The Weather Station sous des ciels variés

Tamara Lindeman, leader du groupe The Weather Station
Photo: Tess Roby Tamara Lindeman, leader du groupe The Weather Station

The Weather Station n’est pas vraiment un groupe. Plutôt un poste d’observation. C’est de là que Tamara Lindeman regarde, constate, commente. Et chante les textes résultants, s’accompagnant au piano. Des musiciens s’ajoutent, au besoin. Selon le contexte, pour ainsi dire selon le temps qu’il fait, la direction du vent, la portée des sons, on entend plus ou moins fortement les ajouts, cuivres, claviers, guitare, lap steel.

Sur la nouvelle scène extérieure du Festival d’été de Québec, installée sur la place de l’Assemblée-Nationale, c’est encore l’inconnu. Tamara et son équipe arriveront du mythique festival folk de Mariposa, idéal pour du folk ambiant. « Nous montons au front, si j’ose dire. » Tout léger rire de la fort sérieuse Tamara Lindeman au bout du fil. « Il y a plus de place pour l’improvisation. Mes compagnes et compagnons viennent du jazz, ils peuvent s’adapter à toutes les situations. »

Ce n’est pas un souci : les albums aussi ont été créés sous des ciels différents. Parfois presque solo piano-voix, parfois plus appuyés : « Nous n’avons pas de succès de palmarès, les gens qui nous suivent sont ouverts à tout, nous n’avons pas l’obligation de reproduire quoi que ce soit. » Oui, le chant de Tamara est très mélodique, mais aucunement lié à des refrains que l’on pourrait entonner. « Ce n’est pas impossible de connaître les chansons par coeur, mais il faut vraiment les avoir beaucoup, beaucoup écoutées… »

La prose chantée

 

L’écriture est peu rimée, arrimée à rien d’autre qu’au fil narratif et à la suite des observations.

Stars, au coeur du nouvel album, pourrait être lue, pas comme un poème mais plutôt comme une page de journal personnel. « How is it that I should look at the stars ? Drove out in the desert in a rental car. And I climb up on the roof and lie in wait. For my eyes to adjust. For some peaceful state. […] It’ll be 2020 tomorrow night. From Salton City, I hear fireworks go off. As though they’re celebrating all another year has cost. Or is it carelessness ? Send another star into the sky. Only to watch it die. Fall across the black in a shining arc. I swear to God this world will break my heart. »

Ce ton-là. Descriptif, cernant mine de rien un sentiment très fort. Impuissance, émerveillement, colère, tristesse. « C’est de la prose chantée. J’écris un paragraphe, pas des lignes. Peu ou pas de métaphores : je décris le moment, les choses, le déroulement, et ce que je ressens. Je change des mots pour qu’ils soient moins carrés à la prononciation, mais pas le contenu. J’écris ce qui est. » Ce ne sont pas pour autant des courtes nouvelles. « Ça demeure de la chanson, il y a des agencements de mots qui se détachent, que l’on retient séparément. Tout n’est pas explicite non plus. » On peut aussi se laisser bercer par les sons — et la voix au registre étonnant de la chanteuse. « Avec une chanson, on a toujours le choix. Prêter attention au sens, ou pas. Baigner dans la beauté du chant, réagir physiquement à la musique, c’est d’abord par là que mes artistes préférés m’ont touchée. »

Des climats pour le climat

 

The Weather Station, dans tous les sens de l’appellation, est affaire de climat. Depuis le premier album (The Line, paru en 2009), il s’agit pour Lindeman et ses divers collaborateurs de créer des climats propices pour évoquer la question centrale des changements climatiques. Et l’aveuglement dans lequel le monde continue d’avancer. Commentaire dans Endless Time : « They don’t put that in the paper, you won’t read it on the news. You have to use your eyes. And it’s so painful how everybody lies. Nobody tells it straight. They try so hard not to meet your gaze. » L’urgence est là, The Weather Station en fait état : « À chaque année qui passe, l’évidence est de plus en plus brutale. Et le déni toujours plus grand. J’essaie de témoigner à ma façon, qui n’est pas une façon violente. »

C’est sa manière. Donner la mesure de la beauté en péril. Sans s’illusionner. En étant consciente du monde et d’elle-même. « I am lazy. I only want to talk about love », chante-t-elle dans To Talk About. « Je suis comme tout le monde. C’est difficile de sonner l’alarme tout le temps. C’est aussi ça, mon propos. Comment sortir de sa propre inertie ? Chanter, aller sur scène, communiquer quelque chose, c’est ce que j’ai trouvé de mieux. »

The Weather Station

Mercredi à 21 h, place de l’Assemblée-Nationale, au Festival d’été de Québec

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