Graeme Allwright, l’âme des «protest singers» en France, disparaît

Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les «crooners<em>»</em> et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise.
Photo: Agence France-Presse Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les «crooners» et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise.

Chanteur humaniste au parcours atypique, Graeme Allwright, décédé dimanche à l’âge de 93 ans, a fait découvrir les « protest singers » américains aux Français, en adaptant Pete Seeger, Woody Guthrie ou Leonard Cohen dans la langue de Molière. « L’impact positif d’une chanson peut être extraordinaire. Il me donne de l’espoir, et la foi pour tenir face aux injustices, aux guerres, aux famines, à l’indifférence qui s’installe », confiait-il en 2014 au journal français La Croix.

Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les crooners et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise. À 22 ans, il obtient une bourse pour suivre des cours de théâtre à Londres, dans l’école fondée par Michel Saint-Denis — voix de Les Français parlent au Français et neveu de l’homme de théâtre Jacques Copeau. Le jeune homme est recruté par le prestigieux Royal Shakespeare Theatre. Mais, amoureux de la fille de Jacques Copeau, Catherine Dasté, il décline l’offre et le couple part s’installer en France, près de Beaune.

Graeme Allwright exerce une multitude de métiers, d’ouvrier agricole à professeur d’anglais. Le Néo-Zélandais, qui ne connaissait pas un mot de français, y apprend peu à peu la langue de Molière et les subtilités de son argot, qu’il utilisera abondamment dans ses adaptations. À mesure que son français s’améliore, il renoue avec la scène, jouant notamment dans la troupe de Jean-Louis Barrault. Ce n’est qu’à 40 ans qu’il se lance dans la chanson.

« L’idée a peut-être germé dans mon esprit lorsque j’ai interprété quelques chansons de Brassens et Ferré, au cours d’une tournée avec une pièce de Brecht trop courte. Après un travail de moniteur dans un hôpital psychiatrique, j’ai pris ma guitare et je suis parti chanter des folksongs américaines et irlandaises au cabaret de la Contrescarpe [au coeur du Quartier latin à Paris, ndlr], sept soirs sur sept pour des clopinettes », a-t-il raconté.

La chanteuse Colette Magny remarque sa voix, teintée d’une pointe d’accent, et le présente à Marcel Mouloudji, qui lui conseille d’écrire une trentaine d’adaptations et produit son premier 45 tours, Le trimardeur (1965). Son répertoire contestataire, antimilitariste et profondément humaniste, puisé chez les « protest singers », résonne avec les aspirations de la jeunesse française de l’époque. Petites boîtes (adaptation de Malvina Reynolds), Jusqu’à la ceinture (Pete Seeger), Qui a tué Davy Moore ? (Bob Dylan) et surtout Le jour de clarté (Peter, Paul and Mary), son plus grand succès, deviennent des hymnes de Mai 68. En 1973, il va voir Leonard Cohen à L’Olympia et en ressort profondément touché par le mysticisme et la sensualité du Canadien, dont il adapte de nombreux textes (Suzanne, Les soeurs de la miséricorde…)

Les salles de ses propres concerts sont pleines et Graeme Allwright se pose alors en principal concurrent d’Hugues Aufray, autre importateur du folk en France. Mais le succès l’effraie. Se sentant dépassé, celui qui est aussi connu pour Sacrée bouteille prend ses distances en parcourant l’Égypte, l’Éthiopie, l’Amérique du Sud et surtout l’Inde. Entre deux voyages, il rentre en France où il reprend ses concerts. En 1980, il partage la scène avec Maxime Le Forestier, pour une tournée dont les bénéfices sont reversés à l’association Partage pour les enfants du tiers-monde.

Depuis 2005, les concerts du chanteur aux pieds nus, qui continuait de sillonner l’Hexagone malgré son âge avancé, commençaient par un rituel immuable : une vibrante Marseillaise qu’il avait « adaptée » avec des paroles pacifistes. « Pour tous les enfants de la terre, chantons amour et liberté », entonnait-il…