Concerts classiques - Le principe de Placide

Voilà ce que peut aussi nous amener Kent Nagano: quelques stars qui donnent à la métropole l'illusion d'évoluer dans le grand circuit de la musique classique, alors même que Montréal en est désespérément rayé, au profit de Toronto, qui verra, par exemple, la visite cette saison du Philharmonique de Vienne.

Méga-star donc, hier soir sur le podium de Wilfrid-Pelletier, Placido Domingo, qui, en entrevue, développe un discours intelligent et sensible sur la 4e Symphonie de Tchaïkovski mais se trouve totalement incapable de l'appliquer, englué qu'il est dans une inconsistance rythmique, qui fait faire des yoyos absurdes à l'Andantino (2e mouvement) et grève le premier volet d'avachissements cyclothymiques. Certes, régulièrement la machine repart, mais cela fait désordre. Pourquoi, ainsi, une même mélodie est-elle plus rapide aux violoncelles que lorsqu'elle est énoncée au hautbois?

Au-delà de ces incohérences, l'ensemble est pesant et fort ennuyeux. Il en va de même pour l'oeuvre de Manuel de Falla, piquée par la mouche tsé-tsé. Elle manque de climats, de simplicité, ainsi que de subtilité dans les attaques et les différenciations dynamiques. Elena Bashkirova, les yeux rivés à sa partition, fait dans son coin ce qu'elle sait faire: un martelato miniaturiste qu'elle applique en général à Mozart. On sauvera du concert l'ouverture de Verdi, cohérente et d'un bel impact sonore.

La soirée confirme donc ce qu'on avait perçu en CD de Domingo chef d'orchestre symphonique: le Principe de Peter s'applique même aux grands musiciens.