Boris Brott, une lumière, riche de bienveillance

Les témoignages d’émotion et de gratitude se sont multipliés au lendemain de la mort du chef ancré dans son milieu.
Photo: Dyanne Wilson Les témoignages d’émotion et de gratitude se sont multipliés au lendemain de la mort du chef ancré dans son milieu.

Une vague d’hommages salue la mémoire du chef Boris Brott, fauché mortellement par un chauffard à Hamilton mardi matin. En dépit de ses 78 ans, le chef n’avait en rien ralenti ses activités. Il multipliait les projets et semblait à l’acmé de sa carrière.

Au lendemain de la disparition de Boris Brott, le Centre national des arts a mis son drapeau en berne en son honneur, l’Orchestre Métropolitain, « chaviré » d’apprendre son décès, a fait savoir qu’il lui consacrerait son concert de vendredi.

La Fondation du Grand Montréal a exprimé sa « stupeur », alors que le Conservatoire royal de musique de Toronto s’est dit sous « le choc ».

Parmi les centaines de témoignages d’institutions, mais aussi de musiciens qui ont côtoyé Boris Brott, celui publié par le compositeur Maxime Goulet résume beaucoup de choses.

Il rend hommage à « une personne incroyable à plusieurs niveaux (avec un très grand sens de l’humour !) qui a tellement œuvré sans relâche pour la musique classique ici et ailleurs ». Maxime Goulet note : « Il fut le premier chef professionnel à croire en mon talent. Il a créé et joué avec passion ma musique partout sur son chemin. Un compositeur ne pourrait espérer meilleur ambassadeur. Je lui en serai toujours reconnaissant. »

Le Boris d’Hamilton

Cette confiance, cette chaleur humaine est un trait que l’on connaissait évidemment à Montréal, mais qui ressort aussi de manière frappante lorsqu’on lit les témoignages en provenance d’Hamilton, où Boris Brott avait fondé il y a 35 ans le Brott Music Festival et le National Academy Orchestra du Canada, permettant aux jeunes musiciens professionnels canadiens de travailler aux côtés de professionnels des meilleurs orchestres canadiens.

On retrouve dans les témoignages ceux d’anciens élèves, comme celui du jeune chef Jaelem Bhate, son assistant pendant deux étés. « Boris s’est surpassé pour m’offrir l’opportunité, l’encouragement, le soutien, le mentorat, l’amitié et tout ce qu’il y a entre les deux, a-t-il écrit. Il a joué un rôle crucial dans ma formation, comme il l’a fait pour tant d’autres musiciens. […] Il a cru en moi si profondément et si ardemment à certains de mes moments les plus difficiles. »

Des témoignages de politiciens ontariens, comme l’élue néodémocrate Andrea Horwath, cheffe de l’opposition officielle du Parlement provincial, sont allés au-delà des messages convenus, mentionnant chaleureusement son épouse Ardyth et évoquant la « perte tragique d’un personnage visionnaire ».

Dans un long texte émanant de son bureau, le maire d’Hamilton, Fred Eisenberger, faisant référence à un concert dans une aciérie, a quant à lui écrit : « Il a amené la musique au peuple. Il a apporté à Hamilton un style et une sophistication uniques. » « Nous l’aimions ! » a résumé le maire.

Le Boris Brott connu à Hamilton était finalement différent du nôtre, plus éducateur, plus « plaque tournante », plus ancré dans la ville. Il avait d’ailleurs été nommé l’un des plus grands Hamiltonniens de tous les temps.

Dans le credo de ses organisations, on peut lire qu’il souhaitait s’assurer que la « musique captivera tous les âges, tous les sexes et toutes les ethnies ».

Boris Brott visait ainsi à « transmettre l’amour de la musique de tous les musiciens à tous les publics, à insuffler aux auditeurs le désir et la motivation de devenir des membres meilleurs et plus productifs de leurs communautés ».

Exceptionnel héritage

 

C’est cet esprit qu’il avait transposé en transformant l’Orchestre de chambre McGill en Orchestre classique de Montréal, avec une programmation enrichie et plus ouverte, par exemple, cette saison, autour des femmes d’exception.

L’Orchestre classique de Montréal a assuré mercredi « que les concerts de cette saison ainsi que les activités futures de l’orchestre seront maintenus », invitant à faire un don au Fonds Orchestre classique de Montréal – Boris Brott à perpétuité (Fondation du Grand Montréal) « afin de soutenir l’exceptionnel héritage laissé par notre directeur artistique ».

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