Bain de foule et douche de nostalgie avec Bran Van 3000

Le collectif fondé par James Di Salvio et E.P. Bergen ramènera vendredi soir ses grooves au Quartier des spectacles pour souligner le 25e anniversaire de la parution de l’album «Glee».
Photo: Fournie par le Festival international de jazz de Montréal Le collectif fondé par James Di Salvio et E.P. Bergen ramènera vendredi soir ses grooves au Quartier des spectacles pour souligner le 25e anniversaire de la parution de l’album «Glee».

Pour la deuxième fois de son histoire, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) offrira sa plus grande scène à l’un des plus emblématiques phénomènes pop montréalais des années 1990, Bran Van 3000. Quatorze ans après son premier Grand événement au FIJM, le collectif fondé par James Di Salvio et E.P. Bergen ramènera vendredi soir ses grooves au Quartier des spectacles pour souligner le 25e anniversaire de la parution de l’album Glee et faire la fête avec l’insouciance de ces années où rap et musiques électroniques prenaient fermement racine sur notre scène musicale.

« Je suis aussi content que toi que la joie, la danse et la célébration de la vie soient redevenues légales — et je suis content aussi que Bran Van puisse être au menu, au coeur de l’été montréalais », souffle James Di Salvio, attrapé au vol après une rencontre avec l’équipe de scénographes du concert de ce soir, marchant sur l’avenue du Parc, près des Tam-tams. Rentré de L.A. quelques semaines plus tôt, il a rassemblé les amis dans un local de répétition pour monter ce concert et se rappeler les histoires du bon vieux temps. Il a effectivement « des centaines de souvenirs et d’anecdotes qui refont surface en retrouvant les amis », ajoute Di Salvio, le sourire dans la voix.

« C’est même bouleversant de constater que rien n’a changé en ce qui a trait à la folie qui animait ce projet — bien sûr que ce sera nostalgique, comme soirée », reconnaît-il. « Quelque part, c’est se rappeler, aujourd’hui, qu’il y a 25 ans, [notre musique] nous projetait dans le futur, sans qu’on s’en soit aperçu à l’époque. »

Ce Glee qui nous lie

 

En 1997, le rap et les musiques électroniques étaient déjà présents dans ce Québec d’alors, qui ignorait largement l’existence de ces scènes. Di Salvio travaillait alors comme DJ, entre autres occupations ; comme le veut la légende, c’est en touchant ses redevances de remixeur sur la chanson 1990 de son ami Jean Leloup qu’il a été pris par l’envie de flamber cette somme sur des instruments de musique, invitant son ami Bergen à l’aider à dépenser tout ça le temps d’un week-end à New York.

Le succès international de la chanson Drinking in L.A., qu’on réécoutera avec plaisir ce soir en compagnie, espérons-le, des meilleures de l’album GleeAfrodiziak, Couch Surfer, Supermodel, sa version de Cum on Feel the Noize du groupe Slade, redevenue populaire dans les années 1980 grâce au groupe metal Quiet Riot —, a ouvert une brèche dans l’esprit de plusieurs musiciens d’ici : oui, c’est possible d’avoir du succès ailleurs qu’au Québec en faisant du rap et (ou) de la pop électronique.

« Le diplomate en moi dira que oui, Glee a bien vieilli, indique James Di Salvio. Justement en raison de tout l’amour qu’on reçoit pour l’anniversaire de la sortie de cet album, c’est assez incroyable. Je pense que le lien qui s’est créé entre ses chansons et le public a bien vieilli — lorsque tu lances un album comme ça, c’est comme s’il ne t’appartenait plus. Et ça a fait du bien de le réécouter [avant de monter ce spectacle], j’y réentends toute la passion que nous avions pour le hip-hop des années 1990. Que de bons souvenirs. »

Expression identitaire

 

Surtout, il y avait, dans les bordéliques chansons de Glee, quelque chose comme l’expression d’une identité mont-réalaise, presque 10 ans avant que l’on qualifie Montréal de « nouvelle Seattle », dans le sillon des premiers albums d’Arcade Fire, Wolf Parade et The Unicorns.

Cet esprit convivial, communautaire, multiculturel qui animait le Mile End et cette portion du boulevard Saint-Laurent, plus ou moins entre la rue Sherbrooke et l’avenue des Pins, qui était alors le coeur battant de la vie nocturne montréalaise.

Le coin a bien triste allure aujourd’hui, autour de la défunte Cafétéria et de la boîte de nuit Di Salvio… « Au fond, ce qui nous animait, à l’époque, c’étaient les gens » plus que les lieux, dit James, philosophe. « Montréal, ses gens, ses dynamiques, sa richesse faite de nombreuses cultures, c’est d’une complexité que plusieurs autres grandes villes ne connaissent pas. Je suis attaché à ce boulevard Saint-Laurent, à ce coin, en raison de la famille », qui exploitait clubs et restaurants et qui en tient encore d’autres aujourd’hui à Los Angeles. « Ce qui se passe là se passe aussi ailleurs dans le monde : les mégasociétés qui s’approprient tout. » C’est l’ancien punk (viré adepte de rap et de musiques de club) qui parle, souligne Di Salvio.

« Ouais, il aurait fallu prendre soin de ce coin-là, mais en même temps, l’été vient de commencer, et je trouve la ville resplendissante. » Ce sera la fête vendredi avec Bran Van 3000, qui donnera ensuite une poignée d’autres concerts au Québec, jusqu’au 20 août, au festival La Grosse Lanterne, à Béthanie. Et après ? Peut-être bien que l’aventure Bran Van se poursuivra. Le « Bran Man » dit avoir de son côté terminé l’enregistrement d’un album de yacht rock, qui sera son premier album solo. « J’ai pensé en faire un disque de Bran Van, mais ça sonne plus Steely Dan que Bran Van… »

Affaire à suivre.

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