La peine et le réconfort de Patrick Watson au MTelus

Patrick Watson a joué l'ensemble de son dernier album, «Wave» (photo d'archives).
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Patrick Watson a joué l'ensemble de son dernier album, «Wave» (photo d'archives).

Où sont-elles, où sont-ils, parmi les quelque deux milles personnes qui débordent du balcon et s’agglutinent au parterre du MTelus ? Nous étions moins de deux cent, dans le hall d’accueil d’Ubisoft au début de septembre, autour de Pat Watson qui, au nom du groupe nommé Patrick Watson, promettait des billets gratuits à qui en voudrait pour le MTelus en décembre. Incommensurablement dépité, qu’il était. Pire que ça. Difficile de décrire à quel point le gaillard était malheureux de devoir annuler — pour cause de déluge — le spectacle prévu sur le toit. La mort dans l’âme, comme pour s’excuser, il avait proposé un mini bivouac acoustique, à l’intérieur, dans la salle de conférence. Spectacle qui s’est révélé si extraordinaire qu’il répétait entre chaque chanson, extatique : « Maybe you should pay for these MTelus tickets ! »

Il n’est pas revenu sur sa parole, vous pensez bien. Et tous ces fans finis ont eu droit aux meilleures places, on parie ? Patrick Watson veut un public heureux. Plus qu’heureux : comblé. Ragaillardi, galvanisé, soulevé, porté. C’est encore plus vrai ce mardi soir, car ce sont les chansons de l’album Wave qui sont au programme, et elles sont poignantes. C’est l’évidence dès Dream For Dreaming, si gorgée de tristesse que la musique pleure à chaudes larmes.

La grande vague des émotions

The Wave suit. Une grande vague qui charrie les peines, les deuils. Pat en a eu son lot ces dernières années : décès de sa mère, fin finale de son couple, départ du batteur Robbie Kuster. L’album en est tout imprégné, le spectacle de l’album ne peut qu’être l’exutoire du trop plein. C’est poignant, mais on peut se lover dedans : les mélodies redoublent de beauté, les glissandos des guitares de Joe Grass caressent comme jamais, la voix déjà magnifique de Pat se veut encore plus réconfortante, enveloppante, apaisante, bienfaisante.

C’est à se demander si on n’aurait pas dû souffrir un peu plus avant d’arriver : on se sentirait encore plus consolés. La tragique tendresse de Melody Noir, chaloupée à l’espagnole, rappelle Lhasa de Sela. De la même façon qu’au bout de spectacle improvisé chez Ubisoft, les choristes partagent le micro avec Pat, et les musiciens jouent en formation rapprochée. Erika Angell, qui présentait avec Thus Owls la première partie, vient offrir sa voix en supplément d’âme. C’est encore plus triste, encore plus doux, encore plus beau.

Rien à voir, tout à ressentir

Tout le monde est éclairé par l’arrière (par d’étranges machines tournantes), de sorte qu’on écoute plus qu’on regarde : c’est voulu. Il n’y a rien à voir, tout à ressentir, comprend-on. Par moments, ils sont une bonne dizaine sur scène, mais en ombres. C’est le son d’ensemble qui prévaut, il n’y a pour ainsi dire jamais de solos (encore moins qu’avant). Et la qualité d’écoute est extraordinaire : on se recueille, littéralement. Autant les deux cent de septembre que les autres. C’est la même proximité. Un ancien palace cinématographique ou une salle de conférence basse de plafond, c’est pareil pour Patrick Watson.

Quand tout devient rouge, au beau milieu du spectacle, on dirait que tous les coeurs s’ouvrent en même temps. On atteint le vif du sujet, et le jeu des musiciens augmente d’intensité. On ne voit pas beaucoup plus les visages, mais on voit rouge. Pat trépigne, bondit, ne s’appartient plus, s’abandonne au moment, à la musique, et laisse la place à la salle, qui l’accompagne tout naturellement.

À tout le moins ceux et celles qui ne sont pas occupés à expliquer au téléphone portable que l’on vit vraiment une expérience extraordinaire. Pat leur fait gentiment la leçon, les imite en rigolant, puis laisse faire : autant chanter, jouer, créer tant de beauté qu’à la fin, il n’y a plus d’isolement possible. Ne reste que le partage. Ainsi Pat, juste avant les rappels, osera-t-il jouer avec sa bande une chanson « qui n’existe pas » : totale improvisation, vraie communion.