Yves Jarvis, le sculpteur de sons

Yves Jarvis a passé l’été en résidence de création dans un atelier de sculpture. Il ne la pratique pas comme telle, mais «aime le parallèle qu’on peut faire entre elle et la musique».
Photo: Photo fournie par l'artiste Yves Jarvis a passé l’été en résidence de création dans un atelier de sculpture. Il ne la pratique pas comme telle, mais «aime le parallèle qu’on peut faire entre elle et la musique».

Comme le feuillage, la société passe graduellement à l’orange, et POP Montréal croise les doigts au moment de lancer les festivités : soyons prudents, mais allons de l’avant avec les concerts, certains diffusés sur le Web, la majorité devant public. Communion en distanciation, mais communion tout de même : dès aujourd’hui et jusqu’au 27 septembre, sept jours de concerts, d’expositions et de tables rondes auxquels participeront Plants & Animals, Antoine Corriveau, Jessica Moss, La Force, Jeremy Dutcher et l’auteur-compositeur-interprète folk cosmique Yves Jarvis, qui a enregistré son envoûtant nouvel album, Sundry Rock Song Stock, loin du monde, dans la campagne ontarienne.

Il faut le prendre au pied de la lettre : son studio, c’est la pelouse, les arbres et les oiseaux. Un studio sans murs pour mieux capter son folk alternatif, psychédélique et champêtre. « En ce moment, j’ai un peu peur parce qu’on annonce de la pluie et qu’il y a beaucoup d’instruments dehors », confie Jarvis, joint à deux heures de route au nord de Toronto dans un atelier de sculpture où il a passé l’été en résidence de création.

Il ne pratique pas la sculpture comme telle, mais « aime le parallèle qu’on peut faire entre elle et la musique », dit-il. « Ça tient justement à la manière dont j’utilise le studio : faire de la musique, c’est ajouter des sons, des éléments, en enlever d’autres. C’est beaucoup de manipulations, comme pour la sculpture. » Normalement, Yves Jarvis passe l’été au large avant de regagner Montréal pour l’hiver. « Cette année par contre, je pense peut-être chercher un autre endroit pour habiter en campagne durant l’hiver. On commence à se sentir à l’aise ici, dans la région », lui et sa copine originaire de Toronto, elle aussi musicienne.

Né à Gatineau, Jean-Sébastien Audet — Yves est son deuxième prénom, Jarvis, le nom de sa mère — a grandi à Montréal, puis à Calgary, avant de revenir ici. « Ma passion pour les arts me vient de mon père », actuaire et professeur à l’Université d’Ottawa. Sa collection de disques est immense, raconte le musicien. Beaucoup de jazz, de rock progressif, du folk, du blues. « Une collection très éclectique ; il a fait ma formation musicale. Les références qu’on entend dans ce que je fais, pour la plupart, s’alignent avec la musique qu’il me faisait découvrir lorsque j’étais jeune. »

Comment décrire le son d’Yves Jarvis ? C’est de la chanson, folk d’abord, ensuite rock et soul, psychédélique, kaléidoscopique, délicatement acidulée, avec des touches de jazz électrique, de dub jamaïcain, de musique kosmische allemande illustrant sa passion pour la production musicale et la réalisation. Il conçoit ses chansons tout seul dans son studio, en jouant de tous les instruments. Ça, c’est Jarvis sur disque. Sur scène, il est toujours seul et tricote ses chansons à la guitare, avec parfois des pédales d’effets, des instruments percussifs. Il sue des chansons, elles coulent abondamment, car il y met de l’effort. Sur scène, elles paraissent souvent brèves, mais enfilées les unes après les autres, elles donnent une vaste image de ce qui mijote dans sa tête.


Soyeux et confortable
 

« J’aime être lousse, avoue Jarvis. J’aime être abstrait », dans sa musique comme dans ses mots. Il dit écrire en aphorismes : « En surface, je ne chante pas sur des thèmes précis. Mes textes sont plutôt un tas d’observations, de réflexions sur ce que je vis, mes soucis, des trucs personnels » qui se révèlent à l’usure, à force d’écouter et de réécouter ce nouvel album soyeux et confortable. Le parfait album des journées chaudes d’automne, composé à l’automne 2019 et terminé pendant la pandémie.

Sundry Rock Song Stock est encore plus épatant lorsque comparé à The Same but by Different Means, son premier album sous le nom d’Yves Jarvis, lancé l’an dernier. Ce précédent disque était énorme, 22 chansons fragmentées établissant l’esthétique du musicien, ses harmonies vocales impressionnistes, cette manière de faire sonner les guitares en les gonflant d’effets sonores, ses chaudes orgues. Le nouvel album passe pour une version adoucie (Jarvis cite l’influence de Brian Eno) et amaigrie du précédent, comme s’il avait distillé le disque de 2019 pour n’en conserver que l’eau-de-vie.

« Mon objectif avec le nouvel album était vraiment de résumer mes intentions, jusque dans les paroles des chansons. L’important était d’arriver à être concis ; je voulais créer quelque chose de plus facile d’approche, mais faire en sorte que toute l’exploration sonore qui existe sur mes précédents disques transparaisse encore. » C’est réussi.

Yves Jarvis donnera un concert retransmis à popmontreal.com le 27 septembre à 18 h ; son  album Sundry Rock Song sera lancé le 25 septembre, via Flemish Eye.

POP Montréal en quatre autres suggestions

Maryze + Janette King + Alicia Clara

24 septembre, 19 h 30, lieu secret

La maison de gérance (et depuis peu label) Hot Tramp se consacre exclusivement au développement de la carrière d’artistes féminines et non binaires ; trois de ses recrues, Maryze (R&B-electropop bilingue), Janette King (soul) et Alicia Clara (dream pop), partageront la scène, invitant au passage la collègue Backxwash. Le lieu sera dévoilé aux détenteurs de billets trois heures avant le concert.

Flore laurentienne

25 septembre, 21 h, Théâtre Rialto

Le projet instrumental du compositeur et arrangeur Mathieu David Gagnon provoque la rencontre des violons et des synthétiseurs vintage dans un contexte de musique contemporaine qui ne manquera pas de nous redonner un peu de calme et de beauté en cette période anxiogène.

Backxwash

26 septembre, 18 h 30, sur le toit du Rialto

Nul doute qu’il s’agira d’un des billets les plus convoités de cette édition hybride du festival : la rappeuse Backxwash a fait un tabac il y a quelques semaines au Festival de musique émergente (FME). Elle remontera sur scène présenter les viscérales chansons de son album God Has Nothing to Do With This Leave Him Out of It, retenu sur la courte liste du prix Polaris.

Lido Pimienta

26 septembre, 21 h, Théâtre Rialto

La musicienne torontoise fait l’honneur au public de POP Montréal d’être là, en chair et en os, au Théâtre Rialto, pour présenter les exquises chansons de Miss Colombia, son deuxième album, qui pourrait lui valoir le 19 octobre prochain son second prix Polaris.