Chante, Marie-Mai

Une bête de scène reste une bête de scène, peu importe les circonstances. Et comme la chanteuse est capable de créer l’intimité même dans un gigantesque aréna, nous n’étions pas inquiets.
Photo: Frédérique Menard-Aubin Une bête de scène reste une bête de scène, peu importe les circonstances. Et comme la chanteuse est capable de créer l’intimité même dans un gigantesque aréna, nous n’étions pas inquiets.

On a vu Marie-Mai danser au son de Beyoncé, faire une reprise des Spice Girls, remplir le Centre Bell plein de soirs de suite, choisir des candidats à La Voix. Ça donnerait quoi, en mode acoustique, au MTelus ?

Une bête de scène reste une bête de scène, peu importe les circonstances. Et comme la chanteuse est capable de créer l’intimité même dans un gigantesque aréna, nous n’étions pas inquiets. Pas une seule seconde.

Surtout qu’elle était accompagnée, extrêmement bien, par la pianiste Marie-Pierre Bellefeuille, le guitariste Jean-Alexandre Beaudoin et le percussionniste Liu-Kong Ha, qui assurait également la direction musicale. Et quelle belle direction ce fut !

Sur C’est moi, par exemple, une tonalité plus dramatique, intense et grave a été induite par la force des percussions. Rien à perdre a gagné un côté country folk avec la guitare rythmée. Élever a acquis une fragilité et une sensibilité nouvelles grâce au piano cristallin.

C’est d’ailleurs avec cette pièce que Marie-Mai a commencé, élevant l’événement au rang de soirée mémorable. Les éclairages parfaits, signés Jonathan Lewis, avaient quelque chose de la Voie lactée. Des petites lumières comme des étoiles enrobaient la salle d’une douceur, d’une chaleur — et d’une énergie dans les moments requis.

Les trois petites puces pas loin de nous (mais à plus de deux mètres) semblaient vivre le plus beau moment de leur vie en brandissant leurs bracelets lumineux dans les airs, et en chantant très fort : « Et j’ai criÉÉÉ à m’en briser la voix ! CreusÉÉÉ jusqu’au plus profond de moi ! »

On les entendait beaucoup, les spectateurs, et pas parce qu’ils étaient dissipés ou qu’ils manquaient d’attention. Mais bien parce qu’en comité réduit de 250 personnes, les interventions et les exclamations étaient claires. Par exemple, lorsqu’un fan a réclamé : « Chante, Marie-Mai ! »

Notez bien, ce n’était pas un ordre, mais plutôt une demande spéciale pour son succès de 2003, Chante (« Marie-Mai, montre-leur enfin la fille que tu es, langue percée, dos tatoué… ») La chanteuse a éclaté de rire, en disant : « Ce n’est pas tout à fait là que je m’en allais ! » Mais elle l’a quand même chanté (« Marie-Mai, montre-leur enfin »), en fin de concert, a cappella.

Avec cet événement présenté par les Francos, l’artiste souhaitait montrer une autre facette d’elle-même. De « son histoire ». Mais si le cadre était différent, son essence était bien là. C’était Marie-Mai comme on la connaît depuis toujours. Passionnée, précise, et proche de son public — même si elle ne pouvait pas s’élancer dans la foule (ce qu’elle a dit regretter).

Il était néanmoins spécial de la voir simplement assise sur un tabouret, elle qui nous a habitués à des numéros entre les flammes, les feux d’artifice et les confettis. Mais tout fonctionnait parfaitement. D’autant plus que l’expérience a permis de prendre entièrement la mesure de la justesse, de l’harmonie et de la force de sa voix.

« Bravoooooo ! » a crié un monsieur enthousiaste après une costaude Conscience.

On avait conscience, du reste, de vivre un moment extrêmement spécial après ces mois de confinement et de concerts sur Facebook Live.

En vrai, Marie-Mai et son look évoquant Florence Welsh, a raconté avoir fouillé dans son répertoire pour dénicher des morceaux qu’elle « ne fait plus en show ». « J’ai trouvé des chansons qui me parlent encore plus aujourd’hui », a-t-elle dit.

Notamment L’arbre géant, composée il y a dix ans pour sa grand-maman. Une chanson douce qu’elle a « décidé de partager pendant la pandémie » et dédiée à tous les aînés.

Du côté des classiques, elle a convié le public à chanter fort avec elle sur Je m’envole (« ah-ah, ah-ah »). Le résultat était si joli qu’elle a dit : « Câline que je me suis ennuyée de ça ! » Elle n’était pas la seule.

Un escalier illuminé devant elle, le visage illuminé de bonheur aussi, elle a lancé qu’« à chaque fin, il y a toujours un nouveau départ ».

Celle qui invite ses fans Chez Marie-Mai (sa nouvelle téléréalité sur Canal Vie), les a aussi invités à faire preuve de plus d’empathie. De compréhension. À une utilisation moins brusque des réseaux sociaux. « On essaye tous de faire du mieux qu’on peut. On mérite de se pousser davantage que de se donner des coups de pied dans le derrière », a-t-elle déclaré en intro de Si des mots.

Et pour ce qui est de la chanson Ton histoire, composée pour sa fille Gisèle, elle a avoué que de l’interpréter faisait naître beaucoup d’émotions en elle. « C’est toujours la plus difficile à chanter pour moi parce que j’y ai mis tout mon amour. » Comme dans ce spectacle.

Marie-Mai sera de nouveau au MTelus dans le cadre des Francos les 26 et 27 septembre.