Bon débarras, 2016

Ce sont les personnages, souvent, qui font la force de «2016 Revue et corrigée», même lorsque les situations tombent à plat.
Photo: François Laplante Delagrave Ce sont les personnages, souvent, qui font la force de «2016 Revue et corrigée», même lorsque les situations tombent à plat.

Pour emprunter le langage d’Elizabeth II, 2016 aura été une annus horribilis à bien des égards. Horribles attentats terroristes, disparition subite d’icônes artistiques et invraisemblable apparition dans le paysage politique américain d’une créature de la téléréalité. On peut bien rêver, comme le chante la traditionnelle revue de l’année du Rideau vert, que 2016 aura été « juste une mauvaise passe ». Vaut mieux en rire.

Elle commence fort, la nouvelle cuvée de cette éprouvée rétrospective humoristique, grâce à un délicieux clin d’oeil théâtral : une fausse Denise-à-quelle-heure-le-punch-Filiatrault, la directrice du théâtre (parodiée par l’inimitable Marc St-Martin), qui s’immisce dans le spectacle. Sinon, ce qui frappe dans cette édition, qui comporte son lot coutumier de bons coups et de ratages, c’est l’importance des numéros musicaux, chantés et chorégraphiés, fort bien réglés par le metteur en scène Alain Zouvi. Et interprétés avec talent par la troupe. Par exemple, cet emprunt élaboré à Mary Poppins, un tableau qui impressionne davantage par l’exécution qu’il ne fait rire. Et l’un des moments les plus réussis du spectacle n’a même aucune visée comique, ce touchant choeur rendant hommage aux disparus d’une année qui en a compté décidément trop.

Sinon, on déplore qu’un certain nombre de sketchs humoristiques ne soient pas à la hauteur de (bons) concepts de départ, faute d’écriture plus acérée, ou s’étirent un peu trop. Nul besoin, pourtant, de longs échanges pour parodier un personnage, ainsi que le prouve cette incarnation de Hillary Clinton (France Parent) qui parvient, en une brève scène muette, à capturer les émotions de la candidate déçue ainsi que sa maîtrise d’elle-même en public.

Déception, à l’inverse, du peu que les auteurs ont tiré de Donald Trump (déjà que le spectacle couvre si peu l’actualité en dehors du Québec), totalement éclipsé par sa partenaire de numéro, Marina Orsini. Une personnification hilarante, il faut l’admettre, par François Maranda. Ce sont les personnages, souvent, qui font la force de 2016Revue et corrigée, même lorsque les situations tombent à plat. La Céline surréelle de Julie Ringuette, le délirant Ron Fournier ou la Julie Snyder qu’on retrouve dans le pastiche de Célibataires et nus, tous deux campés par l’impayable Marc St-Martin.

Sur le plan du contenu, on retient ce choc culturel d’un Mike Ward invité au Téléthon Enfant Soleil. On rend à l’humoriste provocateur la monnaie de sa pièce dans ce texte qui cultive le malaise et s’avère plutôt grinçant au sein d’un spectacle où, hormis quelques bonnes flèches, l’humour n’a généralement pas les dents d’un pitbull.

On salue aussi, pour une deuxième année consécutive, le numéro du conteur (Martin Héroux). Bien écrite, cette « légende du burkini » capture intelligemment l’une des caractéristiques qui auront malheureusement défini l’année qui s’achève : la démagogie.

2016 Revue et corrigée

Textes : Jean-Philippe Durand, Simon Leblond, Nadine Massie, Pascal Roberge. Script-édition : René Brisebois. Mise en scène : Alain Zouvi. Avec Amélie Grenier, Martin Héroux, François Maranda, France Parent, Julie Ringuette, Marc St-Martin. Au Théâtre du Rideau vert, jusqu’au 7 janvier.