Le compositeur belge Philippe Boesmans en route vers l’immortalité

Les œuvres de Philippe Boesmans ont été jouées dans le monde entier.
Photo: Laurie Dieffembacq Agence France-Presse Les œuvres de Philippe Boesmans ont été jouées dans le monde entier.

Le compositeur belge Philippe Boesmans, qui a largement contribué au renouveau de l’art lyrique contemporain, est décédé à l’âge de 85 ans dans la nuit de dimanche à lundi, a confirmé à l’AFP son assistante.

« Philippe Boesmans était un monument de la musique belge et européenne. Ses œuvres ont été jouées dans le monde entier. De nouvelles productions de ses opéras sont encore régulièrement montées, comme récemment à Stuttgart et à Paris (Reigen) ou à Nancy (Julie). » Le communiqué du théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où Boesmans fut compositeur en résidence de 1985 à 2007, dresse un clair état des lieux.

S’il est toujours difficile en temps réel de définir le tri réalisé in fine par l’Histoire, faisons ici un pari : elle réservera une très belle place à Philippe Boesmans. Grâce à lui, nous avons compris quasiment en direct que l’opéra, genre sinistré après la Seconde Guerre mondiale, n’était pas mort. En première ligne pour le réanimer, il y aura eu John Adams en Amérique du Nord (Nixon in China, The Death of Klinghoffer) et Philippe Boesmans en Europe, les grands opéras des compositeurs nordiques — Le palais et Le roi se rend en France, d’Aulis Sallinen, ou Insect Life, de Kalevi Aho — étant restés cantonnés à leur territoire.

Musique ouverte, grands livrets

 

Même si la production lyrique de Boesmans débute avec La passion de Gilles en 1983, le grand déclencheur est Reigen, d’après La ronde, d’Arthur Schnitzler, en 1993.

C’est là que Boesmans trouve toutes ses marques : le langage vocal et orchestral, et le substrat — une adaptation parfaitement efficace d’un ouvrage majeur. Il récidivera avec le même succès dans Wintermärchen (1999), d’après Le conte d’hiver, de Shakespeare, ou encore Julie (2004), d’après Mademoiselle Julie, de Strindberg. Ces trois opéras ont été mis en scène par Luc Bondy, qui en a également écrit les livrets (une coécriture avec Marie-Louise Bischofberger, dans le cas de Julie).

Même s’il a composé de la musique de chambre et des œuvres symphoniques, il y a fort à parier que c’est pour son œuvre lyrique que ce compositeur né le 17 mai 1936 à Tongres, en région flamande, marquera l’histoire de la musique. Élève en piano au Conservatoire de Liège, Boesmans avait pourtant étudié la composition en autodidacte !

Après ses trois grands opéras de la période 1993-2004 (Reigen, Wintermärchen, Julie), régulièrement repris sur diverses scènes européennes, Philippe Boesmans ne s’est pas reposé sur ses lauriers. « En coproduction avec de grandes maisons d’opéra à Paris et à Aix-en-Provence, nous avons créé Yvonne, princesse de Bourgogne (2009), Au monde (2014) et, plus récemment, Pinocchio (2017). Il y a quelques semaines à peine, nous vous annoncions la création d’un nouvel opéra de Philippe Boesmans : On purge bébé. En compagnie du metteur en scène et librettiste Richard Brunel, Philippe terminait la partition de cette comédie inspirée de la farce éponyme de Feydeau. La première de cette œuvre aura lieu en décembre de cette année », rappelait lundi le directeur du Théâtre de la Monnaie, Peter de Caluwe.

Yvonne, princesse de Bourgogne, basé sur la pièce de Witold Gombrowicz, était sa quatrième collaboration avec Luc Bondy, et leur premier opéra en français (les autres sont en allemand). Au monde et Pinocchio sont des collaborations avec Joël Pommerat.

 

« Je suis sorti de la musique très difficile des années 1960, postsérielle, où l’on tournait en rond », avait confié Boesmans à l’AFP à l’occasion de la création de Pinocchio. « J’ai ouvert grand les fenêtres à toutes les formes de musique. Il pourrait y avoir du rap ou du baroque, ça m’irait très bien ! » avait-il ajouté.

La ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, a salué le compositeur pour son « immense talent, son goût profond pour la transmission et ses œuvres qui nous enchantaient depuis des décennies ». L’Opéra de Paris a de son côté souligné le triste départ d’une « figure de la musique internationale ».

 

Avec l’Agence France-Presse

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