Bach désossé par Martin Helmchen

Martin Helmchen a surpris lors de son concert des «Partitas» de Bach, samedi.
Photo: Festival Bach Montréal Martin Helmchen a surpris lors de son concert des «Partitas» de Bach, samedi.

Le grand pianiste allemand Martin Helmchen était, samedi, l’un des invités vedettes du Festival Bach Montréal 2021. Au programme : les six Partitas pour clavier avec, à la clé, un étrange et académique exercice de style.

Pourquoi choisir le piano pour incarner la musique pour clavier de Bach, écrire à l’origine pour le clavecin ? Il y a à cette question fondamentale — nous l’avons déjà évoqué samedi dans notre tour d’horizon « Bach, vainqueur de la pandémie » — deux réponses. Ou bien on utilise le gros instrument pour singer le clavecin avec un jeu sec. On change donc juste de couleurs et de mode d’attaque de la corde (le pincement est remplacé par la percussion). Ou bien on utilise le piano pour ce qu’il est, c’est-à-dire un instrument doué de dynamiques et, surtout, de résonance.

Les pieds collés au sol

 

L’idée même du piano dans Bach est, à travers un jeu intelligent des pédales, de permettre une vie des accords et de faire naître, notamment dans les Sarabandes (mouvements lents), un continuum sonore qui habite l’espace temporel tout en ne brouillant pas la clarté des lignes musicales. Le clavecin ne peut pas prolonger les sons, mais ce sont ses limites intrinsèques, on le joue différemment et dans d’autres lieux. Jouer du piano sans le faire résonner, c’est ne pas utiliser ses fonctionnalités. C’est donc tout simplement se tromper d’instrument : comme manger du poisson blanc sans sauce dans un restaurant à steak ! On peut, si c’est au menu, mais ce n’est pas vraiment le concept…

Martin Helmchen est venu jouer les Partitas de Bach sur un Steinway en collant ses pieds au sol de la salle Pierre-Mercure. Il a livré un Bach de doigts, des doigts impressionnants dans des Courantes brillantes et virevoltantes (Partitas nos 1, 3 et 5) ou dans le Scherzo de la 3e Partita pris le plus presto possible.

Évidemment, les doigts et la rigueur d’un grand pianiste sans pieds ni pédales valent bien mieux que l’ego erratique d’un (Lang Lang) ou d’une (Simone Dinnerstein) pianiste qui vient plier la musique de Bach à leurs lubies romantiques. La dextérité de Martin Helmchen est étonnante, la clarté de sa vision polyphonique impeccable.

Mais dans cet univers sans âme les Sarabandes virent immanquablement au pianotage insignifiant et, au bout de deux heures, l’enfilade de doubles croches asséchées au kilomètre finit par lasser sérieusement. Martin Helmchen commençant dans la 2e Partita (Sinfonia, Allemande, Capriccio), la quatrième des six du programme, à avoir en plus des problèmes de mémoire, de concentration et de doigts, nous avons laissé les deux dernières (Partitas nos 4 et 6) aux plus courageux et moins désillusionnés que nous pour aller nous « purger les oreilles » avec le disque, décidément exceptionnel (conduite des phrases, ornementations, intelligence du son !), de Schaghajegh Nosrati.

Festival Bach

Les six Partitas pour clavier. Martin Helmchen (piano). Salle Pierre-Mercure, samedi 27 novembre 2021.

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