«Le songe d’une nuit d’été»: qu’il est difficile de s’aimer

La mise en scène célèbre surtout l’art des interprètes. Les partitions très joueuses et plutôt physiques des acteurs flirtent avec un cabotinage parfois appuyé, mais efficace.
Photo: Gunther Gamper La mise en scène célèbre surtout l’art des interprètes. Les partitions très joueuses et plutôt physiques des acteurs flirtent avec un cabotinage parfois appuyé, mais efficace.

Le songe d’une nuit d’été est la pièce la plus érotique du grand Will, au dire de Jan Kott, l’auteur du célébré essai Shakespeare, notre contemporain. C’est d’ailleurs ce que l’adaptation de Steve Gagnon et Frédéric Bélanger s’attelle à rendre. En transposant l’univers féerique de la comédie dans une cité du cinéma, la pièce ne fait pas que donner un peu d’éclat et de brillance à l’histoire. Elle met surtout joyeusement en avant son côté lubrique.

La forêt où les amants se confondent et où les couples se font et se défont est alors faite de lampadaires. La scénographie (Francis Farley-Lemieux) place sur la scène du théâtre Denise-Pelletier une sorte d’Hollywood annoncée par l’énorme inscription lumineuse DREAM, et par des vidéos (Alexis Laurence) évoquant l’allure luxueuse des publicités de parfum. Le tout raffiné par d’élégantes conceptions de costumes (Sarah Balleux) et de lumières (Julie Basse).

En plus de changer l’univers et d’évacuer les personnages de Thésée et d’Hippolyte, l’adaptation de la pièce ne culmine pas par les mariages rétablissant l’anachronique équilibre de la société racontée par Shakespeare. En ne faisant qu’apaiser les fièvres, le spectacle fait simplement et joliment apparaître, grâce à quelques moments mélancoliques, les drames de l’amour, la fatigue des corps s’abandonnant aux passions dévorantes, l’épuisement provoqué par des désirs non réciproqués et les troubles d’une jeunesse sensuelle.

La mise en scène célèbre surtout l’art des interprètes. Les partitions très joueuses et plutôt physiques des acteurs flirtent avec un cabotinage parfois appuyé, mais efficace. La distribution paraît toutefois dominée par un impeccable Dany Boudreault interprétant le petit diable, Puck. En plus d’une festive dose de malice, son interprétation semble concentrer toutes les facettes des autres personnages : l’excentricité des trois ouvreurs (désopilants Adrien Bletton, Olivia Palacci et Jean-Philippe Perras), la retenue majestueuse du couple royal (graves Maude Guérin et ÉtiennePilon) et l’ivresse concupiscente des jeunes amoureux (intenses Gabrielle Côté, Steve Gagnon, Karine Gonthier-Hyndman et Hubert Lemire).

La joyeuse équipe donne vie aux pulsions des protagonistes dans un vif spectacle, qui aurait probablement été encore plus vivifiant s’il avait osé être plus vivant ; encore plus décoiffant s’il avait été un brin décoiffé. Droite dans son inventive représentation de fiévreuses personnalités errant dans une nuit folle, la pièce aurait possiblement bénéficié de quelques débordements baroques moins polis que l’irrévérencieux certes déjà présent, mais somme toute lissé. Elle aurait eu l’occasion de poursuivre sa lancée et de devenir bien plus que franchement charmante.

Le songe d’une nuit d’été

D’après William Shakespeare. Adaptation : Steve Gagnon et Frédéric Bélanger. Mise en scène : Frédéric Bélanger. Présenté en coproduction avec le Théâtre advienne que pourra. Au théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 18 avril.