Jazz qui sourit, jazz qui pense

La tromboniste de l’Alberta Audrey
Ochoa vient de lancer l’album
«Frankenhorn». Elle y dévoile son
inclination pour la composition,
l’arrangement.
Photo: Uryelle Dimailig La tromboniste de l’Alberta Audrey Ochoa vient de lancer l’album «Frankenhorn». Elle y dévoile son inclination pour la composition, l’arrangement.

Il y a le jazz qui fait sourire. Il y a également celui qui impose la réflexion. L’un est en face ou aux côtés de l’autre. Très rarement, ils se mélangent, s’entremêlent. Ces jours-ci, le premier a le visage d’Audrey Ochoa, tromboniste de l’Alberta. Le second, celui du trompettiste Dave Douglas.

Ochoa propose depuis peu un nouvel album édité par l’excellente maison de disques Chronograph Records, également de l’Alberta. Son titre ? Frankenhorn. Douglas, quant à lui, s’est signalé il y a quelques semaines avec Live at Jazz Standard, chaleureux club situé en plein centre de New York. Sous-titre ? Brazen Heart. L’étiquette ? Greenleaf Music. Allons-y !

La dame au trombone

À la faveur de ses précédents disques, Ochoa avait présenté ou défendu la tromboniste de jazz, l’excellente instrumentiste. Aujourd’hui, elle nous dévoile son inclination pour la composition, l’arrangement. Aujourd’hui, Mme Ochoa se pose en cheffe d’orchestre. C’est très bien, comme tant mieux.

Pour mener son Frankenhorn à bon port, elle a opté pour une architecture musicale à géométrie variable : ici et là, on peut entendre deux violons et un violoncelle ; ici, il y a une batterie ; là, il y a une contrebasse, mais pas de batterie ; ici et là, il y a souvent un piano, voire des claviers. Au-dessus plane le trombone d’Ochoa, aussi convaincante et déterminée que lors de ses productions antérieures.

À l’écoute, la plupart du temps, on a estimé que la majorité des pièces écrites et, on insiste, arrangées, conviendraient à merveille à de la musique de films ou de documentaires. Ici comme là, Audrey Ochoa nous fait penser davantage à ce que font les marathoniens de la partition au bénéfice des studios, ceux des pellicules. De sa prestation et de celle de ses complices, on tient à souligner le riche éventail musical. Grazie mille, Mme Ochoa.

Complexe trompette

Dans le cas de Douglas, il faut tout d’abord gommer un imbroglio lié aux mystères de la distribution. Ce double CD a été enregistré en novembre 2015. Il a été édité en 2017. Mais, bon, c’est aux alentours de Noël qu’il a été mis en marché. En tout cas, c’est en lisant les magazines de jazz des États-Unis qu’on fréquente avec la régularité d’un garde suisse qu’on a appris son existence. Et d’une !

Photo: Associated Press Dave Douglas en spectacle en 2012.

Il faut prêter une attention au sous-titre, ici Brazen Heart, car Douglas a déjà proposé un album intitulé Live at Jazz Standard. Bien. Et de deux ! Ici, il est accompagné par quatre virtuoses : Jon Irabagon au ténor, Matt Mitchell au piano et Rudy Royston à la batterie et Linda Oh à la basse. Toutes les pièces jouées ont été composées par Douglas.

Le résultat a quelque chose d’épuisant, car c’est un jazz exempt de simplicité. En d’autres mots, c’est parfois aussi compliqué qu’un exposé de Derrida sur la déconstruction. Chose certaine, ce disque séduira tous les branchés de la terre, car pour virevolter, s’éparpiller ici et là, Douglas et ses compères sont des cadors. C’est dit.

Notre choix au FIMAV

Le Festival international de musique actuelle de Victoriaville vient de présenter la programmation de sa 36e édition, qui se tiendra du 14 au 17 mai. À l’affiche, on a retenu les noms de John Zorn avec Bill Frisell et Ikue Mori, du cinéaste Jim Jarmusch avec notamment le guitariste Lee Ranaldo, de Sonic Youth et du saxophoniste suédois Mats Gustafsson. Cela dit, soyons honnêtes, comme on ne connaît rien à ce qu’on appelle les musiques actuelles, on vous suggère évidemment de consulter leur site pour en savoir davantage sur les autres artistes invités : fimav.qc.ca

Frankenhorn // Brazen Heart Live at Jazz Standard

Audrey Ochoa, Chronograph Records // Dave Douglas, Greenleaf Music