L’atout Hilary Hahn

À Lanaudière, Hilary Hahn jouait vendredi le «Concerto pour violon» de Dvořák.
Photo: Annie Bigras Agence BigJaw À Lanaudière, Hilary Hahn jouait vendredi le «Concerto pour violon» de Dvořák.

En choisissant d’ouvrir son festival jeudi et vendredi, enregistrant une assistance de près de 2000 spectateurs jeudi et de l’ordre de 1500 vendredi, Lanaudière se pliait aux nécessités du calendrier de l’OSM, qui partait samedi matin pour une brève tournée en Corée. Après Prokofiev et Mahler, jeudi, le concert de vendredi nous proposait Ravel, Dvořák, Bartók et Debussy, à la grande joie des festivaliers. Le niveau était-il pour autant celui, affûté, d’une amorce de tournée internationale ?

Les concerts d’ouverture du Festival de Lanaudière ont donc été pour l’OSM des soirées de rodage pour une tournée de quatre concerts en Corée du Sud, du 5 au 8 juillet. Trois d’entre eux reprendront le programme entendu jeudi, soit le 1er Concerto pour violon de Prokofiev et la 5e Symphonie de Mahler. Le premier concert à Séoul, mardi, aura pour soliste Yekwon Sunwoo dans le 3e Concerto de Prokofiev, entouré de La valse de Ravel, la suite du Mandarin merveilleux de Bartók et La mer de Debussy présentées vendredi.

À Lanaudière, Hilary Hahn jouait vendredi le Concerto pour violon de Dvořák. Ce fut un moment musical épatant à divers titres, et l’orchestre montréalais pourra être rassuré d’entamer trois de ses concerts avec une telle artiste. Hilary Hahn demeure une de ces violonistes auxquelles rien ne semble pouvoir arriver : l’assurance, l’intonation, la maîtrise des oeuvres sont telles qu’elle s’en empare et fait ce qu’elle veut. C’est bien ce qu’elle a montré jeudi dans le 2e mouvement du Prokofiev. Dans Dvořák, c’est à nouveau le 2e mouvement qui fut le plus admirable, dans la gestion du flux musical et de la subtilité des nuances. Dans l’interaction soliste-orchestre, c’est dans la découpe rythmique du finale, ciselée notamment par un excellent choix de baguettes de la part du timbalier et de beaux timbres de clarinettes, que nous avions le plus de créativité. Le petit bémol avec Hilary Hahn est le léger manque de « chair » du son avec peu de « gras » sur la corde de sol (la plus grave). C’est un peu moins gênant dans l’éthéré Prokofiev que dans les accents bohèmes de Dvořák.

Un temps d’adaptation

Nous avions orienté le commentaire de la soirée de jeudi sur le bonheur ressenti par les auditeurs. Après la 3e Symphonie de Mahler par Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora à la Maison symphonique, la 5e Symphonie de Mahler confirmait ce besoin d’ivresse de la masse sonore retrouvée. Vendredi, c’est le très spectaculaire et tonitruant Mandarin merveilleux qui a été partiellement applaudi debout ! Le public est certes lent à revenir, mais il veut assurément du grand spectacle, du décibel et du gros orchestre, dont il a été privé en raison de la distanciation des musiciens.

L’enthousiasme face à ce dont nous avons été privés pendant deux ans doit-il obérer toute écoute critique ? Assurément pas. En écrivant que la 5e de Mahler montait en puissance et se calait à partir du dernier tiers du 2e mouvement, nous disions clairement que les 20 premières minutes n’étaient pas encore au niveau d’un orchestre « en représentation ». La chose est surprenante lorsqu’on sait que l’OSM a joué cette 5e Symphonie en 2017 et puis 2019, à Montréal et en Amérique du Sud.

On trouvera dans ce qui manque (le poids du 1er mouvement de Mahler, et, vendredi, les ombres et lumières de La valse, la souplesse de La mer) une possible explication dans notre fructueux échange avec la brillante directrice générale de l’Orchestre symphonique de San Diego, Martha Gilmer, qui nous disait en substance : « Rafael Payare n’est pas un chef qui exige ; il s’attend à ce qu’on lui donne ».

Il est très clair que nous sommes passés d’un chef cartésien et contrôlant (Nagano) à un chef qui laisse respirer (Payare). De plus, sa culture esthétique est radicalement opposée sur certains répertoires (un geste plus vif, notamment dans la musique française). L’exercice critique devient donc un casse-tête : est-ce que le chef n’y est pas, ce qui fut notre crainte sur ses premiers concerts de musique française, ou est-il en train de laisser venir tranquillement l’orchestre à lui, chemin qui va être d’autant plus long que ledit orchestre part de l’opposé de son spectre esthétique ? Quel élément permet, au fond, de savoir où l’on se situe sans donner un certain temps d’adaptation à l’apanage ?

En tout cas, la tournée en Corée est la première du tandem. Il en faut une, et elle ne fera vraiment pas de mal !

Plaisirs d’été — Rafael Payare et l’OSM

Ravel : La valse. Dvořák : Concerto pour violon. Bartók : Le mandarin merveilleux (suite). Debussy : La mer. Hilary Hahn (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, vendredi 1er juillet 2022.

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