La franche manière de Josianne Paradis

Un peu Barbara, un peu Sarah McLachlan, un peu beaucoup Pauline Julien dans le timbre. On reconnaît chez Josianne Paradis leurs passions conjuguées.
Valérian Mazataud Le Devoir Un peu Barbara, un peu Sarah McLachlan, un peu beaucoup Pauline Julien dans le timbre. On reconnaît chez Josianne Paradis leurs passions conjuguées.

Se sentir bien. Accueilli sans chichi, mais avec beaucoup d’attention. Pas d’effusions gonflées à l’hélium, mais de la joie. Franche. Comme le dit le titre. On entre dans Joies franches, le nouvel album de Josianne Paradis, comme dans une vie en cours. Une vie pas artificiellement mise en scène. Une vie de confection fine. « J’ai croisé un si beau dimanche/des jeux, des rires, des fleurs blanches/Malgré la distance/se saisir des joies franches ».

La chanson intitulée Coudées franches est au cœur de Joies franches, l’album. Et les mots « joies franches » sont au beau milieu de cet air tendre et léger. Tout ça se répond. Prosodie précise, exquise. « Prends tout le temps que tu veux/Je veille sur nous deux », chante aussi Josianne Paradis dans la même chanson. Elle pourrait parler d’elle et de son album, dont la création, la fabrication, la confection se sont étendues sur deux ans : il faut du temps pour que ce soit vraiment, vraiment beau, et vraiment, vraiment vrai.

Faire l’album s’est étiré sur trois ans. [...] Et là encore, ça a été un bienfait. Pouvoir peaufiner. Ça ne voulait pas dire ajouter des couches d’instrumentation, mais s’assurer que rien ne manque et qu’il n’y ait rien de trop.

Le visage que transmet FaceTime s’éclaire. La chanteuse n’est pas seulement contente d’avoir fait du bon travail, mais heureuse que l’on prenne la mesure de ce qu’il a fallu de patience et d’exigence pour en arriver à une conclusion satisfaisante. « Je pense que je comprends de plus en plus comment je fonctionne. Quand la chanson est à sa bonne place, quand c’est fluide à travers le corps, je le sais, je le sens. C’est ça que j’appelle une joie franche, entre autres. Mais quand ça ne circule pas comme ça devrait, j’ai fini par accepter qu’il faut continuer à chercher le meilleur chemin. Aussi longtemps qu’il faut. »

Et à faire accepter le long terme tout autour. « On appelle ça du perfectionnisme. Ce n’est pas évident, quand on essaie de cultiver l’harmonie en tout, insister auprès des collaborateurs qui sont aussi beaucoup des amis, leur dire de recommencer, insister, recommencer, insister, recommencer. Pour découvrir qu’à la fin, ils sont contents, eux aussi, du résultat. Ça m’a pris une vie pour oser ça. »

La chanson ou la vie

La chanson est arrivée tôt dans le monde de Josianne Paradis, elle était douée. Le passage à l’École nationale de la chanson de Granby et les accolades des concours annonçaient l’envol rapide, le premier album paru en 2008 confirmait les attentes… puis « il y a eu la vie, des choix ». Des enfants dont elle a choisi de s’occuper entièrement, comme tout métier à temps plein. La trentaine a sonné une petite cloche : la musique n’était pas partie, jamais vraiment disparue du paysage, mais pour ne pas « rater le bateau », le temps de tenter à nouveau le coup était venu. « Il y avait eu un EP, mais c’était plus pour me prouver que j’existais encore en tant que créatrice de chansons. Le vrai mouvement s’est fait quand j’ai senti que les chansons voulaient sortir. » Prendre le temps, aller jusqu’à créer sa propre étiquette de disques (Antilope Musique), faire bien les choses, s’appartenir complètement.

« Faire l’album s’est étiré sur trois ans aussi parce que, financièrement, ce n’était pas possible autrement. Et là encore, ça a été un bienfait. Pouvoir peaufiner. Ça ne voulait pas dire ajouter des couches d’instrumentation, mais s’assurer que rien ne manque et qu’il n’y ait rien de trop. » Ça veut dire par exemple un Wurlitzer qui fait son apparition à la huitième chanson de l’album, la bien nommée Boucles. Ça veut dire un peu de clarinette ici, un peu de trombone là (gracieuseté du frérot Benoît Paradis), de courtes séquences instrumentales idéalement insérées. Du goût, partout du goût. « Sans frissonner je détache/tout ce qui doit laisser sa place », chante Josianne pour clore Boucles.

Celle qu’elle est

Un peu Barbara, un peu Sarah McLachlan, un peu beaucoup Pauline Julien dans le timbre. On reconnaît chez Josianne Paradis leur passion conjuguée, mais discrètement. La vérité du sentiment passe par le calme, les élans du cœur sont là, francs et directs, mais s’expriment sans pousser la voix, sans vocalises exacerbées en preuve. Écouter Celle que je suis, puis Là (partout et nulle part), c’est comprendre que ces mélodies qui font du bien sont aussi, à leur façon, des exutoires. « Si tu crois aimer celle que je suis/méfie-toi/car j’abrite en moi aussi tout son contraire ». C’est dit. En toute franchise. « La flamme est là. Une vraie flamme, une envie forte de mener ce projet jusqu’au bout. Mais ça ne veut pas dire mettre le feu partout. »

Joies franches

Josianne Paradis, Antilope Musique

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