Votre carnet de concerts de la fin de semaine (VIII)

Mariss Jansons, ici dirigeant l’Orchestre royal du Concertgebouw en 2009.
Marco Borggreve Mariss Jansons, ici dirigeant l’Orchestre royal du Concertgebouw en 2009.

Après New York et Berlin, c'est à Amsterdam que se déplace l'attention. L'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam devait tenir en mai 2020 un grand hommage à Mahler pour commémorer le centième anniversaire du premier Festival Mahler de tous les temps, organisé par Willem Mengelberg. Ce grand événement devait survenir 25 années après une première commémoration, le « Mahler Feest Amsterdam 1995 » qui eut un retentissement international.

Pour pallier l'annulation de ces festivités, le Concertgebouw met en ligne la large majorité d'une série de vidéos captées entre 2009 et 2011 qui avaient fait l'objet d'un coffret DVD. Le festival débute ce vendredi avec une symphonie par jour jusqu'au 17 mai. Deux ajustements notables par rapport au coffret DVD : Mariss Jansons dirigera la 1re Symphonie et Daniele Gatti la 2e. Deux documentaires sont également offerts.

Pour se préparer à l'intégrale, on peut (si l'on est anglophone) profiter de la mise à disposition par l'Orchestre de San Francisco, de l'excellent projet « Keeping Score » de Michael Tilson Thomas. Le thème Gustav Mahler est traité en deux volets : « Origins » et « Legacy ». Au sujet de Mahler, on pourra aussi s'amuser à regarder la vidéo très originale de 10 minutes du chef de l'Orchestre de Lille, Alexander Bloch « À quoi pense un chef d'orchestre ? » qui se commente en train de diriger la 7e Symphonie. Il y a même l'affichage de son rythme cardiaque !

Les vendredis du Carnegie Hall

Parmi les rendez-vous hebdomadaires, nous avons pris l'habitude de noter ceux de l'OSM et de l'OM. L'OSM propose en cette fin de semaine le 2e Concerto de Chopin avec Charles Richard-Hamelin et Kent Nagano et l'OM la bande audio de la partie Mozart de son concert de la tournée américaine, avec Joyce DiDonato dans des extraits de La clémence de Titus.

Il faudra ajouter quelques autres sites. Tout d'abord, du côté de Medici.tv, tous les vendredis avec une gratuité pour la fin de semaine, nous avons droit à un concert au Carnegie Hall. Aujourd'hui, dans le cadre de ces « Carnegie Hall Fridays », Daniel Barenboïm et le West-Eastern Divan Orchestra jouent Don Quichotte de Strauss et la 5e Symphonie de Tchaïkovski. Ce même Daniel Barenboïm interprète des Sonates de Schubert en 2017 dans la Salle Boulez de la Philharmonie de Berlin. Le concert avec la Sonate D. 958 est accessible jusqu'à samedi 18 h sur le site du Boulezsaal. Un second récital Schubert sera diffusé de dimanche à mardi. Barenboïm est aussi l'unique vedette des diffusions de l'Opéra de Berlin, avec la 5e Symphonie de Bruckner, vendredi, la 6e Symphonie, samedi, et le remarquable Wozzeck de Berg mis en scène par Patrice Chéreau avec Franz Grundheber et Waltraud Meier, dimanche. Pour les amateurs de l'œuvre, c'est un très puissant Wozzeck, celui de Krzysztof Warlikowski, avec Christopher Maltman et Eva-Maria Westbroek que l'Opéra des Pays-Bas diffuse en ce moment. On est sur de toutes autres rives, par rapport à la production de William Kentridge au Met, mais c'est un spectacle très fort.

Un travail d'orfèvre

La Philharmonie de Paris, aussi, apporte des programmes neufs chaque jour et l'intégralité du concert de Yannick Nézet-Séguin avec le Métropolitain est l'objet de la diffusion de dimanche 10 mai.

Pour vous détendre l'esprit, il reste deux semaines pour glaner sur le site d'ARTE La belle Hélène d'Offenbach dans la mise en scène de Pierrick Sorrin et Giogio Barberio Corsetti au Théâtre du Châtelet sous la direction de Lorenzo Viotti avec Gaëlle Arquez en superbe Hélène. C'est toujours bon à prendre, même si la production n'a pas la magie de celle de Laurent Pelly, avec Felicity Lott, au même endroit.

La découverte de la semaine, que nous n'avons pu voir encore, car elle ne sera accessible qu'à compter de ce vendredi est assurément L'orfèvre de Gand, opéra de Franz Schreker (1878-1934), l'un des compositeurs déclarés « dégénérés » par les nazis. Schreker n'est pas un compositeur en rupture comme Berg ou Schoenberg, mais un expressionniste qui perpétue la tradition lyrique. Son opéra le plus réputé est Die Gezeichneten (Les stigmatisés) que Kent Nagano avait jadis dirigé au Festival de Salzbourg. Der Schmied von Gent, un « grand opéra magique en trois actes » est le dernier ouvrage lyrique de Schreker (1932), très rarement monté. La production de l'Opéra des Flandres est donc très importante, d'autant que la captation s'est faite in extremis avant la COVID-19, le 28 février 2020 !