«Embrigadés»: La quête d’idéal

Le jeu des comédiens est convaincant autant que la langue très orale, mais on garde quand même l’impression d’un projet peut-être trop didactique.
Photo: Cath Langlois Le jeu des comédiens est convaincant autant que la langue très orale, mais on garde quand même l’impression d’un projet peut-être trop didactique.

Le projet d’Embrigadés était simple : explorer ce qui peut mener à la « radicalisation chez les jeunes », sujet dans l’air du temps s’il en est.

Première production du collectif Les Pentures, composé de Félix Delage-Laurin, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Massé-Gagné — finissants 2017 du Conservatoire d’art dramatique de Québec, qui se partagent ici l’écriture et l’interprétation —, Embrigadés se propose d’explorer cette réalité contemporaine par l’intermédiaire de trois adolescents qui, sur les bancs du cégep, nourrissent tranquillement des envies de rupture.

En scène, on retrouve ainsi Marco, Nadia et Christophe, interrogés d’entrée de jeu par un inspecteur, après un crime auquel ils sont tous liés et dont a fait les frais le jeune Hamad. Dans un retour en arrière narré tour à tour par les trois jeunes, on entre donc dans le mode de l’enquête : qu’est-ce qui les a menés là ? Qu’est-ce qui les a conduits à se « radicaliser » ?

Le premier, vivant la pauvreté et nourrissant des envies de révolte, rallie les rangs d’une obscure organisation révolutionnaire ; la seconde, interpellée par un ailleurs plus humain, menace de partir ; le dernier, désireux de protéger les siens, prend les armes : tout est en place. On en reste pourtant, au terme de la représentation, à se demander ce qui n’a pas opéré.

Si l’ensemble est souvent bien mené — le jeu est convaincant autant que la langue très orale, et le récit progresse sans temps mort, en même temps que quelques lignes heureuses apparaissent çà et là sur le besoin de sens béant à l’adolescence —, on garde quand même l’impression d’un projet peut-être trop didactique, qui n’aurait pas achevé sa transition vers la forme théâtrale.

Ce serait la différence avec Froid, par exemple, montée sur les mêmes planches de Premier Acte l’hiver dernier, et avec laquelle il est difficile de ne pas tracer des parallèles tant les préoccupations sont identiques. De l’intérieur et par l’action, la pièce du Suédois Lars Norén nous exposait le trajet d’une bande de jeunes glissant dans la violence. Dans Embrigadés, on reste toutefois davantage en marge.

Une partie de cela tient sans doute à la forme choisie, chacun des trois personnages nous présentant tour à tour un morceau du casse-tête. Notre accès à leur vécu demeure ainsi réduit, limité par leur discours. Si la mise en scène de Pascale Renaud-Hébert apporte ce qu’il faut de mouvement et d’ambiances, on reste néanmoins aux prises avec le sentiment d’un récit ayant pour fonction de renvoyer à un réel à approcher. D’où l’impression qui nous reste d’un exercice discursif, qui gomme mal ses intentions.

Le fait de savoir que le projet se propose de voyager dans les écoles pour rejoindre les jeunes n’aide pas, sans doute, dans cette lecture. Il nous reste à espérer que, sollicitant le vécu des jeunes, il saura faire mieux écho de ce côté.

Embrigadés

Texte et interprétation : Félix Delage-Laurin, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Massé- Gagné. Mise en scène : Pascale Renaud-Hébert. Une production Les Pentures. À Premier Acte jusqu’au 31 mars.