«Halfbreadtechnique»: l’appel au public

Martin Schick veut partager au public la «technique du demi-pain», qui consiste à donner la moitié d’un bien que l’on a à une personne qui pourrait en avoir besoin.
Photo: Bernie Ng / Esplanade Martin Schick veut partager au public la «technique du demi-pain», qui consiste à donner la moitié d’un bien que l’on a à une personne qui pourrait en avoir besoin.

Le Suisse Martin Schick a ouvert mardi la 19e édition du Carrefour international de théâtre avec Halfbreadtechnique, une proposition étonnante autour de l’idée que l’on se fait de la « générosité ». Seul sur une scène déserte, un sac à l’épaule, Schick veut faire partager au public la « technique du demi-pain », qui consiste à donner la moitié d’un bien que l’on a à une personne qui pourrait en avoir besoin. Le tout se présente comme une ode à l’altruisme et, peut-être, à ce qu’il y a de meilleur dans l’humain, jusqu’à ce que la dérision vienne brouiller les cartes.

Dans ce spectacle qui, depuis sa création en 2012, tourne de festival en festival, Schick s’engage lui-même à partager la moitié de son cachet avec un danseur — le diplômé de l’École de danse de Québec René-Charles Audet —, à qui il cède également la moitié de la scène. Cette logique sera poussée d’un cran : la moitié du cachet restant sera alors offerte dans la salle… de même que la moitié de scène subsistante. Et ainsi de suite, Schick se trouvant tranquillement relégué vers un minuscule carré de scène.

 En parallèle à cette division répétée, le Suisse filera les remarques sur les conditions de production du spectacle, s’enquérant notamment des montants déboursés par les spectateurs pour leur billet, dans une façon qui rappellera le NoShow créé au même Carrefour il y a cinq ans. Les subventions y passent, les fondations aussi, etc. Autant de matières cherchant à nous amener à « reconsidérer le concept de générosité », dixit le programme de soirée.

 

L’objet théâtral 

Imprimés sur de piteux cartons perchés au-devant de la scène, les figures des philanthropes Warren Buffett et Bill Gates planent ; le drapeau de la Suisse également, avec sa fiscalité si… particulière. S’il y a là bel et bien de quoi évoquer un certain état du monde, a fortiori dans un spectacle issu d’une recherche sur le « post-capitalisme », la portée critique reste somme toute limitée. À plusieurs reprises, on sentira celle-ci passer principalement par le discours de Schick, qui se trouve à insister ici et là sur l’absurdité de sa « générosité », soulignant trop le geste en cours.

Halfbreadtechnique trouve surtout sa force du côté de l’objet théâtral lui-même, du côté de la forme. Cela, d’abord, dans un minimalisme manifeste, les accessoires se résumant à quelques images efficaces en petit format — un peu de ruban, une horloge. Le spectacle, d’ailleurs, s’inscrit dans la Low Budget Series, une série de spectacles de Schick produits à petit budget.

 Privé des effets de scène, le performeur investit de façon remarquable le rapport à la salle. Il offre une présence décontractée, et ses adresses au public ont vite fait de créer un espace fécond. Ses allers-retours répétés vers l’audience font tranquillement apparaître quelque chose de la réalité, de la nôtre, Halfbreadtechnique devenant alors un plaidoyer pour cette faculté qu’ont les arts vivants de désenclaver le spectateur de sa position d’observateur.

Halfbreadtechnique

Conception, dramaturgie et scénographie : Martin Schick (Suisse). Une production General Performances, à La Bordée les 22 et 23 mai dans le cadre du 19e Carrefour international de théâtre.