La quête du chemin intérieur

Leonardo García Alarcón
Photo: Christophe Maout Leonardo García Alarcón

Les concerts qui nous arrivent d’une Europe en phase de déconfinement comportent parfois d’heureuses surprises. Le quatrième invité à la tête de l’Orchestre de Radio-France était, ce jeudi, Leonardo García Alarcón. Nouveauté majeure dans cette série : la présence d’un public. Et avant de jouer Bach, Haendel, Clara Schumann et Bloch, le chef s’est s’adressé à lui : « Mon cœur bat très fort », a-t-il déclaré. « Le silence nous a permis, pas de réfléchir, pas de changer, pas de nous réinventer, mais d’ouvrir un chemin à l’intérieur de nous-mêmes et ce chemin aujourd’hui s’exprime à travers les arts, toutes les idées philosophiques qui sont en train de naître […] Rien n’est perdu. Vous savoir ici est une forme de renaissance. » La ferveur de ce concert est à revivre bientôt sur Arte Concerts et réjouira les mélomanes qui se souviennent du Concerto grosso de Bloch dirigé par le chef argentin avec les Violons du Roy à Québec et à Montréal.

Une autre affiche s’impose cette semaine : le concert donné par Jonas Kaufmann et Kirill Petrenko à Munich. Le ténor vedette y chante les Chants d’un compagnon errant de Mahler (orchestration réduite) et, dans un programme copieux, Petrenko dirige Pulcinella de Stravinski, la 1re Symphonie de chambre de Schönberg et la Suite du Bourgeois gentilhomme de Strauss. Sur ce même site, on peut aussi écouter Kaufmann dans Manon Lescaut de Puccini face à Kristine Opolais. Mise en scène froide de Hans Neuenfels, mais direction brûlante d’Alain Altinoglu.

Le silence nous a permis, pas de réfléchir, pas de changer, pas de nous réinventer, mais d’ouvrir un chemin à l’intérieur de nous-mêmes et ce chemin aujourd’hui s’exprime à travers les arts, toutes les idées philosophiques qui sont en train de naître

 

L’OSM diffuse en cette fin de semaine le 1er Concerto de Brahms par Kent Nagano et Emanuel Ax alors que le concert que feront revivre Carnegie Hall et medici.tv est le gala d’ouverture de la saison 2015-2016 avec le Philharmonique de New York, Alan Gilbert et Evgueny Kissin dans le 1er Concerto de Tchaïkovski. Si vous êtes abonné à Medici, n’oubliez pas de jeter un œil cette fin de semaine aux Rencontres musicales d’Évian.

Des opéras

Reprenons le fil des propositions opératiques sur lesquelles nous avions été plus discrets ces dernières semaines, actualité oblige. Sur Opéravision, nous vous avions déjà recommandé les deux opéras de Britten, Mort à Venise et Le songe d’une nuit d’été. Une fois qu’on a assimilé ces deux chefs-d’œuvre, on peut aller plus loin avec The Ice Break de Michael Tippett mis en scène en 2015 par Graham Vick à Birmingham, une première depuis la création de 1977 qu’il est d’autant plus pertinent de revoir aujourd’hui, car l’opéra intègre des émeutes raciales, l’incommunicabilité entre les êtres et entre l’Est et Ouest (un dissident russe retrouve sa femme, émigrée aux États-Unis, après 20 ans de camp).

En matière de découvertes, citons aussi, samedi à partir de 13 h, Susannah de Carlisle Floyd un opéra américain composé en 1955 et monté en 2014 à San Francisco et, surtout, pour les amateurs de répertoire nordique, le grand opéra légendaire Kullervo du Finlandais Aulis Sallinen, filmé à Savonnlina en 2014 sous la direction musicale de Hannu Lintu. Kullervo sera disponible à partir de dimanche matin sur le site de la Yle, la télévision finlandaise. Nous regardons régulièrement si la Yle remet en onde Insect Life de Kalevi Aho, mais en vain.

Du 6 au 15 juillet, le Festival d’Aix-en-Provence tiendra une édition virtuelle à partir d’archives. Lundi : Pelléas et Mélisande par Esa-Pekka Salonen, mis en scène par Katie Mitchell ; mardi Pinocchio de Boesmans ; mercredi Le songe d’une nuit d’été de Britten, mis en scène par le Canadien Robert Carsen (c’est une coche au-dessus de celui d’Opéravision) et jeudi le Don Giovanni controversé de Dmitri Tcherniakov. Si vous cherchez un opéra populaire, allez voir La Bohème à Londres ce vendredi à partir de 14 h. Nicole Car est Mimi, face à Michael Fabiano dans une production superbe de Richard Jones et le Don Giovanni du Met, ce vendredi 19 h 30 dirigé par Fabio Luisi en 2011, est bien plus rassurant que celui de Tcherniakov qui vous attend jeudi. Profitez-en, car le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles tout comme l’Opéra de Vienne ont stoppé leurs diffusions gratuites. Il en va de même pour les opéras de Stuttgart ou de Berlin, ce dernier incitant désormais à se tourner vers les concerts intimes des membres de l’orchestre.

Parmi les institutions lyriques, le Teatro Real de Madrid est à la pointe de la reprise, donnant ces temps-ci une version semi-scénique de La traviata. Elle n’est pas disponible en vidéo, mais la capsule des mesures de sécurité « Comprometidos con la seguridad de todos » nous donne un avant-goût de notre futur de mélomanes.

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