«L’effet Hyde»: les formes confuses de l’inconscient

La présence franche des interprètes-manipulateurs en scène est sympathique et leur maîtrise de leurs instruments commande le respect.
Photo: Mathieu Doyon La présence franche des interprètes-manipulateurs en scène est sympathique et leur maîtrise de leurs instruments commande le respect.

La double figure de Jekyll et Hyde semble être devenue la référence pour désigner l’opposition conflictuelle entre le bien et le mal à l’intérieur d’une même personne, évoquer les versants irréconciliables d’une personnalité, illustrer le démon intérieur d’une bonne âme. Complices depuis longtemps, la marionnettiste Marcelle Hudon et l’équipe du Théâtre de la Pire Espèce ont travaillé ensemble à transposer sur scène le roman à l’origine de ces personnages. Dans L’effet Hyde, ils font vivre la magie de leurs arts (marionnettes, théâtre d’ombres et masques), mais sans la vivifier par la folie qu’on leur connaît.

Depuis 2016, l’équipe d’artistes travaille à mettre en scène la novella écrite par l’Écossais Robert Louis Stevenson en 1886. Ils prennent le parti de relater le récit de l’allégorie qui s’est depuis figé autour d’une idée, d’une figure. L’histoire se déroule dans une Londres victorienne et glauque, la même où sévira Jack l’Éventreur à peine deux années plus tard. Avec des jeux d’ombres et de pénombre, le spectacle crée une atmosphère un peu vaporeuse, presque inquiétante, soutenue par la musique en direct du polyvalent Bernard Falaise.

Les étranges événements de l’histoire se succèdent, narrés surtout par le notaire Utterson, inquiet pour son ami, le docteur Jekyll, qu’il croit victime de chantage de la part d’un vil personnage nommé Hyde. D’un épisode à l’autre, des marionnettes de différentes tailles incarnent les personnages du récit. Des jeux d’ombres sur des surfaces variées offrent des images évoquant l’intériorité trouble de la figure double de Jekyll et Hyde. Des masques se partagent entre Marcelle Hudon et Francis Monty, qui jouent tour à tour les corps des personnages pendant que Louis Hudon leur donne la plupart des voix.

La présence franche de ces trois interprètes-manipulateurs en scène est si sympathique et leur maîtrise de leurs instruments commande un tel respect qu’il devient délicat d’énoncer les faiblesses de L’effet Hyde.

Il faut tout de même avouer que l’inventivité du spectacle paraît mal servie par les procédés qui se transforment à chaque tableau et parfois même à l’intérieur d’un seul épisode. Les reconfigurations constantes de la scène et les redistributions des rôles peinent à s’inscrire dans le récit ou à nourrir la théâtralité de la pièce. En plus de plomber le rythme du spectacle et d’en atténuer les possibilités dramatiques. Il en résulte une forme un peu confuse et bizarrement statique sur laquelle vient se plaquer le thème du refoulement de l’inconscient que les artistes tentent d’esquisser.

L’Effet Hyde

Texte : Francis Monty, d’après le roman de Robert Louis Stevenson L’étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde. Mise en scène : Marcelle Hudon et Francis Monty. Une coproduction de Marcelle Hudon et du Théâtre de la Pire Espèce. Présenté aux Écuries jusqu’au 24 mars, avec la possibilité d’y assister en combo avec le spectacle Pixèle-moi les vendredis et samedis.