Le chef d’orchestre Valery Gergiev montré du doigt par les proches d’Alexeï Navalny

L’enquête publiée par le site de soutien à Navalny rappelle que les relations entre Gergiev et Poutine sont sans ambiguïté.
Photo: Ivan Sekretarev Associated Press L’enquête publiée par le site de soutien à Navalny rappelle que les relations entre Gergiev et Poutine sont sans ambiguïté.

Le chef d’orchestre russe Valery Gergiev est, en essence, un oligarque, affirme le site de soutien au dissident emprisonné Alexeï Navalny, qui a publié mardi une enquête au vitriol très détaillée sur le maestro.

L’objectif : faire en sorte que ce dernier soit placé sur les listes de sanctions appliquées à travers le monde à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine et, parallèlement, démontrer que Gergiev se serait rendu coupable de tous les crimes dont on a accusé Navalny.

« Impossible de ne pas rappeler qu’il y a quelques semaines à peine, Alexeï Navalny a été condamné à neuf ans de régime strict. Alexeï Navalny a été accusé de collecter des fonds pour une organisation à but non lucratif, la Fondation anticorruption, tout en les dépensant lui-même. Il n’y a aucune preuve que Navalny a reçu un seul sou de la Fondation anticorruption. Navalny n’a pas dépensé l’argent du fonds pour rénover sa maison, commander des avions privés, acheter des biens immobiliers de luxe… » écrivent les amis du politicien, au terme d’une enquête-fleuve qui suit les activités et les avoirs du chef Valery Gergiev en Russie, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Italie.

Un large parc immobilier

 

La splendeur du patrimoine immobilier italien de Valery Gergiev avait été dévoilée par le Corriere della Sera le 1er mars dernier. Le quotidien milanais l’estimait à 150 millions d’euros.

Gergiev est héritier (2015), pour un quart, de la fortune de la philanthrope japonaise Yoko Nagae, célèbre mécène du théâtre Mariinski, elle-même héritière de l’industriel milanais Renzo Ceschina, mort en 1982. Son parc immobilier comprend notamment une vingtaine de propriétés à Milan, pour plus de 20 000 mètres carrés, ainsi que d’autres trésors, parmi lesquels, dans la liste établie par le Corriere, à Venise, « le Palazzo Barbarigo à San Vio, le Caffè Quadri et quelques boutiques sur la place Saint-Marc ».

Les documents dévoilés par « l’enquête Navalny » allèguent d’ailleurs que les états constitutifs de la société appartenant à 100 % à Valery Gergiev et gérant son patrimoine vénitien associent à l’homme une citoyenneté néerlandaise, ce qui serait une révélation (officiellement, la loi russe n’interdit pas la double citoyenneté, sauf pour les représentants de l’État, les agents de l’ordre public et les juges).

Fait nettement plus cocasse, l’un des terrains italiens de Gergiev abriterait un restaurant du nom de United Taste of Hamerica’s, ce qui contraste avec la rhétorique habituelle de diabolisation de l’Occident par le régime russe. On y ajoutera l’acte de propriété d’un appartement à New York qui, selon les auteurs de l’enquête, ne figure pas dans les déclarations patrimoniales du chef.

L’ami du régime

L’enquête rappelle d’ailleurs que les relations entre Gergiev et Poutine sont sans ambiguïté. « Lors de la remise du prix d’État en 2016, Gergiev a déclaré : “Nous voulons aider Sergueï Lavrov, avec qui je suis également ami. En tant qu’ambassadeur collectif de la Russie, j’interviens à des moments difficiles pour faire en sorte que la compréhension des dirigeants russes, en particulier du président, soit plus profonde, plus directe et plus sincère ; pour comprendre ce qu’est la Russie aujourd’hui.” »

La partie la plus cinglante du texte concerne la relation de Gergiev avec sa fondation charitable, dont l’objet est de « renforcer et développer la sphère socioculturelle, soutenir les jeunes interprètes, populariser la musique classique, organiser des événements et des concerts de bienfaisance et promouvoir la formation professionnelle ». Cette fondation recueille des versements du gouvernement, des oligarques et d’entreprises publiques, dont au premier chef la banque VTB.

Le but des proches de Navalny est ici de retourner contre Gergiev, documents à l’appui, les arguments utilisés pour écarter et emprisonner l’opposant russe. La charge est très lourde, et certains reproches associés sont à prendre avec des pincettes. L’achat de patrimoine immobilier en Russie, par exemple, si tant est que la fondation du maestro en soit propriétaire, est un placement garantissant des revenus réguliers, ce qui serait exactement l’objectif d’un fonds de dotation géré en « père de famille ». Ce capital est ainsi à l’abri des aléas boursiers et des dévaluations… comme si d’aucuns avaient prévu qu’ils soient probables.

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