La Guilde craint une pénurie de musiciens

La GMMQ est actuellement en pleine période de recrutement, et jusqu’à la fin mars 2022.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La GMMQ est actuellement en pleine période de recrutement, et jusqu’à la fin mars 2022.

La Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec (GMMQ) connaît une baisse marquée de son effectif, avec 530 membres (17 %) de moins qu’à la même période en 2019, pour un total actuel de 2 660 membres, comparativement à 3 200 avant la pandémie. « Je suis optimiste, tempère le président Luc Fortin. C’est un signe qu’il faut revoir les conditions de travail, surtout pour les musiciens pigistes, afin de rendre le métier plus attrayant. » M. Fortin craint davantage une pénurie à venir de musiciens.

La GMMQ est actuellement en pleine période de recrutement, et jusqu’à la fin mars 2022. Son nombre d’adhérents a connu de solides fluctuations depuis le début de la pandémie, analyse Luc Fortin. « Ce n’est pas le pire de l’hémorragie. On a eu des moments, pendant le confinement, où on avait 30 à 40 % moins de membres, et ça se comprend… Quand quelqu’un ne travaille plus et n’a plus de contrats, ce n’est pas le moment de lui demander de payer une cotisation. » À la GMMQ, elle est de 215 $ par année.

Le portrait est différent, très stable vu les circonstances, chez les autres associations et syndicats d’artistes que Le Devoir a sondés. À l’Union des artistes (UDA), on a vu une baisse au début de 2021, avec 12 373 membres, plutôt que les 13 037 cotisants de janvier 2019. Au 16 novembre dernier, rétablissement : 13 016 membres. Pierre Blanchet, directeur du service aux membres et des communications, a toutefois précisé que les réalités pandémiques des membres de l’UDA qui travaillent en arts vivants sont très différentes, et beaucoup plus difficiles, que celles des membres œuvrant en audiovisuel, où la relance est nettement plus avancée.

Au Regroupement québécois de la danse (RQD), le nombre de membres de novembre 2021 est relativement le même que celui de novembre 2020. À l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), on évaluait qu’à la fin décembre, on pourrait compter sur 1616 membres. L’an dernier, au 31 décembre, ils étaient 1552 ; en 2019, 1622 membres.

Que se passe-t-il donc spécifiquement chez les musiciens ? D’abord, la situation est loin d’être revenue à la normale, précise M. Fortin, particulièrement pour les pigistes et les musiciens de variété. « Il n’y a pas encore autant de spectacles qu’avant la pandémie. Même dans les shows traditionnels de variétés, on travaille encore avec des effectifs réduits, à cause de la distanciation » imposée comme mesure sanitaire.

Conditions de travail

 

Tout un aspect du métier de musicien est lié aussi au « touristico-lucrativo-corporatif ». Les groupes ou les orchestres qui jouent dans les partys de bureau ou les mariages, par exemple, et dans les événements autres que culturels n’ont pas encore retrouvé leur erre d’aller. « L’autre hypothèse, mentionne M. Fortin, qui est aussi guitariste, c’est qu’il y ait beaucoup d’abandons du métier, que ce soit temporairement ou définitivement. »

Les échos que le président de la GMMQ a eus de certains professeurs en formation professionnelle lui laissent même craindre une pénurie de musiciens à venir. « On voit des baisses d’inscription, surtout dans les cégeps. C’est clair que la réputation du métier a souffert avec la pandémie, comme pour tous les métiers de scène. »

La GMMQ ne s’inquiète pas, pour l’instant, de l’impact de cette baisse de membres — et donc de cotisations annuelles — sur sa santé financière, puisqu’elle appuie aussi son budget sur les cotisations d’exercices prélevées sur les contrats. Pour le président, l’urgence est d’améliorer les conditions de travail générales des musiciens. « On doit bientôt renouveler des ententes, dont celles avec l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ). Il faut trouver des manières de revaloriser le métier, d’en améliorer les conditions. »

Dans ce défi, celui de la GMMQ, c’est la grande diversité de ses membres. « Pour nos musiciens des orchestres symphoniques, la situation n’est pas si mal. Mais on les représente autant que les Cowboys Fringants et Klô Pelgag, souligne Luc Fortin. La pandémie a exacerbé les faiblesses de l’écosystème en musique, comme dans plusieurs milieux artistiques. Il est important de revoir le partage des richesses dans notre domaine pour rendre le métier plus attrayant. »

Effets collatéraux

 

Si au RQD, le nombre de membres est stable, la directrice générale, Nadine Medawar, note toutefois d’autres répercussions, qu’elle attribue directement à la pandémie. « Il est plus difficile de mobiliser les membres, a-t-elle expliqué de son propre chef au Devoir. La pandémie a fait ressortir plusieurs émotions chez les gens, sous une tension de peur et de panique. Dans un contexte social et collectif, cela a parfois agrandi certains écarts déjà existants entre différents groupes. »

Conséquemment, poursuit Mme Medawar, la pandémie ajoute beaucoup de pression justement sur les associations et les regroupements d’artistes, qui ont dû répondre aux nombreuses questions et inquiétudes de leurs membres — ne serait-ce qu’à propos des mesures sanitaires toujours changeantes à appliquer dans les contextes de répétition, par exemple. « Cela a causé de l’épuisement et de la surcharge dans les [équipes] des associations et des regroupements », déplore-t-elle.


CORRECTION: La version originale de cet article indiquait que La Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec comptait actuellement 3 200 membres. C'est plutôt 2 660. 

À voir en vidéo