Pour plus de «musique bleue»

L’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon a lancé sur ses réseaux sociaux un mot-clic pour canaliser le mouvement: #musiquebleue, un clin d’œil au «Panier bleu» mis sur pied par Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon a lancé sur ses réseaux sociaux un mot-clic pour canaliser le mouvement: #musiquebleue, un clin d’œil au «Panier bleu» mis sur pied par Québec.

Des musiciens, des personnalités et des organismes du monde musical aimeraient que l’idée du « Panier bleu » mis sur pied par Québec pour encourager la consommation locale soit transposée en musique. Avec comme objectif que les radios diffusent davantage le travail de créateurs québécois, ce qui leur permettrait de recevoir davantage de redevances à l’avenir pour compenser les importantes pertes de revenus causées par la pandémie. De grandes radios sont en réflexion, alors que d’autres ont déjà agi.

Ce mouvement n’est pas concerté ni officiel, mais plusieurs chérissent cette idée de voir les artistes québécois davantage diffusés. L’animateur Sébastien Diaz mettait vendredi un message sur sa page Facebook, où il disait : « chères radios commerciales d’ici, c’est le temps de vous montrer solidaires ». Les musiciens Nelson Minville et Luc de Larochellière saluaient notamment le propos.

Le même jour, le chef de la direction de la SOCAN, Éric Baptiste, écrivait dans une lettre ouverte que les créateurs avaient perdu d’importants revenus avec la COVID-19, « alors pourquoi ne pas les aider en remplaçant ces revenus par ceux qu’ils gagnent quand on écoute leur musique en écoutant celle-ci encore plus ? À la maison. À la radio. Sur les services de diffusion en continu ».

L’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon a même lancé sur ses réseaux sociaux un mot-clic pour canaliser le mouvement : #musiquebleue, un clin d’œil au « Panier bleu » mis sur pied par Québec. « Ça me semble tellement évident qu’on doit faire la même chose avec la musique, explique le créateur, interviewé à deux mètres de distance à quelques pas de chez lui. On ne demanderait pas de l’argent au gouvernement, au contraire, on ferait juste suivre la directive de consommer local, en faisant en sorte que les radios commerciales fassent leur part et que l’argent qui existe de toute façon nous revienne, au lieu d’aller à tous les gros artistes d’ailleurs. »

Sur les réseaux sociaux, d’autres musiciens, comme Les Sœurs Boulay et Maude Audet, reprenaient lundi le mot-clic #musiquebleue. Klô Pelgag a joint sa voix à celle de ses pairs. « Puisse ce contexte exceptionnel vous servir de prétexte pour prendre de beaux “risques” », y écrit-elle.

Philémon Cimon croit aussi qu’en temps de crise, « entendre une voix qui est plus intime, plus proche, c’est quelque chose d’un peu rassurant ». Il ajoute qu’il est persuadé que les auditeurs des radios commerciales sont capables d’en prendre. « Moi, ce que je dis, c’est qu’ils le fassent juste pendant le temps de la crise. Mais, par contre, ça se peut que ça crée un précédent. Et tant mieux si ça en crée un, tant pis si ça n’en crée pas, mais c’est un beau laboratoire, et on est tous gagnants à l’essayer. »

Des « projets » pour les radios

Du côté de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), la directrice générale, Solange Drouin, n’y voit que du bon, car « tout ce qui augmente la visibilité des artistes québécois à la radio, ce sont de bonnes idées ».

Les réponses des radios commerciales à ces cris du cœur sont pour l’instant succinctes. Chez Bell, qui possède notamment Énergie et Rouge FM, on s’est contenté de dire que l’entreprise travaillait présentement « sur un projet spécial de pair avec l’ADISQ afin de donner une vitrine aux artistes québécois », mais on a préféré garder les détails pour une annonce subséquente.

Cogeco, qui gère entre autres les antennes de Rythme, de CKOI et du 98,5 FM, explique pour sa part que « différentes discussions sont en cours pour voir les opérations possibles ».

Par contre, la troisième entreprise privée de radio au Québec, Arsenal Media, a décidé lundi matin que six de ses quinze antennes, celles de la bannière Plaisir, ne diffuseraient désormais que de la musique québécoise.

« Il me semble que c’est un beau moment pour retourner l’ascenseur, a expliqué au Devoir le président de l’entreprise, Sylvain Chamberland. Pour les artistes, ça va être long avant qu’ils se retrouvent à nouveau dans les salles de spectacle. Qu’est-ce qu’il leur reste sauf les redevances et une reconnaissance des radios ? »

Arsenal Media est bien implanté hors des grands centres. « On a décidé de jouer notre rôle jusqu’au bout », répète M. Chamberland, pour qui la crise actuelle fait penser à celle de Mégantic, qu’il a traversée. La directrice musicale du réseau a donc ouvert les vannes et élargi la bibliothèque musicale des stations concernées. « On a de bons commentaires, les gens sont contents et trouvent que c’est le bon moment. »

Déjà, les quotas du CRTC obligent les radios commerciales francophones à diffuser 65 % de contenu francophone la semaine.

Pour l’étiquette Bonsound (Elisapie, Les Deuxluxes, Safia Nolin, Yann Perreau), l’initiative #musiquebleue est un projet intéressant, mais qui ne peut pas se limiter à un plus grand pourcentage de musique locale en ondes. « Il faudrait également les inciter à ne pas simplement spinner les mêmes chansons plus souvent et à plutôt jouer plus de chansons d’artistes différents », affirme Jérémie Pelletier, aux communications de la maison de disques.

Combien peut rapporter une rotation à la radio ? C’est un calcul complexe, qui prend entre autres en compte les revenus publicitaires, mais qui revient à une moyenne de 2 $ par rotation, explique Geneviève Côté, chef des affaires du Québec à la SOCAN. Elle voit aussi du bon dans l’idée de diffuser plus de musique québécoise, mais l’équation n’est pas si simple, précise-t-elle. « Il faut un peu élargir le débat, et rappeler aux gens d’écouter les médias locaux, aux annonceurs de ne pas annuler leurs publicités dans les médias locaux et ensuite de dire que ça serait le fun que les contenus que vous encouragez soient locaux. Tout ça va ensemble. »