«Kingmaker»: le règne en devenir de Tami Neilson

Le matériel du nouvel album de Tami Neilson, «Kingmaker,» est particulièrement intense et immense, cinématographique dans les arrangements, plus que jamais direct dans le propos.
Photo: Sophia Bayly Le matériel du nouvel album de Tami Neilson, «Kingmaker,» est particulièrement intense et immense, cinématographique dans les arrangements, plus que jamais direct dans le propos.

Et alors, le bagage asuivi ? « Non, pas encore, ils cherchent, on m’a promis que ce serait envoyé chez ma mère à Toronto d’ici une semaine », grimace Tami Neilson tout en éclatant d’un rire si puissant que le béton de l’aéroport doit être tout fissuré. Rien n’est simple, hein, Tami ? Elle sourit dangereusement. L’écran Zoom est en Cinérama quand elle montre les dents. « Je suis là. Ma compagnie de disques, Outside Music, fait l’impossible. On va présenter les spectacles extérieurs. »

Ajoutons en effet que la septième vague d’un virus qui fait de plus en plus rimer covidien et quotidien l’oblige à annuler les spectacles en salle. Pas de chances à prendre. C’est quand même un comble pour la Canadienne d’origine, qui a vécu toute la pandémie à l’abri dans sa Nouvelle-Zélande d’adoption. « Ça me rend encore plus résolue, disons. Mon nouvel album sort [Kingmaker, paru vendredi], il est temps que je sorte aussi ! »

Le temps du deuil

 

Chaque artiste a son histoire de carrière en suspens depuis mars 2020, mais il y a, comment dire… « des coïts plus brutalement interrompus », résume-t-elle, déclenchant un rire encore plus sonore. « J’avais Chickaboom! sur le feu, c’était l’album qui allait bénéficier de tout ce qu’on avait bâti avec Don’t Be Afraid et Sassafrass!,on avait le momentum, j’allais conquérir l’Amérique ! » Cela dit sur un ton qui tonne. « J’exagère peut-être un peu, mais disons qu’il y a eu une période de deuil. Deuil de l’album, deuil de la suite. Un mois avant que tout déferle pour moi et mon équipe, tout s’est dégonflé… pour tout le monde. »

Pas de boom pour la chicka. « L’industrie du spectacle a été la première à s’effondrer et la dernière à remonter, et encore, partir à travers le monde en tournée demeure précaire. On se tient sur un dix cents. » Pour Tami Neilson, tout semble à refaire : bien sûr qu’il suffit d’être exposé une fois à elle, sa voix, ses chansons, son tempérament, cette allure qu’elle a, entre Patsy Cline et les filles des B-52’s à leurs débuts, pour tomber sous son charme. N’empêche que pour les médias et les programmateurs, la côte est à remonter. Au FEQ samedi, c’est à 18 h qu’elle se produit, pas en tête d’affiche.

Le temps des constats

 

Le matériel de l’album Kingmaker est particulièrement intense et immense, cinématographique dans les arrangements, plus que jamais direct dans le propos. « You can bet, most famous girl ain’t no-one heard of yet / But I’m all set », déclare-t-elle dans King of Country Music, une chanson-manifeste sur la place qui devrait lui revenir : « Could the King of Country music be the daughter not the son ? » C’est son histoire qu’elle raconte. « Nashville trailer park, I was 17 / Family band, Opryland, playing sets between writing songs / Slipping demo tapes in laundry bags of stars [you don’t get far] ».

« Durant la pandémie, commente-t-elle, les femmes de carrière ont disparu, on les a renvoyées à la maison s’occuper des enfants parce que les écoles étaient fermées : ce sont toujours les femmes qui paient le plus gros prix. » D’où ce besoin d’affirmation décuplé dans les chansons nées durant le confinement. « I’ll stop begging for what’s already mine », décrète-t-elle dans Kingmaker, la chanson-titre. Dans Ain’t My Job, elle prend Dolly Parton à témoin : « Just like Dolly said no to The King / You want half, make me laugh / Ain’t you heard me sing ? »

Le temps des possibles

 

Elle n’a pas manqué de carburant pour que ses textes et ses chansons se mettent en marche. Toutes les frustrations, une fois le deuil consommé, se sont canalisées en énergie. Ce sont tous les combats d’une vie, tous les désirs retenus, qui avaient besoin d’être exprimés. « Big boys, big noise / It’s my turn, you’re gonna learn / Keep walkin’, Mama’s talking », intime-t-elle aux misogynes de l’industrie du disque et du spectacle. « C’est le premier album que je réalise toute seule. J’ai saisi l’occasion à bras-le-corps. »

Et tout devient possible, y compris chanter en duo avec Willie Nelson. « C’est encore une conséquence de la pandémie. On ne peut pas séparer le bon du mauvais. Les choses surviennent, et ça révèle notre nature profonde. On était programmés au même festival, tout est annulé, et l’événement se retrouve en ligne. Si le festival avait eu lieu, on ne se serait pas croisés, chacun sur sa scène. Il s’est retrouvé spectateur, chez lui, et il a vu mon set, avec sa famille. »

Il y a de l’incrédulité dans le rire un peu fou qui précède la phrase suivante. « Il est devenu fan ! Et sa compagne aussi. On a échangé sur les réseaux sociaux, elle et moi, pendant un an, et finalement j’ai osé demander s’il écouterait une chanson de moi qui me semblait appropriée, et ça s’est fait. » Les voix de Tami et de Willie se marient tout naturellement dans Beyond the Stars. Chanson de rêve et d’espoir. « C’est miraculeux, non ? » Oui. Il en a de la chance, ce Willie Nelson.

Tami Neilson sera en spectacle dans le cadre du Festival d’été de Québec, à la place de l’Assemblée-Nationale, le 16 juillet, 18 h.


Kingmaker

Tami Neilson, Outside Music

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