Rencontre entre la spiritualité et la technologie

La performeuse Soleil Launière et le concepteur visuel Gonzalo Soldi partagent cette impression que les mots sont des véhicules d’expression inadéquats.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La performeuse Soleil Launière et le concepteur visuel Gonzalo Soldi partagent cette impression que les mots sont des véhicules d’expression inadéquats.

La performeuse Soleil Launière et le concepteur visuel Gonzalo Soldi ne se connaissaient pas auparavant, mais leur première collaboration a visiblement été porteuse. Mis en contact par le metteur en scène Xavier Huard, le duo teste au ZH Festival un laboratoire portant en partie sur cette rencontre entre leurs médiums respectifs. Umanishish consacre une « rencontre entre le spirituel et la technologie, entre le passé et le présent », résume la jeune Innue originaire de Mashteuiatsh, pour qui cette nouvelle coopération a permis « de pousser la performance à un autre niveau ».

Très attiré par les cultures autochtones et leur rapport à la terre, le créateur d’ascendance péruvienne, lui, souhaitait explorer comment « générer des environnements plus naturels, organiques » avec ses outils visuels. « On peut représenter le lien entre l’humain et la nature, une connexion qu’on a souvent perdue en ville, grâce à la technologie. En montrant une magie qui est plus grande que l’homme. » Aussi opposées paraissent-elles, la nature et la technologie partagent, selon Gonzalo Soldi, une dimension transcendante, un aspect merveilleux et souvent incompréhensible pour le commun des mortels.

Voir différemment

À partir des mouvements proposés par Soleil Launière, l’équipe de conception a improvisé des vidéos, des lumières et des sons enveloppant la performeuse, et créé des tableaux de manière très instinctive (un mot qui revient souvent dans la conversation). Dans Umanishish, Gonzalo Soldi — qui est interviewé avec sa cocréatrice au Hub Studio, dont il est le cofondateur — oeuvre en direct avec une demi-douzaine de caméras. « Mon travail consiste à prendre ce que la caméra voit, à le travailler et à donner au spectateur un point de vue différent, magnifié, de ce qui se passe sur scène. Je mets juste l’accent sur une partie du corps. Afin d’ouvrir une porte vers une autre perspective et de montrer aux gens qu’on peut voir différemment ce qui est devant nous. »

Le spectateur est plongé dans un univers immersif, où il lui revient d’interpréter, de « chercher à l’intérieur de lui-même ce qu’il a vu ». Le concepteur compare la création à une rencontre entre deux inconnus. « Au départ, on a quelques craintes, on essaie de voir où sont les limites de cette autre personne. Et à travers la discussion, souvent, on découvre des choses sur soi-même. »

Soleil Launière parle d’un retour à la simplicité, à la naïveté de l’être humain, une fois dépouillé de ses couches extérieures. « Pour rencontrer [l’autre], on a souvent besoin de lui apposer des catégories. Comment enlever toutes ces catégories et en arriver à la rencontre pure, plus instinctive ? »

Dans les entrailles de la nature

Umanishish signifie « foetus d’orignal », un animal qui fait partie de la vie de l’artiste innue depuis son enfance. « Avant la naissance, il y a un inconnu, un espoir, explique-t-elle. On ne sait pas dans quel monde on va atterrir. Et on est dans un espace très protecteur. Aussitôt qu’on entre dans l’autre univers, à l’extérieur, c’est un peu le chaos. Qu’est-ce qu’on fait de notre nature, de nos animaux ? On détruit l’environnement dans lequel ils vivent, l’environnement dans lequel on vit. Donc, on essaie de voir ce que ça veut dire aujourd’hui de revenir aux entrailles, au confort du ventre maternel. »

Un thème abordé de façon non pas militante mais poétique, qui vise une compréhension plus profonde et intérieure. La création comporte de toute façon peu de textes (mais du chant). Si Soleil Launière aime la performance, c’est entre autres parce qu’elle y trouve « un moyen assez facile de communiquer avec le corps et la voix, sans devoir dire. Ça bouge dans le temps, c’est ouvert. C’est un environnement de communication. J’ai toujours eu de la misère à communiquer. Donc la performance était pour moi le moyen le plus facile de rejoindre les gens et de dire ce que j’avais à dire, d’une manière poétique, mais sans mots. »

Cette préférence relève en partie d’une dimension culturelle. « Chez les Innus, on n’est pas très bavards, note-t-elle. On rit beaucoup. Mais la communication est différente. Elle passe plus par le silence et la présence. »

Mais au-delà de la culture, Soleil Launière partage avec Gonzalo Soldi, pourtant polyglotte, cette impression que les mots sont des véhicules d’expression inadéquats. « Souvent la langue nous bloque, parce qu’on ne parle pas tous la même, ajoute la performeuse. On ne comprend pas nécessairement tous de la même façon. » C’est ce que la jeune artiste cherche dans la performance : apporter un degré supplémentaire de communication, qui ne transite pas par le verbe. « Juste en étant [physiquement] l’un avec l’autre, on peut se comprendre plus facilement, je pense. On peut créer des liens plus directs. »

Umanishish

Performance : Soleil Launière. Mise en scène : Xavier Huard. Responsable technique : Gonzalo Soldi. Conception sonore : Guillaume Roberts-Cambron. Assistance à la conception visuelle : Gaspard Philippe. À la Maison de la culture Maisonneuve, le 17 juillet.