«Amour et information»: variations sur un même thème

Grâce au Théâtre de la Banquette arrière, on peut découvrir en français la pièce de la dramaturge anglaise Caryl Churchill, créée à Londres en 2012.
Photo: Bruno Guérin Grâce au Théâtre de la Banquette arrière, on peut découvrir en français la pièce de la dramaturge anglaise Caryl Churchill, créée à Londres en 2012.

L’oeuvre caméléonesque de Caryl Churchill ne trouve pas très souvent son chemin sur nos scènes. Il y a bien eu un beau Far Away signé par Édith Patenaude l’an dernier au Théâtre Prospero, ainsi que quelques pièces montées par Martine Beaulne dans les années 2000 à l’Espace Go (Top Girls, Blue Heart). Grâce au dynamique Théâtre de la Banquette arrière, on peut découvrir en français une pièce récente de la dramaturge anglaise bientôt octogénaire : Love and Information, créée à Londres en 2012.

L’oeuvre démontre l’étendue de sa palette formelle : il s’agit d’une collection de quelque 50 scènes, certaines de la brièveté d’un flash, une déclinaison de diverses situations, mais dans une cohérence thématique, énoncée par le titre. En une mosaïque qui en reproduit le rapide déferlement, la pièce met en exergue l’importance de l’information dans le monde contemporain médiatisé, mais aussi dans la nature humaine.

Caryl Churchill y croque des situations génériques, dépourvues de contexte, certaines évidentes, d’autres dont on doit deviner la nature entre les lignes. Et c’est l’un des plaisirs du spectateur, de découvrir à chaque fois de quoi il est question. L’exercice illustratif a certes ses limites, suscitant un peu l’envie de dire au bout du compte : oui, mais encore ? Par l’intéressante structure, où les scènes semblent parfois se répondre en échos, l’ensemble finit toutefois par dégager un portrait de l’humanité, avec ses paradoxes. Entre besoin de contact et incapacité de communiquer (expliquer, par exemple, la douleur physique ou la peur à qui ne peut la ressentir), entre désir de savoir, de rester connecter au monde et la difficulté de transiger avec la surdose d’informations. Amour et information explore aussi beaucoup cette faculté humaine essentielle qu’est la mémoire, et ses défaillances.

On comprend en tout cas que la pièce, avec ses multiples personnages, sa variété de jeu, ait séduit une troupe comme La Banquette arrière. Amélie Bonenfant, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau en endossent les nombreux changements avec une belle cohésion. Pieds nus, revêtus au début de vestons uniformes, ils jouent moins des personnages particuliers que des situations, mais en les habitant avec un grand investissement émotif.

Frédéric Blanchette — un metteur en scène décidément ubiquiste cette saison — orchestre habilement ce va-et-vient rapide de scènes, qui parfois se chevauchent presque, où s’entremêlent humour et drame (et même un tableau qui confine très efficacement à l’horreur…).

Divisé en plusieurs parties, le spectacle créé à La Licorne semble progresser vers une plus grande incarnation alors que la scène auparavant dépouillée se remplit de plantes, que les costumes de Marc Sénécal se personnalisent davantage. Au fil de la représentation, la production relève plutôt bien le pari de varier un peu la forme qu’empruntent ces variations sur un même thème.

Amour et information

Texte de Caryl Churchill. Traduction et mise en scène de Frédéric Blanchette. Une production du Théâtre de la Banquette arrière. À La Licorne, jusqu’au 19 mai. En supplémentaire le 22 mai.