Yseult, ses chansons, ses décisions

La chanteuse marque avec insistance le décalage entre la Yseult d’aujourd’hui et celle qui fut révélée lors la dixième saison de la téléréalité «Nouvelle star» en 2013.
Photo: TIFF La chanteuse marque avec insistance le décalage entre la Yseult d’aujourd’hui et celle qui fut révélée lors la dixième saison de la téléréalité «Nouvelle star» en 2013.

Ainsi, Yseult fait du « Y-trap ». Et qu’est-ce que c’est au juste ? « En gros, c’est de la trap mélangée à de la variété française. Ce sont un peu les deux univers qui, je trouve, me correspondent totalement en ce moment. Et comme je n’arrive pas à choisir entre les deux, j’ai décidé de faire un mélange ! » explique en rigolant l’auteure-compositrice-interprète française, aujourd’hui basée à Bruxelles. La nouvelle coqueluche de la scène pop française donnera ses premiers concerts au Québec le 27 février au Centre Phi et en première partie des Louanges le lendemain à l’Impérial.

« Après, le Y-trap, c’est aussi un état d’esprit, enchaîne Yseult Onguenet. C’est quand même quelque chose qui m’est personnel, parce que ce que je raconte dans ma musique est extrêmement intime. Bon, ensuite, je ne crois pas que tout le monde peut faire de la Y-trap, parce qu’il faut aimer vraiment la variété française. Des chansons comme Noir ou Rien à prouver, c’est de la variété pure, mais avec une rythmique trap. Enlève le trap, il ne reste que la chanson française, quoi. Un texte de chanson, des accords de chansons, un phrasé de chanson », explique la musicienne, qui a grandi dans une famille boulimique de musique en écoutant Céline Dion, Lara Fabian, Patricia Kaas, etc.

La chanson Corps en est un autre bel exemple. C’est une puissante ballade sentimentale qu’Adele aurait pu chanter. Appelez ça du Y-trap si vous le voulez, c’est de la pure pop. « Je pense que tout est pop. Le rap est de la pop, le R&B est de la pop. Par contre, je dirais que je préfère de loin la chanson, pour le texte, que la variété qui flirte trop avec la pop. Ce n’est plus trop pour moi… », dit-elle, en se rappelant sûrement son album d’il y a cinq ans.

Pourtant, quand on lui demande de nous parler de ses influences, elle répond qu’elle s’inspire beaucoup de l’art contemporain, celui de Marina Abramović au premier chef. L’affirmation marque avec insistance le décalage entre la Yseult d’aujourd’hui, âgée de 25 ans, et celle qui fut révélée lors la dixième saison de la téléréalité Nouvelle star en 2013 — avec sa voix affirmée et ses interprétations poignantes, elle avait même atteint la finale de la saison grâce à ses interprétations de chansons de Stromae, Radiohead, Daniel Balavoine et Luc Plamondon (S.O.S. d’un Terrien en détresse) ou encore Nina Simone.

Sa performance l’a évidemment menée à lancer un premier album chez Polydor en 2015, un disque de variété pop-électronique qu’elle répudiera plus tard. « Répudier… le mot est un peu fort, nuance-t-elle. C’est juste un album qui ne me ressemblait pas, dans le sens que ce n’est pas un disque que j’ai produit moi-même alors qu’en l’occurrence, ce nouveau projet que j’ai récemment sorti, je l’ai écrit, composé, produit de A à Z. Pour moi, la démarche est vraiment plus nourrissante que l’était mon premier album. »

Yseult a depuis quitté Paris, créé son propre label, Y.Y.Y., lancé surtout deux épatants EP l’an dernier, Rouge puis Noir — ce dernier paru en décembre. C’est la renaissance d’Yseult, qui mène maintenant sa barque comme elle l’entend. Ses chansons, ses décisions. Du matériel qui lui ressemble, entre rap contemporain et chanson classique, avec cette valeur ajoutée que sont la force de ses mots et la fulgurance de ses interprétations, elle qui mord dans les phonèmes d’une manière unique, comme si elle s’exprimait avec un accent bien à elle.

Ça lui vient de ses modèles : « J’aime bien Brel, j’aime son phrasé. J’aime bien Édith Piaf et sa manière de faire rouler les “r”. J’aime Barbara. Elle avait une manière d’interpréter ses chansons qui était très incarnée. Je pense que ce sont ces artistes qui ont inspiré ma manière de chanter et ce que j’exprime aujourd’hui. »

« En revanche, en musique française contemporaine, je n’ai pas de références, enchaîne-t-elle. Je trouve qu’en France, il n’y a pas de proposition artistique qui se démarque… Je veux dire, des trucs vraiment ovnis — à part Stromae, ou encore Christine &  The Queens. Ah ! J’aime beaucoup Lous and The Yakuza », cette musicienne afro-trap-R&B d’origine congolaise basée, elle aussi, en Belgique et dont tout le monde parle en Europe ces jours-ci.

Sur scène au Québec, Yseult s’accompagnera d’un pianiste. « Il va y avoir des concerts au Festival de Dour [en Belgique, 225 000 spectateurs en cinq jours], aux Vieilles Charrues [le plus important festival français, plus de 250 000 spectateurs]. Ça va être énorme ! C’est la première fois que je vivrai ça. »


Une version précédente de cet article affirmait que Yseult sera accompagnée d’un batteur et d’un bassiste sur scène à Québec. Or, elle sera accompagnée d’un pianiste seulement. Nos excuses.

Yseult

Le 27 février au Centre Phi, le 28 à l’Impérial Bell (première partie de Les Louanges), le 29 à New York dans un lieu secret.