Des producteurs innus réclament des quotas de musique autochtone à la radio

Florent Vollant au studio Makusham, à Maliotenam
Photo: Capture d'écran studio Makusham Florent Vollant au studio Makusham, à Maliotenam

Mathieu McKenzie et son père, Florent Vollant, producteurs du studio Makusham, à Maliotenam, espèrent obtenir du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qu’il impose des quotas de musique autochtone aux radios publiques et privées du pays.

Le duo a déjà demandé une rencontre avec les représentants du CRTC à ce sujet. « On veut aller les rencontrer et déposer notre mémoire. On veut leur demander de nous donner une place, un certain pourcentage de musique autochtone dans les radios », dit Mathieu McKenzie.

Il ne précise pas le pourcentage de musique autochtone qu’ils pourraient exiger : « [Environ] 5 % de musique autochtone, ce serait correct. Les anglophones et les francophones se battent eux aussi pour leurs quotas », dit-il, ajoutant qu’il pourrait s’agir de « créateurs autochtones » qui chantent aussi en anglais ou en français.

Banni des ondes après la crise d’Oka

Citant son père, le musicien Florent Vollant, Mathieu McKenzie affirme que même une musique autochtone programmée « entre une heure et quatre heures du matin » serait un avancement. Florent Vollant est par ailleurs familiarisé avec la difficulté de faire entendre de la musique autochtone sur les ondes radiophoniques, lui dont les œuvres ont été boycottées en ondes après la crise d’Oka. « Nous, ça ne nous dérange pas, mais on veut une place. On a de la qualité de production et on mérite une place », dit-il, ajoutant que c’est une « bataille politique », « qui n’est pas gagnée ».

Le studio Makusham lui-même ne produit d’ailleurs pas que des créateurs autochtones. « Ça fait vingt ans qu’on travaille pour le rapprochement. Nous autres, on est ouverts. La porte est toujours ouverte à tout le monde. On travaille avec ceux qui aiment la musique, qui créent et qui veulent se développer », dit Mathieu McKenzie.

Alors que le Festival international de la chanson de Granby (FICG) a exclu récemment le rappeur Samian à cause de sa production en anichinabémowin, de son côté, le festival des Francouvertes annonçait cet automne que son concours était désormais ouvert aux musiciens autochtones. C’est ainsi que le chanteur Frederick Cluney et son groupe NINAN ont été sélectionnés parmi 200 candidats et ils chanteront à 100 % en innu. Le premier album de NINAN, Innu Auass, lancé cet été, a d’ailleurs été enregistré au Studio Makusham.

L’organisation des Francouvertes, qui se dérouleront à Montréal du 14 mars au 16 mai, réfléchit depuis un bon moment au moyen d’intégrer des artistes autochtones dans sa programmation. « Le problème, c’était que les artistes autochtones chantent soit dans leur langue, soit en anglais. Très peu chantent en français », explique ladirectrice des Francouvertes, Sylvie Courtemanche. Après avoir intégré l’an dernier un volet autochtone hors concours, intitulé Skátne (qui veut dire rassembleur en langue mohawk), le festival a modifié cet automne le règlement exigeant 50 % de français pour pouvoir accueillir des artistes autochtones dans le concours. Ces artistes ne pourront cependant pas chanter en anglais.

Des langues elles aussi menacées

 

« On trouvait qu’on était rendus là, poursuit Mme Courtemanche. Les langues autochtones sont elles aussi menacées. Et nous, on ne sentait pas qu’entendre des langues autochtones constituait une menace dans l’espace qu’on veut créer pour la chanson francophone. »

De son côté, la grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, Savanna McGregor, a écrit une lettre au directeur du FICG, Éric-Louis Champagne, pour témoigner de sa « stupeur » et de sa « consternation » devant sa décision d’exclure Samian du festival, et exiger des excuses. Pour elle, cette décision « illogique et insensée est considérée comme une insulte pour la Nation algonquine que je représente, écrit-elle. Dois-je vous rappeler que les langues autochtones fleurissaient sur tout le territoire du Québec bien avant qu’un seul mot français y soit prononcé ? ».

On trouvait qu’on était rendus là. Les langues autochtones sont elles aussi menacées. Et nous, on ne sentait pas qu’entendre des langues autochtones constituait une menace dans l’espace qu’on veut créer pour la chanson francophone.

 

« Ces langues premières ont été bannies, dénigrées, au profit des langues des envahisseurs francophones et anglophones dans un contexte d’assimilation forcée. » Aujourd’hui, poursuit-elle, « l’anishinabemowin n’est certainement pas une menace pour la préservation du français, mais le contraire est vrai, comme l’ont démontré nos quatre siècles de vie commune ».

À voir en vidéo