The Roots non-stop en clôture du FIJM

The Roots, après tout, est aujourd’hui d’abord reconnu comme le house band du «The Tonight Show Starring Jimmy Fallon», et donc sait jouer un vaste répertoire de chansons populaires que les musiciens enchaînent en concert à la manière d’un DJ: pour maximiser l’impact sur un plancher de danse.
Photo: Victor Diaz Lamich The Roots, après tout, est aujourd’hui d’abord reconnu comme le house band du «The Tonight Show Starring Jimmy Fallon», et donc sait jouer un vaste répertoire de chansons populaires que les musiciens enchaînent en concert à la manière d’un DJ: pour maximiser l’impact sur un plancher de danse.

La 42e édition du Festival international de jazz de Montréal s’est terminée samedi soir par une puissante déflagration de funk et de rap, gracieuseté de l’orchestre américain The Roots qui, une dizaine d’années après avoir marqué le festival en jouant quelques années de suite au Métropolis, a démontré qu’il n’avait toujours pas perdu le rythme. Pour le dire simplement : pendant 90 minutes, l’impérial leader Questlove à la batterie ne s’est même pas arrêté une seule fois de taper sur les peaux, même pas pour prendre une gorgée d’eau, sinon en continuant de garder le tempo de sa main libre. Ils ont sué, nous avons sué, tout le monde a sué, du fond la scène jusqu’à la rue Sainte-Catherine.

« How y’all feeling out there ? », a d’entrée de jeu demandé le maître de cérémonie Black Thought. Réponse : on se sent prêts à danser ! Ce que nous avons fait, avec allégresse, tous, fans de la première heure ou nouveaux initiés. Avec The Roots, il y en a un peu pour tous, les chansons classiques – aussi classiques que puissent être les chansons d’un groupe ayant pris racine dans la scène rap alternative au début des années 1990, en termes de rayonnement, on est loin de Drake ou Kanye West – et les reprises de succès funk qui font vibrer n’importe qui possédant encore ses jambes, un tympan pas trop abîmé et un coeur battant.

The Roots, après tout, est aujourd’hui d’abord reconnu comme le house band du The Tonight Show Starring Jimmy Fallon, et donc sait jouer un vaste répertoire de chansons populaires que les musiciens enchaînent en concert à la manière d’un DJ : pour maximiser l’impact sur un plancher de danse. L’orchestre le fait avec une maîtrise rarement entendue, sinon quand ce même groupe avait mis le feu au Métropolis en 2010 et 2011, encore à l’invitation du FIJM. À l’époque, ces concerts s’étaient étirés au-delà des deux heures ; disposant hier de seulement (!) 90 minutes, The Roots a servi un buffet de funk, rap, soul et disco costaud et bien choisi.

Après la mise en bouche funk de l’ouverture, The Roots a fortifié les basses (le sousaphone aidant) sur The Pros, puis a servi son enchaînement de Get Busy (de l’album Rising Down, 2008) avec le Jungle Boogie de Kool & The Gang, un classique de ses performances live qui n’a pas manqué de fouetter les dizaines de milliers de festivaliers réunis. Même pas quinze minutes depuis le début du concert, c’était déjà l’extase glissant dangereusement du côté disco avec, coup sur coup, des reprises de I Got My Mind Made Up (You Can Get It Girl) d’Instant Funk, You’re the One For Me de D Train (les synthés prenant le dessus sur les cuivres) et de l’immense Soul Makossa du regretté saxophoniste camerounais Manu Dibango. Dans la foule, personne ne pouvait rester immobile.

La reprise d’un titre du groupe rap Main Source (Looking at the Front Door), précédée de sa source, Think Twice (du trompettiste jazz-funk Donald Byrd) a ouvert la voie à une sélection de compositions classique de The Roots, la coulante Proceed (de l’album classique Do You Want More ? !!! ??!, 1995), What They Do (du suivant Illadelph Halflife), The Next Movement (Things Fall Apart, 1999). Sur scène, trois cuivres, deux claviers, guitare, section rythmique, Black Thought au microphone, les gars exsudaient d’assurance, manipulant l’ambiance en transitionnant du rap festif au funk explosif éternellement redevable au son de James Brown, en faisant des détours vers le funk, le boogie et le r & b.

Et ce, insistons, sans s’arrêter. Quelle machine à groove, The Roots ! Quel privilège de pouvoir en profiter – la veille sur la grande scène, Laurent Saulnier, programmateur en chef sortant du FIJM, présentait le concert de Bran Van 3000 comme le « pré-party de clôture » de cette 42e édition. Une affaire aussi sympathique, quoique plus brouillonne, ayant aussi rempli à craquer la place des Festivals. Le groupe a mis le dernier clou à son épuisante performance avec l’incontournable The Seed 2.0 (de Phrenology, 2002), mais même avant la fin du concert, le bruit courait que la fête n’était pas encore terminée : Questlove s’en irait ensuite faire le DJ au Studio TD, juste au coin de la rue, à compter d’1 h du matin. On s’en souviendra de cette finale du FIJM.

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