The Beaches, de la plage aux Plaines

Le quatuor à l’origine de The Beaches avoue ne pas être intimidé de jouer avant Garbage et Alanis Morissette.
Photo: Evie Maynes Le quatuor à l’origine de The Beaches avoue ne pas être intimidé de jouer avant Garbage et Alanis Morissette.

Meet The Beaches ? L’allusion à l’album des Beatles ne tient vraiment plus, les présentations sont faites. Depuis huit ans. Dès 2014, le groupe faisait son bon bruit à Osheaga. Trois fois le Corona, une fois L’Astral, retour à Osheaga en 2018, on les retrouve, soudées, enthousiastes comme au premier jour : les sœurs Jordan et Kylie Miller, Eliza Enman-McDaniel et Leandra Earl. Pour en finir avec la référence aux Beatles, précisons une fois pour toutes qu’elles ont grandi près du quartier autrefois bohémien de Toronto que l’on appelle The Beaches. « Tout simplement », lance en rigolant Jordan Miller, chanteuse et bassiste, au bout du fil. « On n’a pas cherché loin ! »

Leur musique, elle, a gagné en complexité. Un peu moins punk, un peu plus pop, à chaque nouveau disque. Moins Runaways, plus Go-Go’s, voire un peu Bangles, « girl-groups » dont elles se réclament tout naturellement. À une époque d’inclusion où les Ariane Moffatt, Marie-Pierre Arthur et autres Klô Pelgag ne se posent plus la question de genre, sur scène autant qu’en studio, où l’idée même d’un groupe de gars ou d’un groupe de filles semble surannée, il s’agit forcément d’un choix. Explication de Jordan Miller. « Nous avons commencé si jeunes, vers 11-12 ans, c’était tout simplement normal de jouer avec ma sœur Kylie et nos amies du quartier. Il y avait déjà Eliza et une guitariste, Megan, on s’appelait Done With Dolls. Ça a été un groupe de filles parce qu’on se tenait entre filles. Plus tard, quand Leandra s’est jointe à nous et qu’on est devenues The Beaches, on en a fait notre identité, notre particularité : ce n’était plus tellement à la mode, alors ça nous a distinguées. »

Leur terrain de jeu

 

Elle avoue, pas mécontente : « On se trouvait cool d’être un groupe de filles. Pourquoi ne pas continuer comme ça ? » En effet. À partir du moment où il est précisé sans ambages que ce n’est pas un fantasme de producteur-vedette (Kim Fowley, dans le cas des Runaways), on choisit le terrain de jeu dans lequel on s’amuse. « Quand on se donne un look des années 1970, on s’assume complètement. » On pense aux Hay Babies, qui vivent depuis l’album Boîte aux lettres de 2019 une véritable immersion dans la psychédélie, jusqu’à créer leurs propres vêtements multicolores à partir de patrons retrouvés. « C’est une question d’attitude. Quand on joue devant un public, on est en représentation, on est nous-mêmes, mais aussi des mises en scène de nous-mêmes. Nous devenons cette entité qui s’appelle The Beaches. Autant être colorées. »

Elle ajoute, sur sa lancée : « La vérité, c’est qu’il y a vraiment beaucoup d’avantages à poursuivre l’aventure entre jeunes femmes : nous parlons de notre point de vue, nous changeons ensemble, nous décidons ensemble, nous sommes plus fortes ensemble. » Notamment pour tenir tête à l’industrie du disque et du spectacle, qui demeure, elle, très majoritairement une chasse gardée masculine. « L’industrie change lentement. Le fait est que les jeunes hommes écoutent ce que nous chantons, il y a une solidarité dans la nouvelle génération, entre musiciens et musiciennes. Notre énergie est positive. Plein de gars commentent de façon intéressante ma chanson T-Shirt, qui parle d’un one-night stand d’une perspective féminine : je pense que ça les aide à comprendre ce qu’une jeune femme peut vivre. »

Dédramatiser. Ne pas stigmatiser. Établir des limites claires tout en s’amusant. « Je pense qu’on a un rôle à jouer dans ce monde très codé du rock. Oui, on peut se défouler. Jouer à fond à être un groupe de rock. Quand le rapport est sain, quand tout le monde comprend qu’on est là pour le plaisir d’être ensemble, il n’y a pas de problème. » Jouer avant Garbage et Alanis Morisssette ne les intimide pas. « Encore là, c’est positif. On est heureuses et fières, on va réchauffer la place. » Tout simplement ? « Oui ! Tout simplement ! 

The Beaches

Vendredi à 18 h, Scène Bell, au Festival d’été de Québec

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