Tout est devenu flou au spectacle d’Angèle

Angèle démontrait plus d'assurance sur scène que lors de son dernier passage à Montréal, aux Francos, il y a cinq mois (photo prise en concert en France en 2018).
Photo: Xavier Leoty Agence France-Presse Angèle démontrait plus d'assurance sur scène que lors de son dernier passage à Montréal, aux Francos, il y a cinq mois (photo prise en concert en France en 2018).

Presque au milieu du concert donné hier soir au Centre Bell, Angèle a senti le besoin de faire une pause. D’abord parce qu’elle a remarqué un fan ayant eu un malaise, pressurisé dans les denses premières rangées du parterre, ensuite pour admirer la vue de ceux qui se tenaient encore bien droit devant elle. « Je n’aurais jamais cru que je jouerais ici, devant tant de gens, je veux prendre le temps de le réaliser ». Cinq mois après son premier concert au MTelus, la star belge a offert un concert généreux durant lequel elle a invité sur scène Pomme et Safia Nolin, le temps d’un attendrissant trio piano-voix.

« J’ai commencé par Instagram / C’était cool, j’avais un très bon programme / Petit concert dans des bars vides / Ma baby-sitter la première à m’suivre », chante Angèle dans Flou, l’une des nouvelles chansons de Brol, la suite, réédition bonifiée de son album à succès. En dix-huit mois, l’auteure-compositrice-interprète est donc passée des bars vides aux arénas bondés. Le Centre Bell hier, la tournée des Zénith déjà amorcée en France, ça se poursuivra encore jusqu’à la mi-février, une date venant d’être annoncée à l’AccordHotels Arena de Paris. Capacité : 20 300 spectateurs. C’est phénoménal.

C’est ce qu’elle mesurait hier, durant ce bref moment, devant des milliers de fans d’outre-Atlantique. Et nous de mesurer le chemin parcouru et l’expérience acquise par la jeune musicienne : le concert d’hier était nettement mieux exécuté que son tout premier offert pendant les Francos, l’été dernier. Son naturel et sa bonne humeur s’accordaient cette fois à un remarquable professionnalisme. De plus, Angèle affichait hier une sereine assurance que nous n’avions pas remarquée la première fois, assurance dans la posture plus que dans la voix et dans le regard complice qu’elle jetait à ses fans.

Beaucoup étaient de jeunes femmes comme elle au Centre Bell hier, dans la salle et sur scène. Comme la dernière fois, Angèle s’entoure simplement de deux musiciens (batteur, claviériste) et, surtout, de six danseuses qui, par leur choix de costumes, ressemblaient à toutes les autres au parterre et dans les gradins. Même leurs chorégraphies étaient simples — nous n’étions certainement pas au Bolchoï hier, ni même à un concert d’Ariana Grande et son armada de danseurs. Toutes ces gestuelles pratiquées hier accompagnaient efficacement, mais sans fla-fla, les interprétations d’Angèle.

Qui a lancé le bal en enchaînant La Thune, La Loi de Murphy (son premier hit !), Tu me regardes et Jalousie. Angèle n’a pas une voix de cantatrice et ç’a encore moins d’importance en concert, tous les spectateurs connaissent les paroles de ses chansons par coeur et les entonnent avec elle. La trajectoire du concert était aussi mieux calibrée que l’été dernier, trouvant le parfait équilibre entre la pop dansante aux tons r & b et les moments de pure chanson.

Comme pendant cet enchaînement de Victime des réseaux et Insomnies. Angèle derrière son piano électrique avec le choeur des fans se reconnaissant dans le personnage de Dominique : « Pourquoi faire semblant de bien aller ? / Dominique elle ment / Sa vie n’est pas parfaite comme elle aime le montrer ». Pendant la superbe Insomnies, les fans constellaient les gradins des petites lumières de leurs téléphones.

C’est après ce moment qu’Angèle a fait sa pause-réalité, remerciant les fans avant de leur faire une surprise. « C’est une chanson que j’ai découverte à Montréal » l’été dernier, a-t-elle annoncé avant d’offrir le premier couplet d’On brûlera, duo de Safia Nolin et Pomme, qui sont venues la retrouver au piano pour la suite, Un sacré beau moment de musique qui s’est conclu avec les trois musiciennes se serrant dans leurs bras.

Angèle aura réussi à recréer une sorte d’intimité malgré l’énormité des lieux durant ces moments de douceur, puis à transformer l’aréna en plancher de danse pour la grande finale aux tons house, dance et trap. On les a toutes eues, l’incontournable hymne féministe Balance ton quoi (« Un jour, j’espère que cette chanson ne sera plus d’actualité », a-t-elle commenté), les nouvelles Que du love (un duo avec le compositeur et chanteur Kiddy Smile) et Perdus (plus sombre, calée par une lourde rythmique trap), avant de dynamiter Tout oublier, son duo avec frérot Roméo Elvis, Oui ou non, Flemme et un rappel, au bout d’un peu moins de deux belles et triomphales heures de refrains accrocheurs.