Laurence Hélie renaît et s’assume pleinement

La chanteuse et guitariste Laurence Hélie, alias Mirabelle, revient sur le devant de la scène après sept ans d’absence.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La chanteuse et guitariste Laurence Hélie, alias Mirabelle, revient sur le devant de la scène après sept ans d’absence.

Il y a déjà presque sept ans que Laurence Hélie a fait paraître son deuxième disque, À présent le passé. Sept ans qui n’ont pas été un long fleuve tranquille pour la chanteuse et guitariste, admet-elle d’emblée. Il y a eu une « écœurantite » de son métier. Des mois de colère. Il y a eu l’arrivée heureuse de la petite Clémentine. Puis le désir de replonger dans la musique, mais en tenant toutes les ficelles cette fois. Ce besoin d’« aller jusqu’au bout » aura donné naissance à Mirabelle et au disque Late Bloomer.

Avant tout ça, les choses allaient pourtant bon train pour Laurence Hélie et son folk. Une bonne visibilité, des concerts, l’approbation de son industrie, des amis qui lui écrivaient des textes. Puis, il y a eu un moment de rupture. « On ne devrait pas faire ça, mais il y a une couple d’affaires que j’ai lues, le genre de choses qui nous blessent, peut-être parce qu’il y a une part de vérité là-dedans. Il y a un truc qui disait en gros : “si ce n’était pas de son réalisateur, Joe Grass, [ça ne serait pas aussi intéressant]”. Attends un peu, wô ! Ce sont quand même mes chansons. Ça m’a fait chier. Je me suis sentie accessoire dans ma musique. »

Je travaillais souvent avec des collaborateurs. Pourquoi ? Je ne le sais pas ; je n’avais peut-être pas assez confiance en moi pour écrire toutes mes paroles.

Quelque chose s’est brisé à ce moment. Elle s’est « sentie blessée ». « J’ai fait une écœurantite totale, j’ai haï la musique pendant un bout, j’étais plus capable d’en écouter et d’en aimer, j’étais plus capable de prendre ma guitare. J’en pouvais comme plus. » Hélie le spécifie rapidement : tout le monde lui a toujours donné sa place, « mais c’est comme si moi je ne la prenais pas ». C’est donc beaucoup une affaire toute personnelle — ce qui n’adoucit pas pour autant les choses.

Jeune, Laurence Hélie chantait surtout en anglais. Pour ses deux disques — en français —, « je travaillais souvent avec des collaborateurs. Pourquoi ? Je ne le sais pas ; je n’avais peut-être pas assez confiance en moi pour écrire toutes mes paroles. » Avec Mirabelle, le désir était justement de s’approprier son travail, « de faire de la musique qui vient de moi et de moi entièrement. Et de m’assumer ».

Cette renaissance, qui arrive après que la chanteuse a bien laissé la poussière retomber, a en bonne partie été suscitée par la présence dans sa vie de sa petite fille, Clémentine. « D’ailleurs, Mirabelle, c’était un nom qu’on avait pensé pour elle, c’est cher à mon cœur. » La maternité comme déclencheur, rien d’original là, dit Hélie en riant. Mais quand même, ça a eu un effet bien réel. « C’est comme un petit coup de fouet, dit-elle. Je veux faire les choses à fond et avoir du fun. »

Coupure franche

Et pour Hélie, il fallait une coupure. Elle la voulait « franche », et elle l’est. D’abord, la chanteuse a composé ses textes, les a écrits en anglais (sauf une exception). Puis, l’ambiance sonore est à la fois plus pop et plus près de sons des années 1990, en plus d’être ponctuée de synthétiseurs de fort bon goût. Late Bloomer est coréalisé par Warren Spicer (Plants and Animals) et Mirabelle et compte sur l’apport clé du musicien Christophe Lamarche-Ledoux.

« Moi, dans la vie, je suis quelqu’un qui sait ce qu’elle ne veut pas », explique Laurence Hélie. Et avec Mirabelle, en quoi ces non-désirs consistaient-ils ? « Je n’en pouvais plus de la guitare sèche ! laisse-t-elle tomber. Je trouve que la guitare, surtout la manière dont moi je la joue, ça prend ben de la place. Strummer une guitare, c’est constant, ça me rend folle. J’en pouvais plus. Et j’écris avec ma voix. Chanter, c’est l’affaire [dans laquelle] je suis bonne, la place où je suis confiante. J’avais envie de donner de l’espace à ça. »

Cet espace est patent dans l’approche générale de ce disque, qui n’est pas du tout surchargé et qui défile à un tempo relativement lent. Et l’espèce d’amplitude qui y règne a entre autres été créée par les claviers de Lamarche-Ledoux. « Je l’appelais le Mad Scientist ;il a le cerveau qui n’opère pas à la même vitesse que nous. Il cherche des sons, ça défile, et il arrive avec le truc super tasty, vraiment au service de la chanson. Il a été un allié super important dans cet album-là. »

Et dans ses propos, Late Bloomer se veut aussi en harmonie avec l’état d’esprit de Laurence Hélie. Il y a ici une chanson qui évoque son enfant, mais aussi beaucoup de regards en arrière sur sa propre vie. « Je suis très émotive. Je parle beaucoup de mes regrets. Je visite beaucoup ça dans mes thèmes. Est-ce que je l’ai laissé tomber, cette adolescente-là en moi qui rêvait de faire de la musique ? Est-ce que je suis à la hauteur des rêves que j’avais ? »

Avec Mirabelle, en tout cas, Hélie prend les moyens pour ne pas être accessoire dans ce chemin.

 

À voir en vidéo

Late Bloomer

Mirabelle, Simone Records