Anna Netrebko a été mandataire de Poutine en 2012 et 2018

Anna Netrebko avait affirmé le 26 février dernier ne pas être «une personne politique, […] une experte en politique» puis, mercredi, qu’elle n’était «alliée à aucun dirigeant de la Russie».
Photo: Teatro alla Scalla via Agence France-Presse Anna Netrebko avait affirmé le 26 février dernier ne pas être «une personne politique, […] une experte en politique» puis, mercredi, qu’elle n’était «alliée à aucun dirigeant de la Russie».

La soprano Anna Netrebko faisait partie des 499 mandataires du candidat Vladimir Poutine lors de la campagne électorale présidentielle de 2012 en Russie, selon une liste officielle publiée en février de la même année. On la retrouvait au même titre en 2018 parmi ses 258 mandataires.

Pour tenter d’éviter ou de renverser les annulations dont elle fait l’objet sur diverses scènes occidentales, la soprano russe Anna Netrebko avait affirmé le 26 février dernier ne pas être « une personne politique, […] une experte en politique » puis, mercredi, qu’elle n’était « alliée à aucun dirigeant de la Russie ».

Des documents de la Commission électorale centrale russe montrent cependant sans ambiguïté qu’Anna Netrebko était une mandataire dûment enregistrée du candidat Vladimir Poutine. Conformément à la loi électorale russe, un candidat a droit à un maximum de 600 mandataires.

Pour l’élection de 2012, Vladimir Poutine en avait 499, triés sur le volet et nommés par lui ou son parti, dont aussi les musiciens Valery Gergiev, Denis Matsouïev, Iouri Temirkanov et Iouri Bashmet. Pour celle de 2018, Poutine avait 258 mandataires parmi lesquels Netrebko, Gergiev, Matsouïev et Bashmet.

Ces mandataires ont notamment le droit de faire campagne pour un candidat et de participer à des débats en son nom. Ils ont aussi le droit de désigner des membres de commissions électorales territoriales, d’être présents aux séances de commissions électorales et de nommer des observateurs électoraux, entre autres.

Question de crédibilité

 

Quand bien même on chercherait à dédouaner Anna Netrebko en considérant qu’il s’agirait moins de militantisme que d’une sorte d’honneur qu’il aurait été malvenu de refuser — mais n’oublions pas alors qu’elle revendique sa résidence en Autriche, où elle paie ses impôts —, pourquoi affirmer mercredi « reconnaître et regretter que [ses] actions ou déclarations passées aient pu être mal interprétées » sans mettre cartes sur table ?

Cette dernière phrase faisait peut-être allusion à la visite de la soprano à Donetsk en 2015, après l’annexion de la Crimée par la Russie, où elle a tenu le drapeau des républiques (non reconnues internationalement) de Donetsk et de Louhansk, ou bien à la controverse suscitée par la remise d’un chèque d’un million de roubles (environ 14 300 $CA) au dirigeant ukrainien prorusse Oleg Tsarev, en 2014, un montant destiné à l’Opéra de Donetsk.

Comment les institutions musicales vont-elles réagir ? À New York, rien n’a changé pour l’instant. « Nous avons lu la publication [du 30 mars] d’Anna, mais nous ne sommes pas encore prêts à changer notre position », a déclaré Peter Gelb, directeur du Metropolitan Opera, à l’agence de presse allemande DPA. « Si Anna démontre à long terme qu’elle a sérieusement et complètement pris ses distances avec Poutine, je serai prêt à discuter [d’un retour] », a-t-il ajouté.

Discours opposé à la Scala de Milan, où le directeur Dominique Meyer a assuré au Devoir jeudi que « le concert du 27 mai est prévu et il reste au calendrier ». Dominique Meyer, qui sépare le cas Netrebko de celui de Valery Gergiev, plaide pour le « droit au rachat » et note qu’on a « toujours tendance à penser que l’artiste doit être exceptionnel dans tous les domaines ».

Nos questions à la Philharmonie de Paris, où Anna Netrebko doit donner son premier concert le 25 mai, sont restées pour l’heure sans réponse.

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