Chaplin remarquablement servi

La version présentée de «La ruée vers l’or» était la mouture longue originale de 1925 en 88 minutes, restaurée avec des intertitres.
Photo: Lino Cipresso La version présentée de «La ruée vers l’or» était la mouture longue originale de 1925 en 88 minutes, restaurée avec des intertitres.

Le tandem formé par l’OSM et le chef Timothy Brock a déjà fait ses preuves, par exemple en 2015 avec Les temps modernes. Brock, à ne pas confondre avec un ancien assistant de Kent Nagano, est en tout premier lieu un restaurateur de partitions. Il travaille avec les équipes de restauration de films pour y adapter des bandes sonores fiables et exécutables.

C’est peu dire que Timothy Brock connaît tous les recoins de la partition qu’il a tricotée. Cela ne suffirait pas s’il ne dirigeait pas avec autant d’efficacité un orchestre parfaitement mené par Olivier Thouin, décidément rompu à l’exercice (il menait récemment l’Orchestre FILMHarmonique dans Le seigneur des anneaux). Cette familiarité permet au chef de faire survenir au parfait moment les effets sonores, pas nombreux mais important. À ce titre, la scène de la maison en équilibre au-dessus du précipice, avec des coups de timbales impeccablement cadrés, a été impressionnante de maestria.

Références classiques

La version présentée de La ruée vers l’or était la mouture longue originale de 1925 en 88 minutes, restaurée avec des intertitres. Cette version se distingue d’une refonte réalisée en 1942 par Chaplin, plus courte avec voix off.

Sur le plan musical, la partition de Chaplin est fort agréable et d’une simple efficacité : des leitmotivs ressassés à l’envi permettant un repérage sonore facile des personnages et d’anticiper les situations. Chaplin parsème cette trame de quelques références classiques (Vol du bourdon, air de Tannhäuser de Wagner, Guillaume Tell de Rossini).

Quant à la présentation de l’OSM, elle met en avant l’orchestre et, même si l’écran a augmenté depuis l’ouverture de la salle et fait désormais très bonne figure, il y a encore probablement quelques ajustements possibles dans l’éclairage, encore trop soutenu, afin de mieux servir le contraste de l’image cinématographique.

Mais la soirée, remarquable à tous égards, a parfaitement mis en valeur le génie de Charlie Chaplin dans ce film de légende.

La ruée vers l’or

Film de Charlie Chaplin (1925), version originale restaurée avec intertitres. Bande originale composée par Chaplin, restaurée et adaptée pour une présentation en concert par Timothy Brock. Orchestre symphonique de Montréal, Timothy Brock. Maison symphonique de Montréal, mardi 10 mars 2020.