White-B a les moyens de ses ambitions

La pandémie a aussi permis à White-B, et au reste du 5Sang14, de placer leurs pions sur l’échiquier de l’industrie musicale, en signant des ententes avec la maison de disques Joy Ride Records. «On avait besoin d’une organisation et de professionnalisme», reconnaît-il.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir La pandémie a aussi permis à White-B, et au reste du 5Sang14, de placer leurs pions sur l’échiquier de l’industrie musicale, en signant des ententes avec la maison de disques Joy Ride Records. «On avait besoin d’une organisation et de professionnalisme», reconnaît-il.

« Une édition pas comme les autres », voilà comment s’annonce ce Festival d’été de Québec. Bel euphémisme, dirons-nous en contemplant les plaines d’Abraham désertées ! Qu’importe : on se déconfine et White-B est gonflé à bloc. Le rappeur montréalais, qui a lancé en mars dernier l’impressionnant EP Double Vision — la chanson titre a été écoutée 1,2 million de fois sur Spotify et profite de plus d’un million de visionnements sur YouTube ! —, reprend enfin la route en préparant avec ses confrères du collectif 5Sang14 une incursion en territoire français cet automne.

Le 18 juin dernier à Trois-Rivières, White-B partageait la scène avec Souldia et Rymz, avant de mettre le cap sur la Gaspésie. « Le feeling, je te dis ! » s’exclame le Montréalais. « J’étais stressé, mais j’avais hâte de remonter sur scène, même si j’ai eu un peu de misère à cause de trous de mémoire — il y a certains beats que je n’avais pas réécoutés depuis longtemps ! Je courais, je sautais, j’avais tellement hâte. »

La pandémie a ralenti le développement de carrières artistiques, forçant des musiciens comme ceux du 5Sang14 — formé de Lost, MB, Random, Gaza et notre interlocuteur — à revoir leurs plans, confie White-B : « Nous, ça faisait moins de deux ans qu’on commençait à faire des salles combles », notamment un Club Soda et le MTelus, à l’affiche des Francos. « Nos concerts devenaient de plus en plus professionnels, surtout au niveau de l’organisation d’une tournée ; avant que la COVID sévisse, on en avait fait deux tournées. Le virus nous a coupé l’herbe sous le pied, mais je crois en contrepartie qu’on est parvenus à demeurer musicalement actifs », par exemple en lançant des chansons inédites, deux de Capitaine Gaza ces derniers mois, une poignée sur la réédition « 2LUXE » de l’album Lostalgik de LOST. « Je crois que les gens ne nous ont pas oubliés », se rassure le musicien.

Double vision

« L’impossibilité de donner des concerts m’a touché, mais ça m’a permis d’investir dans autre chose. » Dont les huit chansons de Double Vision, un mini-album « en attendant le vrai disque » sur lequel White-B avait envie de revisiter ses thèmes de prédilection : l’esprit de clan sur Traîne en bande en ouverture, la rue et sa faune (« Maman ça ira, oui ton fils est un pirate / Beaucoup d’faux frères qui rôdent, j’ai dû faire le triage / Par la rue on est lié, j’règle rien à l’amiable / Ils souhaiteraient tous que j’finisse derrière les grillages », rappe-t-il sur l’introspective Maman ça ira), la drogue et l’ambition à chaque chanson ou presque.

Il revisite « mais en moins cru, pour me donner la chance d’aller chercher un public plus vaste », insiste le MC. L’intention est en phase avec l’ambiance générale du mini-album : des rythmiques trap coulantes, la voix feutrée de White-B échappant des mélodies insidieuses, parfois sur le monde mélancolique (excellente Price), voir d’incontournables refrains pop, comme celui de Double Vision.

« Le message reste souvent le même dans l’univers du rap, les thèmes sont récurrents, analyse-t-il. Après, l’important, c’est l’approche : je travaille fort pour trouver une manière différente d’aborder ces thèmes. J’y reviens encore sur Double Vision, mais en ouvrant mon horizon musical », avec la complicité d’une poignée de compositeurs, dont Alain (proche collaborateur de Tizzo et Shreez), BirdzOnTheTrack, Ruffsound et ce tout jeune TWT, beatmaker de Québec, pour qui White-B n’a que de bons mots : « Il est très, très fort, c’est lui qui signe la majorité des instrus de l’album de LOST. Il avait pris contact avec nous via Instagram, il nous a envoyé ses instrus, on les sentait bien. Il a vraiment compris le style de LOST ; en ce qui me concerne,c’est plus Birdz qui m’a compris. C’est le beatmaker qui m’a le plus inspiré, musicalement. »

Drapeau du Québec

La pandémie a aussi permis à White-B et au reste du 5Sang14 de placer leurs pions sur l’échiquier de l’industrie musicale, en signant des ententes avec la maison de disques Joy Ride Records (Loud, Imposs, Rymz, Connaisseur Ticaso). « On avait besoin d’une organisation et de professionnalisme, reconnaît-il. Pendant longtemps, on a été capables de tout gérer ça nous-mêmes, mais c’est beaucoup de travail. On était au stade où il nous aurait fallu engager des gens, parce qu’il nous fallait déléguer les tâches. Le 5Sang14 avec Joy Ride Records, on s’est dit que c’était la meilleure solution. »

On espérait ce printemps l’album du 5Sang14, or il paraîtra seulement au début de la prochaine année, confirme White-B en précisant que le collectif « a au moins trois nouveaux projets » en banque et qu’au moins l’un d’entre eux sera dévoilé aux fans « très bientôt », sans compter les différents albums solos des cinq membres du groupe.

Ils ont aussi un œil sur le marché français, ce à quoi White-B fait allusion sur sa chanson Traîne en bande : « J’veux mettre le drapeau du Québec au top d’la tour Eiffel ! » assure-t-il. « D’ici la fin de l’année, nous devrions déjà avoir passé un mois en France, tout le 5Sang14. Le but est de faire de la promotion, des rencontres, aller en studio, prendre contact avec des artistes là-bas avec qui on a déjà des liens sur les réseaux sociaux. On sent qu’il faut qu’on aille sur le terrain », maintenant que les voyages, comme les concerts, reprennent vie.

À l’affiche au FEQ

Steve Hill, 11 juillet, 18 h 30

Le vétéran bluesman, expert de la six cordes électrique, a lancé l’album Desert Trip en novembre dernier, parfait prétexte pour se faire inviter sur les grandes scènes des festivals québécois.

Clay and Friends, 13 juillet, 18 h 30

Ce groupe est né pour chanter l’été. Le collectif montréalais s’amuse avec le funk, le hip-hop, la soul et la chanson pop depuis sept ans déjà et n’a pas volé sa place dans le circuit des festivals d’ici.

Tire le coyote, 15 juillet, 18 h 30

Une semaine après avoir présenté sa création scénique La marée du coyote au Festival en chanson de Petite-Vallée, Benoît Pinette (Tire le coyote) revisitera la capitale avec dans sa besace les reprises de classiques québécois réunis sur son récent EP Le temps des autres.

Men I Trust, 18 juillet, 18 h 30

Pour le groupe électro-pop, ce concert au FEQ servira de générale à sa grande tournée prévue à l’automne, après la parution de son quatrième album, mystérieusement intitulé The Untourable Album.


Double vision

White-B, Joy Ride Records. En concert dans le cadre du FEQ, au Manège militaire, le 17 juillet, 18 h 30.



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