«Alpha & Omega»: objet théâtral non identifié

Christian Vanasse propose une dystopie futuriste.
Photo: Marlene Gelineau Payette Christian Vanasse propose une dystopie futuriste.

La nouvelle exploration ludique du Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) s’aventure dans deux dimensions risquées : l’interactivité et le récit de science-fiction pure, un univers guère aisé à transposer au théâtre. Et au bout du compte, l’objet scénique, plutôt anodin, qui en résulte paraît d’un intérêt limité. Malgré sa réussite technologique et son esthétique conforme à l’univers évoqué.

Fruit d’une websérie interactive sur Artv, qui a permis de fixer à l’avance certains paramètres de la distribution et de l’esthétique, la première pièce de Christian Vanasse est une dystopie futuriste. En 2040, alors que la planète semble en proie au chaos, une équipe scientifique creuse dans le Grand Nord afin de trouver un minerai qui pourrait régler la crise énergétique. Mais les conflits couvent, notamment entre le commandant (convaincant Peter Batakliev), et la chef de la sécurité (Jade-Mariuka Robitaille). Et comme dans toute sci-fi qui se respecte, un ordinateur omnipotent — une intelligence artificielle qui rappelle le Hal 9000 de 2001, l’odyssée de l’espace — règne sur la mission.

Alpha & Omega suit en gros les repères et poncifs du genre. L’humour dérisoire cher au NTE imprègne certes la pièce, mais on n’est pas toujours dans une parodie franche à la Dans une galaxie près de chez vous. La science-fiction étant propice à la critique sociale, le Zapartiste ne manque pas d’y brasser des thèmes actuels : fusion avec la machine, liberté face à la technologie, saccage de l’environnement… L’auteur alimente en débats ses personnages typés. Surtout, le récit met en lumière l’opposition entre le bien public et les intérêts des multinationales. Entre ces débats de nature un peu didactique et les scènes d’action, les trucs technos, on cherche un peu la chair dramatique.

Improvisation

Et l’interactivité ? Pour une raison inconnue, la connexion a échoué pour les appareils électroniques de mon ami. Nos voisins ne semblaient toutefois pas éprouver ce problème. Mais la contribution en direct des spectateurs se limite au fond surtout à des choix mineurs, périphériques au récit. Certains de ces intermèdes sont amusants, mais d’autres semblent alourdir le spectacle, casser son rythme.

La séance d’improvisation longuette à laquelle donnait lieu le premier tête-à-tête entre Dominique Pétin et Peter Batakliev était ainsi assez maladroite, le soir de la première. Saluons toutefois l’audace d’une distribution (qui inclut aussi Victor Trelles Turgeon et Christophe Payeur, en attachant cyborg) se prêtant à ce jeu périlleux avec conviction.

C’est dans la finale, une réussite, que le récit et l’interactivité se rejoignent le mieux, alors que le public est appelé à décider du sort de l’humanité, rien de moins. Exercice démocratique, la pièce intègre dans certains dialogues un questionnement même sur ce système. Et si ses créateurs voulaient démontrer les limites de l’oeuvre artistique conçue par votes, leur mission semble plutôt accomplie…

Alpha & Omega

Texte de Christian Vanasse, mise en scène de Daniel Brière. Conseiller à la dramaturgie : Alexis Martin. Une productiondu Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) et d’URBANIA, jusqu’au 19 mai, à Espace libre.