Le Festival Zones théâtrales à Ottawa

Comment se porte le théâtre au Canada français? Très bien, selon Paul Lefebvre, responsable artistique du Festival Zones théâtrales (FZT), qui se déroule du 6 au 15 septembre à Ottawa-Gatineau. «En ce moment, précise-t-il, le théâtre de la francophonie canadienne a non seulement développé un irréprochable professionnalisme, mais il est aussi porteur de démarches esthétiques uniques. Bref, c'est un théâtre méconnu, parfois victime de préjugés de la part des métropolitains, et qui produit un excellent matériel à festivals.»

Pour sa deuxième édition, le festival biennal produit par le Théâtre français du Centre national des arts accueille des spectacles en provenance du nord, du sud et de l'est de l'Ontario, de l'Acadie, des Prairies, du Saguenay, de la Montérégie... et de Montréal. Normalement, le FZT n'accueille pas de spectacles montréalais, mais il s'agit d'un cas particulier: déjà présenté à La Petite Licorne à l'automne 2006 et repris du 2 septembre au 2 octobre 2007 au même endroit, Trains fantômes (texte de Mansel Robinson, traduit par Jean Marc Dalpé et mis en scène par André Perrier) est une création du Théâtre Triangle vital, une compagnie qui était basée en Ontario au moment où la programmation a été établie et qui a ensuite déménagé à Montréal. Les discussions que cette situation a soulevées au sein de l'équipe du FZT ont d'ailleurs suscité l'idée d'une table ronde intitulée «L'identité franco-canadienne est-elle soluble dans la montréalité et, si oui, en combien de temps?». Parions que les discussions seront vives... Et qu'elles le seront tout autant lors de la conférence «Les arts et l'épanouissement des collectivités francophones en situation minoritaire», que prononcera le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser.

Trois créations

Cette année, il y aura trois créations au FZT, dont le spectacle d'ouverture, Le Chien de Jean Marc Dalpé, l'une des oeuvres phares du théâtre franco-ontarien, dont on souligne ainsi le 20e anniversaire. Récompensée par le Prix littéraire du gouverneur général, présentée à Montréal, Toronto, Ottawa et Limoges (France), traduite en anglais et en «français de France», cette pièce avait, selon les observateurs de l'époque, marqué le passage du théâtre professionnel franco-ontarien à l'âge adulte. C'est aussi l'oeuvre qui avait révélé l'immense talent du jeune Roy Dupuis...

Pour Joël Beddows, qui signe la nouvelle mise en scène du Chien, sa création en 1987 par Brigitte Haentjens fut une révélation: «Ce soir-là, raconte-t-il, j'ai découvert la noblesse de la tragédie par une expression réellement locale à laquelle je ne pouvais faire autrement que de m'identifier. [...] Voilà pourquoi je ressens l'urgence de monter cette pièce. Elle me rappelle qui je suis, qui je serai toute ma vie et la tristesse qui habite les souvenirs que je porte en moi d'une terre que j'ai moi-même abandonnée, celle du Nouvel-Ontario... » Pour porter le texte de Jean Marc Dalpé, Beddows a fait appel aux talents de Marc Bélanger, d'Annick Léger, de Sylvain Massé, d'Aubert Pallascio et de Manon St-Jules. Après sa présentation au FZT, la pièce prendra l'affiche de La Nouvelle Scène d'Ottawa, puis du Théâtre du Nouvel Ontario,

à Sudbury.

Si le spectacle d'ouverture promet d'être un véritable événement, le spectacle de clôture risque lui aussi de faire des vagues: Le Filet, une production du Théâtre populaire d'Acadie, se penche sur les événements violents qui ont secoué la péninsule acadienne au printemps 2003, à la suite de l'annonce du partage des quotas de pêche au crabe entre les crabiers traditionnels et les autres pêcheurs. La pièce, qui met en scène une famille de crabiers déterminés à ce que la business et la richesse familiales soient transmises de génération en génération, est décrite ainsi par le metteur en scène Michel Monty (La Société des loisirs, Gagarin Way): «Derrière ce huis clos explosif qui met en scène une famille en crise [...] ce sont les conflits de toute une région qui sont mis en abîme. Il y est question de transmission, de traditions qui se perdent et d'un monde meilleur devenu essentiel à bâtir.»

Entre ces deux pôles, une troisième création verra le jour au festival: Écume, la première production du nouveau Théâtre de la Cabane bleue, de North Lancaster, est écrite et mise en scène par Anne-Marie White. Celle-ci explique que sa pièce «parle de la nécessité du rêve comme arme de survie [...] devant la violence des flots». Conçu avec la collaboration de la chorégraphe Catherine Tardif et de la compositrice Louise Beaudoin, «cet objet artistique est devenu un spectacle où les mots, les corps et la musique vont et viennent, formant des vagues qui heurtent le récit et dont l'impact crée, au fil du temps, l'écume». Après avoir été présenté au FZT, Écume prendra l'affiche de la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, du 11 au 29 septembre.

D'autres productions

Le FZT propose six autres productions, dont deux ont déjà été présentées au Québec l'an dernier: Le Capitaine Fracasse, des Têtes heureuses (Chicoutimi), et D'après Les Ménines de Vélasquez, des Productions Tableaux vivants de Mont-Saint-Hilaire. D'Edmonton, on attend Fort Mac, de Marc Prescott. À noter qu'après sa présentation au FZT, Fort Mac sera présenté à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier les 14 et 15 septembre.

Pour le plus grand plaisir des petits et des plus grands, le Festival Zones théâtrales présentera le spectacle musical Oz - Théâtre enchanté, de la Compagnie Vox Théâtre, qui était en nomination pour le Masque de la meilleure production franco-canadienne 2007.

Collaboratrice du Devoir
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Pour plus de renseignements concernant le Festival Zones théâtrales, consultez le www.nac-cna.ca/zones ou composez le 613 947-7000.