pièce dont la construction rythmée nous tient en haleine : la rencontre de l’Autre — souvent pour la première fois en chair et en os. Les séances de travail tendues cèdent souvent le pas aux scènes de party, avec leurs clowneries arrosées. Le tout donne lieu à quelques performances fort convaincantes, notamment Manuel Tadros et Reda Guerinik en Palestiniens, ou Jean-Moïse Martin et Félix Beaulieu-Duchesneau, du côté israélien.

Cet univers éminemment masculin, voire machiste — où d’ailleurs la principale femme est constamment « courtisée » —, la metteure en scène Édith Patenaude le dirige avec vigueur et cadence. Toujours en scène, sa grosse distribution campe tambour battant plusieurs rôles. Et elle s’ébat sur un plateau utilisé de brillante façon. Véritable forêt de classeurs au départ, semblant illustrer la difficulté de manoeuvrer dans de délicats méandres diplomatiques, le décor d’Odile Gamache se vide peu à peu pour laisser toute la place à la table de négociations.

Cette partition est aussi soutenue tout du long par deux musiciens : le contrebassiste — et compositeur de la trame sonore — Mathieu Désy et le percussionniste Kevin Warren infusent une ponctuation jazzée aux débats, et procurent au spectacle une pulsation énergique, directe. Comme en écho à un accord qui s’est bâti un peu dans l’improvisation, au gré d’essais et d’erreurs, de reculs quasi fatals et d’avancées inespérées.

Tout ça pour ça, a-t-on un peu envie de dire aujourd’hui, le climat politique actuel ne suscitant guère d’espoir pour la situation des Palestiniens. Reste qu’Oslo montre comment l’idéalisme peut mener à un objectif qui paraissait impossible, aux prix d’efforts et de bonne volonté. On aimerait que nos politiciens s’en inspirent…

Oslo

Texte de J.T. Rogers. Mise en scène d’Édith Patenaude. Traduction de David Laurin. Au théâtre Jean-Duceppe, jusqu’au 13 octobre.