Les 15 meilleurs albums québécois de 2021

Photo: Aless MC

1. Mille ouvrages, mon coeur, Salomé Leclerc


Après une écoute, déjà des chansons familières. Après la deuxième, plusieurs sont nichées à demeure dans des recoins du cœur. Après trois fois, l’album au complet a fait sa place. Ça n’était pas encore arrivé à Salomé Leclerc : ça prenait du temps pour que ça pénètre. Pourquoi une telle immédiateté ce coup-ci ? Elle a découvert les refrains, voilà tout. Louis-Jean Cormier l’a encouragée à pousser encore plus loin ce goût nouveau pour les structures. Résultat : son meilleur album, rien de moins.


2. Comme une chanson d’amour, Gilles Vigneault

L’intarissable chansonnier personnifie en mots inspirés et en musiques étonnamment variées — sous la remarquable direction artistique de Jim Corcoran — ce qui est essentiel à la vie, ici comme partout : Madame l’eau, Monsieur l’air, Madame la lumière… Sans craindre le merveilleux du langage, notre Vigneault national parle de ce qui importe : les changements climatiques, l’épuisement des ressources naturelles, la perte de la mémoire collective et du patrimoine bâti. Un chef-d’œuvre à 93 ans ? Mais si !


3. Frame of a Fauna, Ouri

Après des années passées à se faire un nom sur les planchers de danse, Ourielle Auvé a atteint un remarquable niveau de maturité et de sophistication avec Frame of a Fauna, un premier album intime et visionnaire. Entre chanson d’autrice, musique électronique avant-gardiste et musique contemporaine, l’artiste se révèle sous un nouveau jour, comme elle l’avait fait quelques mois plus tôt avec l’épatant duo Hildegard qu’elle forme avec Helena Deland, un autre coup de cœur de 2021.


4. Choses Sauvages II, Choses Sauvages

Ce second disque constitue un fantastique bond en avant pour Choses Sauvages, qui exprime en 12 longues et suaves chansons l’irrépressible envie de danser qui nous a habités au cours de cette année où la chose fut justement proscrite. Le groupe a choisi d’attendre à avril prochain pour offrir en concert ces infectieux grooves post-disco-new-wave-synth-funk, priant que les variants se tiennent loin des planchers de danse. Choses Sauvages, la plus efficace et inspirée des machines à danser du moment.


5. Ma délire, Myriam Gendron

Sept ans après avoir mis en musique les poèmes de Dorothy Parker, un poignant album double lui permet d’émerger pour de bon. L’œuvre existe dans son propre espace-temps, présentant un répertoire du passé avec une sensibilité contemporaine. Puisant dans les chants des terroirs québécois autant qu’états-uniens, Gendron marie le blues à notre folklore de touchante manière, avec sa voix sobre et authentique et ses guitares électriques et acoustiques. La révélation tardive de l’année.


6. Le tour du grand bois, Édith Butler

Bombardée réalisatrice, son équipe à elle en renfort, Lisa LeBlanc voulait redonner à l’éternelle fougueuse la voix correspondante. Pas trop lisse. « J’avais le goût de faire ressortir les racines d’Édith. La petite fille de Paquetville. De sortir son accent et un côté cru d’elle. » C’est plus que réussi. Ça rentre dedans comme une tonne de billots. Constat : elles sont pareilles. Ni l’écart d’âge ni les différences de goûts musicaux n’entrent en jeu lorsque de telles forces sont en pré-sence. Et vlan !


7. Normal de l’Est, Connaisseur Ticaso

L’année 2021 en musique québécoise a débuté avec le coup de sondeNormal de l’Est, paru le 1er janvier. Pour le vétéran MC, l’album double confirmait son retour après des années de silence. Appuyé par des rythmiques tantôt vieille école, tantôt au diapason des tendances rap du moment, Ticaso se vide le cœur en évoquant son parcours pas toujours simple tout en témoignant de la vie « dans la rue ». Sa verve et son discours authentique lui ont même valu le Félix de l’album rap de l’année.


8. La nuit, les échos, Émilie Proulx

Il faut le dire très fort : ses nouvelles chansons, comme celles des quatre disques parus trop discrètement depuis 2007, sont des merveilles d’alt-folk flirtant avec la meilleure pop, des bijoux d’arrangements qui sertissent un propos toujours pertinent. Souvent grave, mais doucement grave. Elle est lumineuse noir foncé, Émilie. C’est une solitaire et une grégaire, qui aime accompagner autant que créer, chan-ter seule ET avec d’autres. Pesons nos mots : elle est la plus importante méconnue de notre pays de musique.


9. Rhapsodie lavalloise, Luc de Larochellière

Difficile à décrire, sinon par de grands mots : fresque, rhapsodie. Prosaïquement, disons qu’il s’agit d’un livre dont les chapitres corres-pondent aux chansons d’un disque, et c’est aussi un collage à partir de photos de famille, d’illustrations découpées, le tout bricolé avec un feutre et des pinceaux par un éternel jeune garçon doué. Autrement dit, une œuvre complète pour se rappeler que, là d’où l’on vient, c’est (presque) toujours beau comme l’enfance. Fût-ce à Laval.


10. Sentients, CRABE

Le grain de folie dont nous avions besoin au bon moment, avec l’arrivée du printemps et l’espoir d’un été moins coincé que le précédent. Le duo punk expérimental a invité sa gang (Seulement, Vincent Peake, Yuki et Benoît Poirier de Jesuslesfilles, Hubert Lenoir, etc.) en studio, comme pour faire un pied de nez au virus. Absurde, exutoire, agressif mais jamais enragé, tout ça dans le but d’exorciser « les maux que nous vivons tous les jours et les nouveaux départs qui s’ensuivent », précise le duo.


11. Three Little Words, Dominique Fils-Aimé

L’autrice-compositrice-interprète signe avec le superbe Three Little Words la fin d’une trilogie amorcée en 2018 qui l’a véritablement révélée comme une des voix incontournables de notre paysage musical. En imaginant une fusion entre le soul, le R&B, le jazz et le blues, la musicienne proposait une réflexion sur le passé, le présent et l’avenir de la minorité afro-américaine, ce dernier délicieux volet évoquant de surcroît sa propre émancipation avec des thèmes encore plus intimes.


12. Musivision, Laurence-Anne

Ce qui réjouit le plus en replongeant dans Musivision, second disque de l’autrice-compositrice-interprète Laurence-Anne, c’est de la voir désormais briller de ses propres feux, loin de l’ombre de Klô Pelgag à qui on l’a souvent comparée. Réalisé par Félix Petit, complice de Les Louanges, l’album propulse la musicienne dans le groove du funk synthétique et de la pop électronique rêvasseuse, des couleurs, textures et rythmes qui mettent en valeur la voix diaphane de l’interprète.


13. Le ciel est au plancher, Louis-Jean Cormier

Presque un album-récit. L’histoire en chapitres d’un deuil, celui du père de Louis-Jean, mort en janvier 2020. Un disque émouvant, forcément, mais pas dramatisant. Oui, on a le droit d’avoir le motton. Les chansons s’insurge-raient, autrement. Il s’agit d’exprimer ce qu’il y a d’indicible dans le deuil. Et d’universellement intime. Car c’est aussi un disque de deuil vécu en pleine pandémie. Un deuil partagé, donc, avec du temps et beaucoup de route entre Sept-Îles et Montréal pour y penser.


14. Fille de l’océan, Geneviève Binette

Quand, un jour, on comprend que le surf rock est libérateur, on ne peut plus s’empêcher de retourner sur la crête de la vague, pour tout ressentir. Même la tristesse a des fourmis dans les jambes, et les guitares soulèvent autant qu’elles résonnent. Dans On monte au ciel, la sensualité goûte le sel. On va sous l’eau, la pétillante chanson très pop–surf–yé-yé qui clôt le disque, se révèle un véritable réquisitoire contre le cynisme, doublé d’un manifeste éclaboussant d’espoir. L’album jouissif de l’année.


15. PICTURA DE IPSE : Musique directe, Hubert Lenoir


Après le succès de Darlène, il aurait été facile pour Hubert Lenoir de continuer à exploiter ce fructueux filon rock seventies. Il a plutôt misé sur l’audace en se rapprochant de ses amours musicales éclatées (pop électronique, néo-R&B, rap, musiques expérimentales) pour offrir cet album plus exigeant, mais surtout plus intime, complexe et révélateur. Saluons le geste autant que son résultat sans compromis, un disque comme aucun autre paru en cette année particulièrement riche pour la musique québécoise.

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