L’astronef Klô Pelgag et son équipage au Festival en chanson de Petite-Vallée

On retient beaucoup l’énergie de Klô Pelgag, plus Freddie Mercury que jamais, martelant son piano, donnant des coups de pied dans les airs, chantant les crocs sortis, parcourant la scène de long en large quand elle le pouvait.
Photo: Alexya Crôteau-Grégoire On retient beaucoup l’énergie de Klô Pelgag, plus Freddie Mercury que jamais, martelant son piano, donnant des coups de pied dans les airs, chantant les crocs sortis, parcourant la scène de long en large quand elle le pouvait.

Sur le piano jaune de Klô Pelgag, samedi soir, un pot ouvert. Un pot de bourgots. Mollusque tout désigné pour l’occasion : la chanteuse et son équipage mènent depuis vendredi la première « marée » du 38e Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie. Et puis un pot de bourgots ouvert sur un piano, en plein spectacle, c’est aussi du Klô Pelgag pure saumure.

Forte des chansons de son excellent dernier disque Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, Klô Pelgag était en tête d’affiche vendredi et samedi, au grand chapiteau de la ville voisine de Grande-Vallée. Et la pause forcée des derniers mois nous a permis de retrouver une artiste affamée, en plein contrôle de sa nef musicale, plus spatiale que maritime. Des bourgots galactiques ? On n’ira pas là.

On retient beaucoup de ces 90 minutes (passées en un claquement de doigts) l’énergie de Klô Pelgag, plus Freddie Mercury que jamais, martelant son piano, donnant des coups de pied dans les airs, faisant des roulades après avoir renversé son banc de piano, chantant les crocs sortis, parcourant la scène de long en large quand elle le pouvait. Plus les années passent, plus elle maîtrise aussi la notion d’équilibre, entre le brut et le touchant — comme dans J’aurai les cheveux longs, fort belle —, la provoc et le comique, la chanson et le rock. Bref, le dosage, micro ou pas, lui va fort bien.

La constellation

Klô Pelgag aura laissé sa trace sur toute la programmation presque exclusivement féminine des premiers jours du festival, car ses choristes Laurence-Anne, Lysandre et N Nao — surnommées Les grands-mères à broil —, présentaient toutes leur concert respectif à deux reprises vendredi et samedi.

 
Photo: André Bujold On a retrouvé N Nao (à gauche) dans le groupe de Laurence-Anne (au centre), jeune artiste prometteuse ayant déjà deux disques bien reçus à son actif.

Commençons par la multi-instrumentiste N Nao (pour Naomie), attrapée pour un concert-déjeuner à 9 h du matin. La musicienne a su jouer la carte de la douceur, mettant l’accent sur sa guitare très folk et celle à douze cordes de son comparse. Des effets intrigants s’ajoutaient ici et là, mais N Nao avait l’énergie parfaite pour l’occasion. D’autant que ses textes chantés presque vaporeusement s’ancraient beaucoup dans les éléments, la nature et les astres.

On a retrouvé N Nao plus tard, en après-midi, cette fois dans le groupe de Laurence-Anne, jeune artiste prometteuse ayant déjà deux disques bien reçus à son actif. La proposition était toutefois fort différente, la musicienne explorant davantage les ambiances électroniques dans une démarche assez artsy, costumes et froufrous en prime. Laurence-Anne — entre autres accompagnée d’une saxophoniste douée qu’on verrait accompagner avec aise Les Louanges — a démarré avec une approche plus en ambiance et en textures avant d’ouvrir les valves des synthétiseurs. Une fois le dancefloor ouvert, la musicienne a pris son erre d’aller, offrant même au public l’occasion de se lever tout en restant sur place, règles sanitaires obligent.

Quant à Lysandre, elle offrait un tout premier spectacle avec son groupe, dans un petit bar avec vue sur le fleuve. Devant un public ami et conquis — on y offrait aussi la pointe de pizza, arme de persuasion massive —, celle qui est aussi comédienne a bien contrôlé sa nervosité. Déjà habile à présenter ses chansons avec de rapides pointes comiques, Lysandre a offert des morceaux assez variés en approches, de la soul au semi-celtique en passant par la chanson onirique. À suivre.

Photo: Alexandre Cotton Marie-Pierre Arthur

Du mordant

À l’instar de Klô Pelgag, on a aussi senti d’autres musiciens de passage à Petite-Vallée portés par un désir d’intensité. Comme si, après des mois d’arrêt forcé, le réflexe était de mordre à pleines dents dans ces occasions de spectacles. Déjà, vendredi après-midi, Marie-Pierre Arthur martelait sa basse comme si sa vie en dépendait, une couette de cheveux pendant dans le visage. Les chansons de son dernier disque Des feux pour voir en ont profité, d’autant qu’ils sont appuyés par un groupe de musiciens élites.

Même approche pour Safia Nolin, plus reconnue pour sa langueur. Là, on l’a redécouverte plus rockeuse, plus grunge, faisant souvent claquer ses cordes de sa guitare plutôt que les effleurer. Jeudi soir, en ouverture du festival, c’était aussi là le modus operandi d’Antoine Corriveau. Son dernier disque, Pissenlit, le montrait déjà plus libre musicalement, et le spectacle qu’il a présenté allait en ce sens. Optant souvent pour la grosse distorsion, les solos de guitare et le jeu en harmonie avec son acolyte Simon Angell, Corriveau a donc sorti les canines. On l’aura même vu courir tout autour de la scène pendant la version bonifiée de Maladresse, un de ses meilleurs morceaux.

 
Photo: Alexandre Cotton On a redécouvert Safia Nolin plus rockeuse, plus «grunge», faisant souvent claquer ses cordes de sa guitare plutôt que les effleurer.

Tous ces artistes (sauf Corriveau) seront par ailleurs ensemble sur scène dimanche soir pour le grand concert La marée du Grand Héron. Le festival se poursuit jusqu’au 10 juillet, porté par deux autres marées d’artistes, menées par Tire le Coyote et Louis-Jean Cormier.

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