Un concert enthousiaste et honorable

Karina Gauvin (photographiée ici en 2016) a une très longue histoire avec «Les illuminations» de Britten. Nicholas Carter aiguise l'accompagnement afin que l'on ne sente pas l'effet de masse supplémentaire. Tout reste clair, très articulé et dénué d’inertie.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Karina Gauvin (photographiée ici en 2016) a une très longue histoire avec «Les illuminations» de Britten. Nicholas Carter aiguise l'accompagnement afin que l'on ne sente pas l'effet de masse supplémentaire. Tout reste clair, très articulé et dénué d’inertie.

Le jeune chef australien âgé de 33 ans Nicholas Carter, qui partage avec Yannick Nézet-Seguin la même agence artistique, sera (à l’exception de Nicolas Ellis) le seul homme invité à diriger l’Orchestre Métropolitain cette saison. Il n’a pas eu de mal à faire mieux que la décevante Alondra de la Parra, qui n’avait à offrir que de la façade et du vernis et semblait plus vouloir se mettre en scène en train de diriger que livrer de la substance musicale.

Carter a attaqué le concert avec ardeur en tentant de nous convaincre de l’importance d’In the South d’Edward Elgar, partition que la planète musicale confine à un usage insulaire. C’est une sorte de Richard Strauss anglais sans le moindre soupçon du génie de Richard Strauss. C’est donc du Elgar quand Elgar ne se surpasse pas (Enigma, Concerto pour violoncelle) : une œuvre de plus qui entre par une oreille et sort par l’autre. On peut donc se risquer à affirmer que, contrairement à ce que disait la notice, Britten, qui succédait à Elgar dans le programme, n’est pas le « plus grand musicien anglais de sa génération », mais, avec Purcell, le plus grand musicien anglais de tous les temps.

Au four et au moulin

Karina Gauvin a une très longue histoire avec Les illuminations de Britten, histoire qui remonte à encore bien plus loin que son enregistrement avec Les Violons du Roy. Son volume vocal actuel lui permet tout à fait de passer des Violons du Roy et de la salle Bourgie au Métropolitain et à la Maison symphonique. Nicholas Carter aiguise l’accompagnement afin que l’on ne sente pas l’effet de masse supplémentaire. Tout reste clair, très articulé et dénué d’inertie.

Karina Gauvin développe ses aigus qui rayonnent, par exemple, dans Marine. Il reste que la prononciation est un enjeu délicat dans cette œuvre et que l’intelligibilité à tous crins viendrait contrecarrer le déploiement de la ligne vocale. Karina Gauvin n’a pas les mêmes philtres magiques que Marie-Nicole Lemieux pour préserver prononciation et ligne en même temps. Les mots deviennent souvent flous. Cet art est très délicat, mais il est possible de clarifier davantage les textes de Rimbaud, comme le montrent Felicity Lott et, surtout, Anne-Catherine Gillet dans leurs enregistrements.

Dans la 5e de Prokofiev, Nicholas Carter a fait de très louables efforts. Il a semblé vouloir être au four et au moulin. C’est peut-être s’occuper de trop de choses pour prendre les décisions les plus éclairées sur des points cruciaux, comme « pourquoi certaines phrases sont-elles espressivo dans l’introduction de la symphonie ? » ou « comment se démarque le tempo de la récurrente cellule animato des violons dans le 1er mouvement ? » ou « faut-il vraiment relâcher un tempo dans un climax ? » .

Contrairement à Zemlinsky par Lorenzo Viotti et l’OSM la veille, où on avait l’impression que tout allait de soi, ce Prokofiev donnait le sentiment d’une chose complexe mise ensemble au prix d’un effort notable et colmatée avec du ciment encore frais. Nous avons surtout déjà entendu le Métropolitain jouer beaucoup mieux. Il y a eu des bévues assez audibles, notamment aux violoncelles, à plusieurs reprises.

Du coup, on se pose tout de même une question pour les saisons prochaines. Avec ce qu’on a entendu en Europe et aux États-Unis en tournée, l’OM pourrait très largement changer de calibre de chefs invités. Nous plaçons beaucoup d’espoirs en Han-Na Chang et Elim Chan, vraiment. Mais sur les deux premiers concerts de chefs invités, l’Orchestre peut viser infiniment plus haut.

Dernier impair de la semaine que le Métropolitain ne peut plus se permettre : la traduction française de la biographie du chef ressemble à un travail d’un cancre sous-doué du secondaire et n’a pas sa place dans une institution affichant de telles ambitions.

Karina Gauvin et Les Illuminations

Elgar : In the South. Britten : Les Illuminations. Prokofiev : Symphonie n° 5. Karina Gauvin (soprano), Orchestre Métropolitain, Nicholas Carter. Maison symphonique de Montréal, jeudi 12 décembre 2019. Reprises vendredi à la Maison de la culture Mercier et samedi à Saint-Léonard.