Comme un «Bye Bye» de 1757

La pièce «Molière, Shakespeare et moi» exhibe tout du long son côté carton-pâte et sa jovialité un peu forcée.
Photo: François Laplante Delagrave La pièce «Molière, Shakespeare et moi» exhibe tout du long son côté carton-pâte et sa jovialité un peu forcée.

Tout est déjà contenu dans l’amorce, soit cette ouverture musicale faussement grandiloquente et son refrain simplet : « C’est pas ton Réal, c’est Montréal ! » Inscrite aux festivités du 375e anniversaire de la ville, événement dont vous avez peut-être entendu parler, la pièce Molière, Shakespeare et moi,présentée au Théâtre du Rideau Vert, exhibe tout du long son côté carton-pâte et sa jovialité un peu forcée. Comme pour dire, avec un enthousiasme qui devient néanmoins communicatif : « C’est un peu n’importe quoi, mais au moins, on le sait. »

Il le faut parce que, même placé sous le patronage des deux plus illustres plumes dramatiques de l’humanité, le texte d’Emmanuel Reichenbach reste une farce historique d’une minceur à faire rougir n’importe quelle top-modèle. Pensez à un sketch d’une édition du Bye Bye, celui de 1757 en l’occurrence, mais qui durerait une heure et demie. Le fil rouge, qui se révèle simple prétexte à l’enfilade de galipettes et références anachroniques, était pourtant prometteur.

En effet, en élisant comme héros un auteur dramatique fictif tentant de vivre de son art dans le Montréal pré-Conquête, Reichenbach ouvrait un monde de possibilités, mais on exploitera peu toutes les avenues dégagées par cette mise en abyme. Si la toile de fond reste une lutte entre le seigneur de la Nouvelle-France (Roger Larue en bourgeois gentilhomme vulgaire) et l’archevêque (Carl Béchard en Richard III maniéré), les liens compliqués et riches entre l’art et le pouvoir ne font pas le poids face aux gags qu’on sent souvent venir à plusieurs lieues de distance.

À la mise en scène, Charles Dauphinais s’appuie notamment sur quelques tendances qui ne dépareraient pas la scène mobile de la Roulotte, dont il fut le pilote durant quelques étés. Si l’objet ne s’adresse pas aux enfants, le traitement de l’action est bondissant et bédéesque ; les marques de connivence à l’égard du public, sans être abusives, sont également palpables. Encore ici par contre, les possibilités du théâtre dans le théâtre sont sous-jouées, et ce, malgré la scénographie de Loïc Lacroix Hoy, qui semble avoir érigé dès le départ une scène sur la scène.

Les meilleurs interprètes du spectacle — Béchard, Simon Beaulé-Bulman en Beaubien, Anne-Élisabeth Bossé en tenancière de bordel ratoureuse — s’amusent à la fois dans le texte et contre lui, accentuant malicieusement ses composantes les plus ringardes. Finalement, ce côté broche à foin et caricatural transforme la production, à son corps défendant peut-être, en un drôle de pied de nez à l’orgie commémorative ambiante. Cette fricassée ne se prend pas trop au sérieux, heureux contraste avec la tartinade marketing générale où Montréal se retrouve à signifier pompeusement tout et n’importe quoi.

Molière, Shakespeare et moi

D’Emmanuel Reichenbach. Mise en scène : Charles Dauphinais. Une production du Théâtre du Rideau Vert présentée dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal jusqu’au 22 juillet.