«Où tu vas quand tu dors en marchant…?»: une cuvée moins immersive

<em>Le septième continent</em>, un des cinq tableaux de l’œuvre collective <em>Où tu vas quand tu dors en marchant…?</em>
Photo: Renaud Philippe Carrefour théâtre de Québec Le septième continent, un des cinq tableaux de l’œuvre collective Où tu vas quand tu dors en marchant…?

Le parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, pour sa cinquième version, a investi les espaces haut perchés de la colline Parlementaire, creusant une veine plus méditative que par les années passées.

L’imposante oeuvre collective créée en 2009, carte de visite auprès d’un vaste public pour le Carrefour international de théâtre, rejoue cette année, à quelques différences près, la version qu’elle dévoilait l’année dernière. Celle-ci se décline en cinq tableaux à deux jets de pierre du parlement.

Le mouvement perpétuel, de Maxime Robin et Sophie Thibault, transforme la promenade des Premiers-Ministres en un déambulatoire dont chaque segment est une étape de la vie, évoquée par un landau, une planche à roulettes, une marchette. Dans cette installation sans comédiens, on retient surtout l’ingéniosité du mécanisme, alors que le spectateur descend les différentes étapes au son d’un Boléro de Ravel d’abord enfantin, puis plus grave à mesure que la fin approche.

Photo: Renaud Philippe Carrefour théâtre de Québec La souricière de Christian Lapointe joue l’angle social et politique en recréant une manifestation où policiers et manifestants s’affrontent au milieu des gaz lacrymogènes.

Plus bas, Le septième continent met en scène les créatures étranges d’une postapocalypse pas si lointaine. Alliant vieux journaux, emballages et bouteilles, leurs étonnants costumes évoquent la pollution et la consommation effrénée. Si la préoccupation environnementale trop appuyée, notamment dans certains passages chantés, réduit la portée du tableau, celui-ci reste l’occasion pour la scénographe Élène Pearson de travailler des matériaux inusités et d’offrir des images imposantes.

Coincé entre le Complexe G et les immeubles de bureaux, Les nervures secrètes offre pour sa part un tableau qu’un seul passage peinera à épuiser. Sur un fond sonore grave, la proposition de Marie-Josée Bastien éparpille une trentaine de comédiennes et de comédiens, ici jouant des scènes pour deux, là déclamant en écho un texte lyrique sur le rassemblement : une parenthèse émouvante au coeur de la ville.

Dans l’étroite rue Jacques-Parizeau, La souricière de Christian Lapointe joue l’angle social et politique en recréant une manifestation où policiers et manifestants s’affrontent au milieu des gaz lacrymogènes, mise en scène ludique qui est en même temps le prétexte d’une projection dérangeante, un riche collage d’archives rappelant plusieurs manifestations ayant dans les dernières années troublé la paix publique. Dans un parcours attirant officiellement 100 000 personnes, le pari est audacieux.

La grande manufacture, de l’artiste multidisciplinaire Giorgia Volpe, investit finalement l’espace ouvert du parc de la Francophonie. Dispersées dans une douzaine de kiosques, autant de femmes issues de l’immigration exposent un savoir-faire manuel au public, libre de circuler selon ses intérêts. Moins « théâtrale », plus statique, cette proposition offre toutefois la possibilité d’une rencontre réelle.

Cette possible rencontre, d’ailleurs, est d’autant plus précieuse que les contacts dans l’ensemble du parcours restent limités à quelques échanges de regards avec les comédiens. Si cette cinquième édition trouve assurément ici et là ses moments forts, l’ensemble reste plus contemplatif et l’effet d’immersion, véritable image de marque du parcours, moins marqué.

Où tu vas quand tu dors en marchant… ?

Coordination artistique : Alexandre Fecteau. Avec des tableaux de Maxime Robin et Sophie Thibault, Marie-Josée Bastien, Christian Lapointe, Élène Pearson et Giorgia Volpe. Une production du Carrefour international de théâtre, du jeudi au dimanche, en reprise du 31 mai au 3 juin.