Pleins feux sur Guy Béart

Le chansonnier français Guy Béart lors d’un concert à l’Olympia de Paris, en décembre 1988
Pierre Verdy Archives Agence France-Presse Le chansonnier français Guy Béart lors d’un concert à l’Olympia de Paris, en décembre 1988

On cherche, on cherche, et on sèche. Il est bien temps qu’arrive De Béart à Béart(s), disque double de réinterprétations servies par des chanteuses et chanteurs de haut niveau : Thomas Dutronc, Alain Souchon, Clara Luciani, Catherine Ringer, Angélique Kidjo, Julien Clerc, Vianney, Pomme, le regretté Christophe, d’autres encore.

« C’est ce qui nous a motivés dans tout ce projet, ma sœur Ève et moi », avoue sans gêne Emmanuelle Béart au bout du fil d’un téléphone portable au signal fluctuant. Beau symbole : les communications modernes et Guy Béart ne se sont jamais bien entendus. « Même nous, on a découvert certaines de ses chansons, et ça nous a permis de faire un bout de chemin vers lui. » Elle ajoute : « Il était d’une grande timidité et d’une grande pudeur. Il a toujours voulu s’effacer complètement. Que seuls les mots, le verbe, la poésie et les mélodies restent… »

Au service des chansons

S’il a été l’ardent défenseur de ses créations, créant dès le début des années 1960 le premier label autogéré (l’APAM : Autoproduction des artistes du micro), rapatriant ses chansons au prix d’un très long combat contre le géant Philips, Guy Béart n’a jamais été pour autant le meilleur promoteur de lui-même. « C’est vraiment quelqu’un qui était tout sauf celui qui court après le succès. Il me disait souvent une chose que j’adorais : “Moi, j’ai toujours voulu être démodé.” »

« Il a tracé sa route hors de tous les courants. Il y en a eu, des courants. Le yéyé, le twist. Il n’a épousé aucune mode musicale. Quand on dansait le twist, lui il relançait le tango. Il a suivi sa route comme s’il avait un chemin connu de lui seul, et moi ça me fascine. »

«De Béart à Béart(s)», disque double

Ceux qui l’aimaient et le suivaient, eux, connaissaient par cœur ses disques, avec le même attachement que pour un Brassens. Mais presque en secret. « Guy Béart est certainement l’un des plus grands poètes de la chanson, mais il était d’une grande timidité, d’une grande pudeur. Je pense que ça parlait à des gens qui lui ressemblaient, qui ne faisaient pas beaucoup de bruit. »

Un discret chantant pour des discrets, d’un timbre doux, grattant délicatement une guitare, menant carrière dans l’ombre d’une seule chanson qui prend toute la largeur du fleuve, ça laisse en héritage un répertoire un peu… confidentiel. « D’où notre idée de prendre des artistes de toutes les générations pour cet album double, de Souchon à Vianney. L’idée, c’était de remettre en lumière les quelques chansons connues, mais aussi beaucoup de petites pépites moins connues. Je pense à Chanson pour ma vieille, cette chanson magnifique interprétée par Clara Luciani. Une chanson que personne ne connaît et que Guy Béart avait écrite pour sa mère. »

Versions libres

Notez : Emmanuelle Béart dit toujours Guy Béart. « C’est voulu. C’est mon papa, je l’adorais, mais l’éclairage est dirigé sur lui. Nommément. Au départ, pour cette raison, je ne voulais pas chanter sur le disque, mais on s’est investis tellement, on a tellement passé de temps avec les artistes que j’ai fini par dire oui quand Yaël Naïm m’a demandé de venir chanter L’eau vive avec elle, ou quand Thomas m’a dit : allez viens chanter avec moi. Comment dire non à Julien Clerc quand il insiste pour que je chante Frantz (mon cher Frantz) avec lui… » Petit rire presque gêné au téléphone. « Mais je me suis dit qu’interpréter, après tout, c’est aussi mon métier, alors je me suis un peu abandonnée au plaisir de me laisser traverser par les mots de mon père. »

Il faut le dire, les chansons de Guy Béart se prêtent particulièrement bien aux relectures, sur tous les tons. Large palette. Ainsi Akhénaton donne-t-il Qui sommes-nous ? en slam, et Ismaël Lô emmène tout naturellement la chanson la plus actuelle du lot, Couleurs, vous êtes des larmes, du côté de l’Afrique. « Il y avait deux façons de prendre les chansons de Guy Béart. Soit on les admirait comme dans un musée, de manière hyper respectueuse et glacée, soit on les prenait à bras-le-corps et on les décoiffait, on les rhabillait, et ce n’était plus des belles au bois dormant mais des vivantes, et c’est vraiment ça que j’ai demandé aux interprètes. Je leur ai dit : n’ayez pas peur de le trahir avec tendresse. »

Un documentaire sur Guy Béart et sur ce qu’il est advenu de ses chansons dans le cadre de cet hommage collectif est en chantier, le tout menant à la parution cet automne d’une intégrale des enregistrements studio. « Notre père s’occupait de ses chansons, et pour nous, c’est la suite : on s’occupe des chansons ET de lui. Le premier disque qu’il a enregistré, c’était dans un cinéma désaffecté, il avait refusé d’avoir un arrangeur. Il voulait seulement répéter avec ses musiciens jusqu’à ce qu’il trouve l’habillage. Alors moi j’ai souhaité travailler avec des gens qui participeraient à ce projet dans le même esprit artisanal, et c’est exactement ce qui s’est passé. Ce sont des versions libres, dans l’esprit de cet homme profondément libre qu’était Guy Béart. »

À voir en vidéo

De Béart à Béart(s)

Artistes divers Polydor / Universal. En vente dès le 12 juin.