Les beaux risques d’OK LÀ

La Montréalaise Kee Avil vient tout juste de lancer un glorieux album d’indéfinissables chansons intitulé «Crease».
Photo: Lawrence Fafard La Montréalaise Kee Avil vient tout juste de lancer un glorieux album d’indéfinissables chansons intitulé «Crease».

Ce week-end, rendons-nous à l’événement OK LÀ célébrer l’erreur, l’imprévu, l’accident, et ceux qui les commettent, à commencer par la Montréalaise Kee Avil, qui vient tout juste de lancer un glorieux album d’indéfinissables chansons intitulé Crease. « On a beau parler de musiques improvisées, ironiquement, il y a dans ça une certaine tradition, un langage qui a été développé, explique-t-elle. Pour moi, ce qui est intéressant avec cette musique, c’est la liberté de pouvoir faire des erreurs. Il n’y a pas d’attentes, tu peux faire ce que tu veux et, surtout, on t’encourage à expérimenter, à penser autrement. »

L’événement « à géométrie variable » voué « à la diffusion de musique expérimentale et de cinéma performatif » OK LÀ est né tout doucement il y a cinq ans, à l’ombre des festivals institutionnels similaires que sont devenus le Festival international de musique actuelle de Victoriaville, MUTEK ou encore Suoni per il Popolo. D’abord organisé au stationnement Ethel de Verdun, il donnait carte blanche aux acteurs des scènes musicales expérimentales d’ici. Or, après deux dernières éditions marquées du sceau de la pandémie, l’événement renaît avec panache au Quai 5160 – Maison de la culture de Verdun en invitant des musiciens de renommée mondiale tels que Lee Ranaldo, KMRU et Stephen O’Malley.

Son truc à elle

L’autrice, compositrice et improvisatrice Vicky Mettler aura l’honneur de clore dimanche soir cette prestigieuse édition d’OK LÀ, au Centre Phi, en compagnie du vétéran américain Stephen O’Malley, d’abord reconnu comme cofondateur de l’influent groupe drone metal expérimental Sunn O))). Elle présentera les intrigantes chansons de son premier album, Crease, paru chez Constellation Records (Fly Pan Am, Godspeed You ! Black Emperor) et portant son nom de scène, Kee Avil.

On a beau parler de musiques improvisées, ironiquement, il y a dans ça une certaine tradition, un langage qui a été développé. Pour moi, ce qui est intéressant avec cette musique, c’est la liberté de pouvoir faire des erreurs. Il n’y a pas d’attentes, tu peux faire ce que tu veux et, surtout, on t’encourage à expérimenter, à penser autrement.

 

« Je ne suis pas une guitariste traditionnelle, assure Vicky Mettler. Ce qui m’inspire, c’est ce qui est nouveau pour moi. » Elle s’est désintéressée de ses cours de musique précisément pour trouver son truc à elle, commence à composer en 2016 après quelques années de collaborations et d’improvisations. Un premier EP de ses chansons paraît en 2018, puis ce premier véritable et précieux disque traversé par un jeu de guitare électrique complexe et nerveux, mais surtout par un ton, une émotion troubles.

Un geste tellement grand

 

« Je sais que beaucoup de gens ont dit que mes chansons semblaient angoissantes, mais pas pour moi, précise Vicky. Ce n’était pas mon intention de faire un album angoissant, et donc, ça me fait comprendre que je n’ai aucun contrôle sur la manière dont il sera reçu. Je pourrais te dire que j’ai fait un disque joyeux, mais si tout le monde pense autrement, je ne ressens plus le besoin de dire ce que me font mes chansons, parce que la vérité est dans la manière dont les gens accueillent cette musique. Et moi-même, j’essaie de comprendre et d’analyser mes propres compositions… Enfin, au bout du compte, je comprends pourquoi les gens disent que c’est un disque angoissant, mais ce n’était pas mon intention ! »

« Écrire une chanson est un geste tellement grand… Ma façon à moi d’y arriver, c’est de laisser toute la place à mes idées, telles qu’elles m’apparaissent. Donc souvent, mes chansons proviennent de l’improvisation. Je joue quelque chose, et si ça me plaît, je ne le retouche pas. Je ne cherche pas à tout contrôler ce que je fais ; je laisse beaucoup de place à l’instinct, et ensuite, je retiens les idées que j’ai improvisées », idées musicales et lyriques, ses textes lui venant tout aussi spontanément.

Quel sens trouver à ces chansons, à cet album ? Une chanson comme Okra Ooze… qu’est-ce qu’elle veut dire ? Au bout du fil, Vicky échappe un rire. « Ce que j’essaie de faire, dans mes textes, c’est d’abord de m’appuyer sur le rythme. Puis, imaginer comment traduire des situations, ou des émotions, mais de façon abstraite. Je n’explique rien, je n’ai pas de thème précis en tête, ce n’est pas mon intention non plus. Ce qui m’intéresse dans cette démarche, c’est l’idée que se fera l’auditeur du sens d’une chanson, parce que pour moi, tout ça demeure abstrait, et je souhaite que ça le reste aussi pour les gens. » 

Également au programme

1er avril, Quai 5160

OK LÀ s’ouvre avec un programme musical du tonnerre. Le légendaire guitariste Lee Ranaldo (Sonic Youth) déclinera d’abord les idées, acoustiques, de son EP In Virus Times, avant une prometteuse performance mettant en vedette la polyvalente clarinettiste et compositrice jazz Angel Bat Dawid et le guitariste montréalais Sam Shalabi. Suivra le compositeur ambient KMRU (le Kenyan Joseph Kamaru), dont la notoriété a explosé ces deux dernières années. La DJ et compositrice montréalaise Phubu (alias RAMZi) sera aussi de la partie.

2 avril, Quai 5160

En tête d’affiche de la deuxième soirée, plus ambient, au Quai 5160, la compositrice et experte de l’orgue Sarah Davachi (accompagnée de deux musiciens) interprétera « If It Pleased Me To Appear To You Wrapped In This Drapery », pièce tirée de son superbe album Pale Bloom (2019). Également au programme, le jazz expérimental et planant du saxophoniste torontois Joseph Shabason et les atmosphères minimalistes et délicates de la compositrice Kali Malone, basée en Suède. Enfin, la Montréalaise Ouri sera aux commandes des tables tournantes.



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