Nézet-Séguin sollicité par le Metropolitan Opera, Lepage évacué

John Relyea (Sarastro) et Simone Osborne (Pamina) dans «La flûte enchantée» de Robert Lepage à Québec
Photo: Louise Leblanc / Opéra de Québec John Relyea (Sarastro) et Simone Osborne (Pamina) dans «La flûte enchantée» de Robert Lepage à Québec

Le Metropolitan Opera (Met) a dévoilé une saison 2020-2021 qui met beaucoup d’accent sur le directeur musical Yannick Nézet-Séguin. Ce dernier dirigera six opéras, dont les nouvelles productions d’Aida, de Don Giovanni et de Dead Man Walking. Mais la grande surprise est de voir évacuée la production de Robert Lepage de La flûte enchantée de Mozart, qui sera mise en scène finalement par Simon McBurney, un nouveau venu au Met.

Il est rare de voir une production payée, montée et rodée, littéralement mise au rancart avant même d’être montrée au public auquel elle était principalement destinée. Interrogé par Le Devoir, Michel Bernatchez, le directeur de production d’Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, a indiqué avoir été informé il y a un an déjà que l’institution new-yorkaise « jugeait la production trop petite à l’échelle de la scène du Met » et ne la présenterait finalement pas.

Le Met a coproduit ce spectacle de Robert Lepage; la part de l’Opéra de Québec, dans l’affaire, était « minoritaire », de l’aveu même de Grégoire Legendre, son directeur général et artistique, qui a pu ainsi présenter au Festival d’opéra de Québec 2018 un spectacle magique à peu de frais.

Ex Machina a confirmé que le Met a acquitté toutes ses factures pour ce spectacle qu’il n’utilisera pas. Désormais, l’équipe d’Ex Machina est libre de vendre sa Flûte enchantée en Europe ou en Asie à horizon 2022 ou 2023. Une aubaine pour les opéras !

Peter Gelb, le directeur général du Met, a affirmé au Devoir que le renoncement n’a aucun lien avec les raisons qui ont mené à ne pas remonter la Damnation de Faust cette saison : « C’est un hasard malencontreux. J’admire Robert Lepage depuis des décennies. C’est moi qui l’avais persuadé de créer la Damnation pour Seiji Ozawa et l’orchestre Saito Kinen, jadis. Le problème de la reprise de la Damnation en 2019-2020 était de notre côté. Je ne me rendais pas compte que de la remettre à l’affiche impliquait de procéder à une réactualisation technologique complète, trop coûteuse. » En ce qui concerne La flûte enchantée, « parfois les choses ne tournent pas comme prévu. Quand je l’ai vue à Québec, il ne m’a pas semblé qu’elle pourrait avoir l’impact souhaité au Met.Cela arrive de temps en temps. Nous planifions dans les meilleures intentions et cela ne marche pas ». Le renoncement n’avait donc aucune raison technique ou technologique : « Robert m’a dit un jour : “Les problèmes et les défis sont mes amis”. J’ai le même credo. »

Peter Gelb tient à nous dire que l’expérience « n’altère en rien » son opinion du metteur en scène québécois. « L’amour de loin, La tempête et le Ring font partie des fiertés de mon mandat. Avoir fait entrer Robert Lepage au Met est l’un de mes plus grands accomplissements et je continue à l’admirer. » La porte reste-t-elle ouverte pour d’autres collaborations ? « En ce qui me concerne et en ce qui concerne le Met, le futur reste ouvert. »

Parfois les choses ne tournent pas comme prévu. Quand je l’ai vue à Québec, il ne m’a pas semblé que [La flûte enchantée] pourrait avoir l’impact souhaité au Met.

Yannick au fil de la saison

Alors que Robert Lepage voit son spectacle recalé, Yannick Nézet-Séguin, lui, fait feu de tout bois. Outre trois des nouvelles productions, il dirigera Fidelio, avec Lise Davidsen et Brandon Jovanovich, Roméo et Juliette de Gounod et La Femme sans ombre de Strauss. On notera que Julie Boulianne chantera Stéphano dans Roméo et Juliette, dont certaines représentations verront les débuts au Met du ténor Benjamin Bernheim. Quant aux nouveaux spectacles, Aida, mis en scène par Michael Mayer, affichera Anna Netrebko dans le rôle-titre, le Don Giovanni sera celui d’Ivo van Hove diffusé lors de sa création à l’Opéra de Paris (avec Étienne Dupuis et Philippe Sly, remplacés par Peter Mattei et Gerald Finley au Met). Ivo van Hove signe aussi le spectacle de Dead Man Walking avec Étienne Dupuis dans le rôle masculin principal, face à Latonia Moore, Joyce DiDonato et Susan Graham.

Avec six spectacles et deux concerts de l’orchestre à Carnegie Hall, Yannick Nézet-Séguin trouve sa vitesse de croisière au Met, ayant une présence régulière et continue dans l’institution. Ses activités principales se déploient désormais dans un triangle New York-Philadelphie-Montréal qui lui fait gagner un temps précieux en limitant ses déplacements. Autre changement radical : les six présences du directeur musical au pupitre seront toutes relayées au cinéma dans la série « Met Live in HD ». S’ajouteront à celle-ci Le trouvère de Verdi, La flûte enchantée de Mozart, Nabucco de Verdi et Il Pirata de Bellini.

Le Met fermera pour la première fois en février et prolongera sa saison en juin. Il développe également son expérience des matinées du dimanche. La nouvelle Flûte enchantée de Simon McBurney sera dirigée par Gustavo Dudamel alors que Michail Jurowski fera ses débuts pour l’entrée au répertoire de L’ange de feu de Prokofiev mis en scène par Barrie Kosky. D’autres chefs importants, Hartmut Haenchen, Jakub Hrůša, Speranza Scappucci et Lorenzo Viotti font leurs débuts dans la fosse. Notons enfin les belles marques de confiance envers Hyesang Park, la soprano coréenne qui a brillé au Concours musical de Montréal. Elle chantera Zerline dans Don Giovanni avec Yannick Nézet-Séguin et sera Gretel dans la reprise de Hänsel und Gretel de Humperdinck.