Décès du poète et chanteur belge Julos Beaucarne

Né en juin 1936 à Bruxelles, élevé dans la campagne wallonne à Ecaussines (Sud), Beaucarne est toujours resté fidèle à ses origines.
Photo: Francois Guillot Agence France-Presse Né en juin 1936 à Bruxelles, élevé dans la campagne wallonne à Ecaussines (Sud), Beaucarne est toujours resté fidèle à ses origines.

Le poète et chanteur belge Julos Beaucarne, qui dénonçait depuis un demi-siècle toutes les injustices dans des textes engagés, est décédé ce week-end en Belgique à l’âge de 85 ans, ce qui a suscité de nombreuses réactions dans tout l’espace francophone.

« Un rebelle au cœur large », titrait lundi le journal La Libre Belgique, tandis que Le Soir célébrait ce « citoyen de l’Univers » ayant « porté haut les couleurs de la tolérance, de la justice et de l’amour ».

Au Québec, cet artiste humaniste aux 49 albums et à l’éternel pull-over arc-en-ciel était considéré comme « le Vigneault wallon ». Au Devoir, il confiait, en 2012, avoir tout de suite été séduit par le Québec, qu’il a d’abord connu avec deux k et un accent grave aux heures folles de Raôul Duguay. « Un bonheur, dès la première fois. Rencontrer des gens qui parlaient français de l’autre côté du monde, c’était le paradis… » Ici, comme chez lui, il a tout de suite senti un même amour de la langue. « Les mots ont cette capacité de me mettre dans une joie incroyable. […] Cette langue française qui nous unit est d’une richesse fabuleuse. »

En France, pays de ses débuts, il a connu le succès au point d’être longtemps un habitué des festivals d’été. Sur Twitter, le festival des Francofolies de La Rochelle lui a rendu hommage dimanche en rappelant qu’il s’y était produit pour la première fois à 75 ans, en 2011, « à guichets fermés ». « Il nous laisse ses mots, sa poésie et cette injonction précieuse : “Je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers” », a ajouté la direction du festival.

« Julos Beaucarne était indiscutablement le chansonnier wallon le plus inspirant », a réagi de son côté l’ex-premier ministre belge Elio Di Rupo, président de la région wallonne.

Né en juin 1936 à Bruxelles, élevé dans la campagne wallonne à Ecaussines (Sud), Beaucarne est toujours resté fidèle à ses origines. Il chantait parfois en patois wallon.

Dans ses textes, il dénonce pêle-mêle les violences policières, le pillage des richesses du tiers-monde, les impérialismes occidentaux avec l’assassinat du dirigeant indépendantiste congolais Patrice Lumumba ou celui du chanteur chilien Victor Jara (Lettre à Kissinger, 1977).

Car c’était cela aussi, Julos Beaucarne : l’horreur et la beauté dans la balance. « Mes disques, mes spectacles sont les miroirs de la vie, illustrait-il, dans une autre entrevue au Devoir, cette fois en 2007. Avec de grandes joies, de grandes tristesses. Des choses magnifiques, des choses terribles. On ne peut pas nier cette variété. Le truc, c’est de ne pas être accablé par l’horreur. Il faut rebondir. Et si tu veux rebondir, y a rien à faire, faut que tu tombes vertigineusement, que tu te ramasses et que tu recommences. »

En 1974, son sixième album Front de libération des arbres fruitiers est devenu disque d’or. Le titre marque son opposition à des mesures européennes qu’il juge néfastes pour l’environnement.

Mes disques, mes spectacles sont les miroirs de la vie

Trois ans avant la sortie de son premier 45-tours, c’est en 1961 que commence sa carrière de chanteur, en Provence. « Pour payer la réparation de sa voiture » il se produit cet été-là avec sa guitare sur des places de villages, a rappelé l’agence de presse Belga.

Il est souvent revenu en Provence et possédait une maison dans le Vaucluse.

En 2012, le chanteur avait reçu en France les honneurs de l’Académie Charles Cros avec un prix pour l’ensemble de sa carrière.

Avec Le Devoir

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