Hommage à Renée Claude: entre tristesse et jubilation

<p>Une dizaine de chanteuses, accompagnées de l’Orchestre symphonique de Montréal, ont repris les grands succès que Renée Claude aura chantés durant sa vie.</p>
Photo: Lino Cipresso

Une dizaine de chanteuses, accompagnées de l’Orchestre symphonique de Montréal, ont repris les grands succès que Renée Claude aura chantés durant sa vie.

Lorsque de grandes chanteuses québécoises ont repris la chanson Tu trouveras la paix, au chevet de Renée Claude, dans le CHSLD où elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, celle-ci a ouvert grand les yeux et s’est mise à chanter. Et vendredi soir, à la Maison symphonique, où un concert était offert en l’honneur de Renée Claude mourante, c’est toute la mémoire des dernières décennies du Québec qui s’est éveillée.

Vivante jusqu’au bout des ongles, Renée Claude aura tout chanté, de Vigneault à Ferré, en passant par Ferland, Desrochers, Venne, Plamondon, Brassens, ou Brel.

Vendredi, c’est Louise Forestier, Clémence Desrochers, Catherine Major, Kathleen Fortin, Marie-Élaine Thibert, Marie Denise Pelletier, Ariane Moffatt, Luce Dufault, Isabelle Boulay, Annie Villeneuve, et le choeur des Voix Boréales, accompagnées de l’Orchestre symphonique de Montréal, qui ont repris les grands succès que Renée Claude aura chantés durant sa vie.

Après L’amante et l’épouse, chanson de Clémence Desrochers, reprise en duo par Louise Forestier et Catherine Major, Louise Forestier a livré un poignant Avec le temps, de Léo Ferré, dédié à « sa chère Renée », dont l’orchestre a amplifié toute la profondeur et la justesse, dans les circonstances. « Avec le temps, tout s’en va, dit la chanson, même les plus chouettes souvenirs ».

La soirée oscillait ainsi, entre tristesse et jubilation, entre Léo Ferré et Stéphane Venne, avec une touche de Luc Plamondon.

Stéphane Venne lui-même, le compagnon des années 1960, celui qui lui a fait chanter l’inoubliable C’est le début d’un temps nouveau, repris d’ailleurs par le trio Dufault, Pelletier, Thibert, est venu sur scène dire qu’il n’avait jamais autant souffert du syndrome de la page blanche.

Renée Claude, avec son envie de faire et de chanter les choses autrement, l’a mis au monde, professionnellement, dit-il. « Elle a cru aux chansons que je n’avais pas encore écrites ». Et pour survivre, il faut lutter contre l’amnésie, l’amnésie individuelle et pathologique, mais aussi l’amnésie collective et culturelle, a-t-il ajouté.

Luc Plamondon, qui ne pouvait être présent, a écrit une lettre, lue par Clémence Desrochers, dans laquelle il témoignait de sa première rencontre avec Renée Claude, très belle et affligée d’un gros chagrin d’amour, attablée au Café de la montagne, avec André Gagnon.

Il lui aura écrit 39 chansons en 39 ans, dont Le Monde est fou, qui deviendra L’Hymne à la beauté du monde, mais aussi, en 2006, la sensible et forcément annonciatrice, Ballade pour mes vieux jours.

Il est plutôt rare qu’un spectacle d’hommage ait lieu pendant la phase terminale de la maladie de la personne célébrée. Vendredi, le public portait ainsi un peu du poids de la souffrance générée par la maladie, tant pour le patient que pour les proches. L’initiative, qui sert notamment à financer la recherche sur l’Alzheimer, n’en a que plus de mérite.

Et elle aura permis au public de renouer avec une mémoire pas si lointaine, et de lutter contre l’oubli, le temps d’un spectacle.